Rentrée scolaire: les librairies ont-elles le droit d’imposer l’achat groupé des livres et des fournitures?

Une librairie du quartier des Habous à Casablanca.

Cette année, la rentrée scolaire est marquée par une vague d’indignation sur les réseaux sociaux face à des pratiques commerciales jugées abusives. Plusieurs librairies ont en effet refusé de vendre les manuels scolaires à l’unité, contraignant les familles à acheter un pack complet de livres, cahiers et fournitures. Une pratique pourtant interdite par la loi.

Le 05/09/2026 à 18h00

Face à l’obligation imposée par plusieurs librairies d’acheter les fournitures en pack complet, la rentrée scolaire suscite une vive indignation sur les réseaux sociaux contre ces ventes liées jugées abusives. Cette controverse remet en lumière le problème des ventes liées et soulève la question de leur légalité.

Pour faire le point sur la nature de ces pratiques, Le360 s’est rendu dans plusieurs librairies du quartier des Habous à Casablanca pour constater les stratégies de vente et recueillir les témoignages des libraires et de leurs clients.

Dans l’une des librairies sollicitées, la propriétaire pointe du doigt la faible rentabilité de certains ouvrages: «Chez nous, ce problème concerne uniquement les manuels des écoles pionnières, car ces livres ne nous laissent qu’une marge bénéficiaire comprise entre 5% et 10%.»

Elle a ajouté que la vente de certains manuels à très bas prix n’était pas rentable, s’interrogeant: «Lorsqu’un livre coûte neuf dirhams, à combien s’élève notre gain? À peine quelques centimes.» Une marge dérisoire qui, selon elle, contraint l’établissement à imposer l’achat du pack complet pour ces programmes.

Un autre libraire du quartier confie quant à lui ne pas recourir à cette méthode, estimant qu’elle «relève d’un ancien système». Il révèle néanmoins l’existence d’accords tacites entre certains établissements et librairies: l’école oriente les parents vers un vendeur précis pour centraliser l’approvisionnement et éviter aux familles de chercher ailleurs.

Un parent d’élève confirme cette pression: «C’est l’école qui nous l’impose; certains livres doivent obligatoirement être achetés auprès d’un fournisseur désigné.» Il pointe également du doigt les retards d’édition: «Quand nous nous sommes adressés à l’imprimerie, on nous a répondu que les ouvrages n’étaient pas encore tirés. C’est absurde: l’école exige des manuels qui n’ont même pas encore été imprimés!»

Pour la Fédération des associations de consommateurs, la vente groupée est interdite

Sollicité par Le360, le président de la Fédération nationale des associations de consommateurs (FNAC), Wadih Madih, rappelle le cadre juridique: «L’article 57 de la loi 31.08 sur la protection du consommateur interdit formellement de conditionner la vente d’un produit ou d’un service à l’achat d’un autre.»

Ce type d’abus expose les contrevenants à des amendes allant de 1.200 à 10.000 DH (doublées en cas de récidive). Le droit de la concurrence prévoit des sanctions encore plus lourdes, pouvant atteindre 10% du chiffre d’affaires annuel. «Vendre un manuel scolaire sous condition d’acheter des cahiers est illégal et éthiquement inacceptable», tranche M. Madih.

Une pratique ancienne mise en avant par les réseaux sociaux

Si ce procédé n’est pas nouveau, la vague d’indignation est inédite cette année. «C’est en effectuant notre veille sur les réseaux sociaux pour prendre le pouls des consommateurs que nous avons constaté la multiplication des plaintes», précise le président de la FNAC.

De son côté, la Ligue des libraires du Maroc nuance la portée de la polémique. Dans un récent communiqué, l’organisation appelle à ne pas généraliser ces dérives à l’ensemble de la profession, affirmant que les libraires professionnels vendent les manuels à l’unité et respectent le libre choix des familles. La Ligue pointe plutôt du doigt le secteur informel, accusé de concurrence déloyale et d’altérer l’image des commerçants en règle.

Par Ghania Djebbar et Said Bouchrite
Le 05/09/2026 à 18h00