Modernisation, proximité, réactivité... Comment la DGSN a évolué en 70 ans d’existence

Le nouveau siège de la DGSN. (K.Sabbar/Le360)

Modernisation technologique, professionnalisation des ressources humaines, police de proximité... En sept décennies, la DGSN a renforcé son efficacité opérationnelle tout en multipliant ses partenariats internationaux.

Le 29/07/2026 à 09h37

Depuis sa création, la Direction générale de la sûreté nationale n’a cessé de moderniser ses services. Du portail E-Police à la plateforme GESTARR, en passant par la Carte nationale d’identité électronique CNIE 2.0 et l’usage des drones pour la sécurisation des grands événements, la DGSN a construit, indique la revue de l’institution, un service public «rapide et de qualité».

Sans oublier le volet formation, porté par l’Institut royal de police de Kénitra, l’École de police de Bouknadel et le nouvel Institut supérieur des sciences de la sécurité d’Ifrane, devenu, selon la revue de la DGSN, un «hub continental d’expertise policière» pour les cadres marocains et africains.

Dans le dernier numéro de la revue de Police, la DGSN retrace ces sept décennies d’histoire. Tout commence le 16 mai 1956 quand le dahir n°1-56-115 institue la Direction générale de la sûreté nationale. «Ce texte fondateur, promulgué moins de trois mois après l’indépendance, pose les jalons de ce qui deviendra la plus importante institution sécuritaire du pays. Le ministère de l’Intérieur, confié à Lahcen Lyoussi, personnalité indépendante proche du Sultan, a été chargé, à l’époque, de piloter cette création historique», peut-on lire.

Mohammed Laghzaoui est alors nommé à la tête de la jeune institution. La mission assignée à la DGSN consiste à assurer le maintien de l’ordre public et protéger les personnes et les biens.

Les premières années de la DGSN furent celles de tous les défis. Le recrutement des premiers effectifs était difficile, selon la même source. Il fallait former des policiers capables de rompre avec les méthodes héritées du protectorat, tout en assurant une continuité opérationnelle jugée indispensable. Les ressources sont limitées, les infrastructures embryonnaires et l’institution doit bâtir «une doctrine policière à construire presque de toutes pièces», relève-t-on. Elle fait malgré tout preuve d’«une remarquable capacité d’adaptation», puisant dans «le patriotisme ardent de ses premières recrues une énergie sans cesse renouvelée».

Dans les décennies qui suivent, elle accompagne les mutations de la société marocaine, l’explosion démographique, l’exode rural, l’extension des grandes métropoles comme Casablanca, Rabat, Fès et Marrakech et l’émergence de formes de délinquance plus sophistiquées.

C’est ainsi que «chaque époque apporta son lot de défis sécuritaires inédits, auxquels l’institution répondit avec des moyens en constante évolution. Les réformes des textes et l’évolution de la doctrine La refonte juridique de la police marocaine s’est opérée par étapes successives, au rythme des transformations de la société et des exigences de la scène internationale».

Trois phases, trois doctrines

Sur le plan opérationnel, la doctrine policière marocaine suit trois grandes phases. La première, des années 1950 aux années 1980, est celle de la construction et de la consolidation, centrée sur le maintien de l’ordre public et la structuration territoriale du Corps. La deuxième, des années 1990 à 2010, voit l’émergence d’une approche plus professionnalisée, avec la création de brigades spécialisées et le renforcement des capacités. La troisième, depuis 2015, correspond à la transformation menée sous la direction de Abdellatif Hammouchi, avec la modernisation technologique, la police de proximité, les droits de l’Homme, la transparence institutionnelle et le rayonnement international.

On apprend que les unités spécialisées de la DGSN se sont multipliées depuis 1956. Les Compagnies mobiles d’intervention (CMI), créées dès 1956, s’étoffent pour former les Groupements mobiles de maintien de l’ordre (GMMO). Ces groupements comptent aujourd’hui plus de 3.000 agents, répartis en compagnies et rattachés aux différents commandements de police à travers le Royaume.

