Rentrée scolaire 2026: pénuries, retards... pourquoi certains manuels manquent toujours à l’appel

Dans une librairie à Casablanca (K.Essalak/Le360).

Le 12/09/2026 à 12h32

VidéoAlors que la rentrée scolaire a déjà commencé, de nombreux parents peinent encore à réunir l’ensemble des manuels demandés pour leurs enfants. Dans plusieurs librairies de Casablanca, certains ouvrages restent difficiles à trouver. Plusieurs professionnels du secteur font état de ruptures concernant différents niveaux et matières, particulièrement pour certains ouvrages en arabe et des manuels imprimés localement. Retards d’impression, quantités insuffisantes et difficultés d’approvisionnement: les explications avancées sont multiples, tandis que les familles, elles, peinent encore à finaliser les listes.

À Casablanca, la rentrée n’a toujours pas mis fin à la course aux manuels scolaires. Liste en main, des parents continuent de passer d’une librairie à l’autre, espérant trouver les titres qui manquent encore. Pour les libraires interrogés, certaines références commencent seulement à arriver dans les rayons, tandis que d’autres restent toujours absentes.

«De nombreux manuels scolaires manquent actuellement, en particulier ceux de la collection “Al Raed”, devenus introuvables sur le marché», indique Majida Belkadi, responsable de la librairie «Libre Service». Selon elle, plusieurs autres manuels agréés par le ministère de l’Éducation nationale, notamment «Al Moumtaz», «Mourchidi» et «Fi Rihab», sont également indisponibles.

«Les manuels en arabe sont ceux qui manquent le plus», confirme-t-elle. Une pénurie qui contraint les parents à multiplier les démarches d’une librairie à l’autre. «Ils passent leur temps à chercher, ici puis ailleurs, sans savoir où trouver les ouvrages dont leurs enfants ont besoin», ajoute Majida Belkadi.

Dans le quartier des Habous, le constat est similaire. Une libraire énumère plusieurs références toujours difficiles à trouver, auxquelles s’ajoute «Al Manar». «Les manuels indisponibles sont particulièrement nombreux cette année», constate-t-elle.

Certaines références commencent toutefois à arriver au compte-gouttes. «Il y a un manuel d’activités scientifiques que nous n’avons même pas encore reçu. “Al Moufid” et “Étiquette”, pour le baccalauréat, viennent à peine d’arriver», explique-t-elle. Une disponibilité tardive qui, selon elle, concerne encore de nombreux ouvrages.

Selon cette professionnelle, près d’une trentaine de références pourraient encore manquer à l’appel. Parmi elles figure «Al Raed», dont l’impression reste entourée d’incertitudes. «Nous ne savons même pas encore qui va l’imprimer. L’éditeur qui s’en chargeait auparavant ne le fait plus et nous ignorons à qui l’impression a été confiée», poursuit-elle.

Pour les libraires, ces retards auraient pourtant pu être évités grâce à une meilleure anticipation. «Normalement, tout devrait être disponible dès le mois de juin, puisque les références retenues pour l’année scolaire sont déjà connues», souligne la libraire des Habous. Certaines années, les difficultés d’approvisionnement peuvent néanmoins se prolonger bien après la rentrée. «Le problème peut durer jusqu’en octobre, avec des manuels qui ne sont toujours pas disponibles», regrette-t-elle.

À la librairie «Maârif Culture», Brahim Boulahcen fait le même constat. Selon lui, certains ouvrages, notamment parmi les nouvelles éditions françaises de 2026, ne sont pas encore arrivés au Maroc.

Les difficultés d’approvisionnement touchent également les manuels édités et imprimés localement. «Il y a aussi des manques dans les manuels du programme public fabriqués au Maroc», relève-t-il. Les raisons de ces pénuries restent, selon lui, difficiles à établir. «Soit les quantités imprimées sont insuffisantes, soit la demande n’a pas été correctement anticipée. Au final, la demande dépasse l’offre», estime-t-il.

Le responsable de «Maârif Culture» pointe également la vente de packs de manuels directement par certains établissements privés, une pratique qu’il juge constitutive de concurrence déloyale. «Des écoles privées marocaines vendent des packs de livres scolaires au sein même de leurs établissements», dénonce-t-il. Selon lui, cette pratique perdure malgré les consignes visant à l’encadrer et contribue à perturber l’approvisionnement des librairies.

Pour Hassan El Kamoun, président de l’Association des libraires indépendants du Maroc (ALIM), les difficultés actuelles tiennent également aux volumes de certains manuels mis en circulation, notamment ceux destinés aux écoles pionnières. «Les livres sont imprimés, mais en quantités insuffisantes. Si la demande porte sur 100.000 exemplaires et que seulement 40.000 ou 50.000 sont mis sur le marché, les stocks s’épuisent rapidement et la pénurie persiste», explique-t-il.

Hassan El Kamoun pointe aussi la faible marge accordée aux libraires sur certains de ces manuels. «Seule une remise de 10% est donnée. Sur un livre à 4 dirhams, cela représente 40 centimes», précise-t-il. Une marge qui, selon lui, couvre difficilement les frais de transport et les autres charges supportées par les librairies. «Avec cette petite remise, nous sommes perdants à tous les niveaux», déplore-t-il.

Le responsable de l’ALIM souligne toutefois que les difficultés ne concernent pas de la même manière l’ensemble du marché. «Les livres des écoles privées sont disponibles à 80% ou 90%», affirme-t-il. Les manuels des écoles pionnières et certains ouvrages ministériels sont davantage concernés par les problèmes de disponibilité.

Parmi les autres facteurs avancés figure la pression sur les capacités d’impression. «Cette année par exemple, les élections ont concurrencé la production des livres pour la rentrée scolaire. Beaucoup d’imprimeries travaillent aussi sur les élections», explique Hassan El Kamoun.

Pour lui, une meilleure anticipation permettrait pourtant d’éviter ces situations. «Normalement, la rentrée scolaire se prépare plusieurs mois à l’avance. Les éditeurs doivent connaître les quantités à imprimer et préparer les ouvrages suffisamment tôt pour qu’ils soient distribués avant la rentrée», estime-t-il.

Mais sur le terrain, le scénario semble se répéter. «C’est un problème qui revient chaque année. Chaque rentrée scolaire, nous avons les mêmes problèmes», regrette le président de l’ALIM, qui appelle à un meilleur suivi par le ministère de la disponibilité des manuels et des quantités produites.

En attendant, ce sont les parents qui continuent de subir les conséquences de ces retards. «Ils passent d’une librairie à l’autre, cherchent où se garer, paient le parking, font la queue et demandent partout en vain», décrit Hassan El Kamoun. Une véritable course aux manuels qui se poursuit alors même que les élèves ont déjà repris le chemin des classes.

Par Ryme Bousfiha et Khalil Essalak
Le 12/09/2026 à 12h32