Ouahbi au Parlement: «Qui a dit que le divorce était toujours une mauvaise chose?»

Abdellatif Ouahbi, ministre de la Justice, lors de la séance de ce lundi 2 novembre à la Chambre des représentants.

Intervenant à la Chambre des représentants, ce lundi 2 novembre, le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a remis en question le regard porté sur le divorce au Maroc. Il a notamment interrogé la tendance à tenir les femmes pour seules responsables de la séparation, tout en revenant sur les difficultés qu’elles rencontrent pour obtenir le divorce.

Le 02/11/2026 à 22h40

«La femme qui divorce est-elle une femme déviante, tandis que l’homme qui divorce serait un héros ?» C’est la question qu’Abdellatif Ouahbi a posée aux députés à propos du regard porté sur le divorce au Maroc.

Lors de la séance des questions orales à la Chambre des représentants, lundi 2 novembre 2026, le ministre de la Justice a déclaré qu’il ne fallait pas considérer la fin d’un mariage comme un échec imputable à la seule épouse. Selon lui, une séparation recouvre des histoires et des responsabilités très variées, qui ne se résument pas à un jugement sur la femme.

«Le divorce est-il une situation négative ou peut-il aussi être une situation positive?», a-t-il ensuite demandé aux élus. Pour Abdellatif Ouahbi, cette question doit être posée avant de tirer des conclusions sur l’ampleur du phénomène.

Lorsqu’une femme demande à mettre fin à son mariage, il faut d’abord s’intéresser aux raisons qui l’ont conduite à cette décision, a-t-il expliqué. Il a rappelé que les difficultés conjugales concernent les deux conjoints et que la responsabilité de la rupture ne peut pas reposer sur la seule épouse.

C’est le sens de son interrogation initiale, «la femme qui divorce est-elle une femme déviante, tandis que l’homme qui divorce serait un héros?», par laquelle il a dénoncé un regard social à deux vitesses.

Le ministre a ensuite évoqué la situation des femmes qui passent plusieurs années devant les tribunaux pour obtenir le divorce. Il a cité à ce propos le film égyptien Je veux une solution , porté par Faten Hamama, qui raconte le parcours d’une femme confrontée aux démarches de séparation.

Ces procédures s’accompagnent parfois, a-t-il relevé, de litiges sur la pension alimentaire, sur la garde des enfants ou d’accusations de désobéissance conjugale. Dans ces conditions, certaines femmes ont tout à fait le droit de demander le divorce, a-t-il fait valoir, et cette démarche ne devrait pas leur valoir une condamnation sociale supplémentaire.

Abdellatif Ouahbi a également précisé comment lire le chiffre de 154.000 divorces, avancé au cours des échanges parlementaires. Selon lui, ce nombre correspond aux affaires enregistrées devant les tribunaux et non à autant de mariages dissous, car une partie des procédures se conclut par une réconciliation des époux avant le prononcé d’un jugement définitif.

«Il ne faut pas confondre les demandes de divorce avec les divorces effectivement prononcés», a-t-il insisté, appelant à distinguer ce que mesurent réellement les statistiques.

Le rapport annuel du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire pour 2025 recense 154.377 affaires de divorce et de séparation enregistrées dans les juridictions. Il s’agit donc d’un nombre de dossiers ouverts et non du décompte des unions définitivement rompues. Le ministre a ajouté que le Maroc enregistre quelque 268.000 mariages par an, d’après les chiffres qu’il a présentés aux députés.

Face à la multiplication des conflits familiaux portés devant la justice, le ministre a défendu le développement de la médiation, afin d’éviter que ces différends ne débouchent systématiquement sur de longues procédures.

Il a cité plusieurs pistes, à savoir le rôle que pourraient jouer les conseils locaux des oulémas, la mise en place de bureaux de médiation indépendants et la participation de certaines institutions religieuses. L’objectif est de permettre aux conjoints de trouver un terrain d’entente et de régler leurs différends avant la séparation, lorsque celle-ci peut encore être évitée.

Ces déclarations interviennent dans le contexte de la réforme de la Moudawana, toujours attendue. Le ministre a rappelé que le Code de la famille actuellement en vigueur date de 2004 et il a dit espérer que le projet de nouveau texte soit transmis au Parlement en décembre prochain.

Il a enfin appelé à harmoniser les statistiques sur le mariage et le divorce, en coordination avec les institutions concernées, notamment le Haut-Commissariat au plan. L’enjeu est de distinguer les demandes déposées devant les tribunaux des jugements qui prononcent réellement la dissolution du mariage.

Par Najwa Targhi
Le 02/11/2026 à 22h40