En 1996, le Laboratoire de police scientifique de Casablanca voit le jour. En 1998, la première promotion de femmes policières en missions opérationnelles sort de formation. En 2001, les concours de police s’ouvrent aux femmes pour l’accès à tous les grades. En 2007, des cellules d’accueil et de prise en charge des femmes victimes de violence sont créées. En 2018, le Service de lutte contre la criminalité liée aux nouvelles technologies voit le jour. En 2019, le Service de renseignement économique et le Service d’identification des avoirs criminels sont créés.

La Brigade des artificiers est considérablement renforcée après les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca. Elle est aujourd’hui présente dans sept villes du Maroc, équipée de robots de neutralisation des engins explosifs et de matériels de dernière génération.

La politique de recrutement de la DGSN a été revue en profondeur. Les concours ont été repensés pour garantir la transparence, le mérite et l’égalité des chances. Les épreuves intègrent désormais des sujets juridiques, de culture générale et des questionnaires à choix multiples, dont la correction est confiée à des enseignants universitaires indépendants. Un examen médico-psychologique complète le processus de sélection.

Les chiffres «témoignent avec une force indéniable de l’attractivité retrouvée du Corps», affirme la revue de la police. Lors du concours de 2016, pas moins de 164.053 candidats se sont présentés aux épreuves écrites, répartis dans 321 centres d’examen à travers le territoire national. En 2024, plus de 93.000 candidats ont participé aux concours. En 2025, six concours ont permis de recruter 6.733 nouveaux fonctionnaires. Sur la même année, 8.913 policiers ont bénéficié d’avancements en grade et 10.249 ont suivi des programmes de formation professionnelle continue.

L’Institut royal de police, le «cœur battant de la formation»

Fondé en 1978 à Kénitra, l’Institut royal de police (IRP) est le principal centre de formation de la DGSN. Il accueille les futurs fonctionnaires de police pour leur formation de base avant leur déploiement sur le terrain. Le programme pédagogique associe entraînements physiques et paramilitaires, formation théorique en droit et en procédure pénale, modules techniques sur la gestion des scènes de crime, des accidents de la circulation et des situations d’urgence, ainsi que des enseignements sur les droits de l’Homme et la déontologie policière.

En 2002, le roi Mohammed VI inaugure l’École de police de Bouknadel. Des centres régionaux voient ensuite le jour dans plusieurs villes du Royaume, formant un réseau de sept écoles régionales de police. En 2025, l’Institut supérieur des sciences de la sécurité ouvre à Ifrane. Il forme des cadres supérieurs nationaux et étrangers et développe la recherche scientifique liée aux métiers de la sécurité.

Depuis sa prise de fonction, Abdellatif Hammouchi a placé la réforme de la formation policière au premier rang de sa stratégie. Avant même d’endosser l’uniforme, les policiers stagiaires suivent désormais des modules consacrés aux valeurs citoyennes, à la déontologie professionnelle et au respect des droits humains. Cette approche, «à la fois légaliste et humaniste», vise selon la revue à ancrer dans les nouvelles générations de policiers «une culture authentique de proximité, de service public et de respect du citoyen avant tout».

L’IRP s’est aussi imposé comme un «hub continental d’expertise policière». Au cours des cinq dernières années, plus de 500 officiers africains, burkinabè, sénégalais, ivoiriens et d’autres nationalités, ont suivi des stages de formation, dans le cadre de la coopération Sud-Sud voulue par le roi Mohammed VI. Cette ouverture africaine a fait de la DGSN «un instrument de rayonnement diplomatique international autant que sécuritaire».

2015, l’année de la fusion

La nomination de Abdellatif Hammouchi à la tête de la DGSN en 2015, cumulée avec la direction de la Surveillance du territoire (DGST), marque une rupture avec les pratiques du passé. Ce haut fonctionnaire, juriste de formation et spécialiste reconnu de l’antiterrorisme, est «doté d’une forte culture opérationnelle et rompu aux exigences de la coopération internationale». Il structure l’action de l’institution autour de cinq axes: modernisation technologique, professionnalisation des ressources humaines, communication institutionnelle et police de proximité, respect de l’État de droit et rayonnement international.

L’unification des deux pôles sous un même commandement crée une synergie entre les métiers de la police et ceux du renseignement intérieur. Elle permet «une réponse intégrée et cohérente aux menaces sécuritaires complexes». Cette architecture organisationnelle, «unanimement saluée par les partenaires internationaux», place le Maroc «en position de référence en matière de gouvernance sécuritaire», affirme la revue.

Depuis les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca, le Maroc a développé une stratégie antiterroriste globale, combinant prévention, répression et déradicalisation, «dont l’efficacité est aujourd’hui unanimement reconnue». Des dizaines de cellules terroristes ont été démantelées et plusieurs attentats planifiés sur le sol marocain ou dans des pays partenaires ont été déjoués grâce aux renseignements fournis par les services marocains.

La coopération du tandem DGSN-DGST a notamment permis de prévenir des attentats aux États-Unis et en Espagne, «confortant ainsi le Maroc dans son statut de partenaire indispensable en matière de lutte antiterroriste internationale». Les autorités allemandes ont publiquement reconnu que «l’Europe ne saurait se passer d’une coopération étroite avec le Maroc» ni de l’exploitation de son expérience préventive, rapporte la revue. Le Royaume abrite par ailleurs le Bureau des Nations unies pour la lutte contre le terrorisme.

La DGSN a engagé une transformation numérique destinée à moderniser la relation entre la police et les citoyens et à renforcer l’efficacité opérationnelle. Le portail E-Police est «dédié à la centralisation et à la digitalisation des services administratifs au profit des citoyens», précise la revue. La plateforme E-Blagh permet, elle, de signaler en ligne les contenus illicites et les infractions liées à la cybercriminalité.

La Carte nationale d’identité électronique, la CNIE 2.0, constitue la base de l’identité numérique marocaine. Elle fait de la DGSN «le tiers de confiance national» et permet aux citoyens d’accéder à des services numériques publics et privés en toute sécurité. La plateforme GESTARR, système interne de gestion des arrondissements de police, centralise, quant à lui, les données liées aux demandes de CNIE et aux plaintes déposées par les citoyens. Les drones sont également utilisés pour la sécurisation des événements d’envergure, la gestion des catastrophes et la lutte contre la migration irrégulière.

La police scientifique ou «la vérité par la science»

Le Laboratoire national de la police scientifique et technique a inauguré son nouveau siège à Casablanca en 2021, sur une superficie de 8.600 m². Conçu selon «les normes internationales les plus exigeantes régissant les laboratoires forensiques», souligne la revue de la DGSN, il est accrédité «selon la norme internationale ISO/IEC 17 025», ce qui atteste de la rigueur, de la traçabilité et de la reproductibilité des expertises effectuées. Cette reconnaissance a été confirmée par son adhésion au groupe international d’INTERPOL sur les expertises génétiques.

La Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) a également vu ses locaux se moderniser. En 2021, un nouveau siège conforme aux standards internationaux voit le jour à Casablanca, sur une superficie de 16.000 m² répartie sur huit niveaux. «Cette infrastructure incarne la montée en puissance spectaculaire de la police judiciaire marocaine», note la revue de la DGSN. Chaque niveau est dédié à un service spécialisé, la criminalité financière et économique, la cybercriminalité, la migration irrégulière, la lutte contre le terrorisme, le trafic international de stupéfiants et la criminalité transnationale, en plus d’un laboratoire d’analyse des traces numériques assurant une veille permanente sur Internet.

Un taux d’élucidation de 95% en 2024

Le taux d’élucidation des affaires criminelles par les services de la DGSN a atteint 95% en 2024, «un niveau exceptionnel à l’échelle internationale, qui illustre la maturité opérationnelle de l’institution», ajoute la revue de la DGSN. Les crimes violents ont diminué de 10%, avec des baisses de 24% des vols aggravés et de 20% des vols de véhicules. Plus d’un millier de réseaux criminels organisés, actifs dans le trafic de drogues, la traite des êtres humains, le blanchiment d’argent et d’autres formes de criminalité transnationale, ont été démantelés en 2025.

La cybercriminalité, en hausse de 40% en 2024, constitue le défi émergent auquel la police marocaine s’est attachée à répondre. En juin 2025, la DGSN a été élue à la vice-présidence du Groupe d’experts mondial sur la cybercriminalité (GEMC) d’INTERPOL, en la personne de la cheffe du Service d’expertise des traces numériques relevant de la Direction de la police judiciaire, consacrant «au plus haut niveau l’expertise marocaine dans ce domaine d’avenir».

Parallèlement, le Maroc a organisé, ces dernières années, la COP22, les réunions annuelles de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, l’Assemblée générale d’INTERPOL et la Coupe d’Afrique des nations 2025. La DGSN a ainsi hissé la gestion sécuritaire des grands événements au rang «d’une véritable excellence marocaine, reconnue et sollicitée par les nations les plus exigeantes», note la revue. Les services marocains de sécurité contribuent aussi à la sécurisation de grands événements organisés en dehors du Royaume.

À l’occasion de la CAN 2025, une délégation du FBI s’est déplacée à Rabat pour s’inspirer des protocoles sécuritaires marocains en vue de la Coupe du monde 2026. Cette expertise a conduit à l’association officielle des services marocains à la task force mise en place par le président Donald Trump pour la sécurisation du Mondial. «Il est devenu difficile, aujourd’hui, d’évoquer la sécurité internationale sans reconnaître l’exception que représente le modèle marocain», affirme la revue de la DGSN.

Une coopération arabe, africaine et euro-atlantique

Dans le cadre arabe, la DGSN participe aux travaux de l’Université arabe Naïf des sciences de la sécurité (NAUSS), où Abdellatif Hammouchi siège au Conseil supérieur. La création, à Ifrane, de l’Institut supérieur des sciences de la sécurité illustre cette volonté de construire une communauté de savoir sécuritaire articulant expertise académique, gouvernance moderne et standards internationaux.

Sur le plan africain, la coopération Sud-Sud se traduit par la formation d’officiers à l’Institut royal de police, le partage d’expertise opérationnelle, la signature, en 2025, d’un accord stratégique avec la police fédérale éthiopienne et la tenue de dizaines de réunions bilatérales de haut niveau.

Du côté euro-atlantique, les relations avec l’Espagne, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni restent denses. Une visite du directeur général du pôle DGSN-DGST en Suède a abouti à la signature d’un mémorandum d’entente couvrant la cybersécurité et les nouvelles techniques sécuritaires. En 2025, la DGSN a exécuté 120 commissions rogatoires internationales. Abdellatif Hammouchi a été décoré de la Grand-Croix du mérite espagnole et de la Légion d’honneur française, des distinctions qui «honorent autant l’homme que l’institution qu’il dirige», selon la revue de la DGSN.

Une adhésion vieille de 70 ans, un rôle toujours plus grand

Le Maroc adhère à INTERPOL dès 1957, un an après la création de la DGSN, signe que «l’ouverture internationale était inscrite dans l’ADN de l’institution dès ses origines», selon la revue. En novembre 2024, lors de la 92ème Assemblée générale d’INTERPOL à Glasgow, le Maroc est élu vice-président de l’organisation pour l’Afrique, en la personne du directeur de la Police judiciaire, Mohammed Dkhissi, avec le soutien de 96 pays membres. Un an plus tard, en novembre 2025, le Royaume accueille à Marrakech la 93ème Assemblée générale d’INTERPOL, rassemblant les chefs de police de 196 pays, «un événement sans précédent qui est venu consacrer le rayonnement international de la DGSN».

Le bilan du Bureau central national (BCN) INTERPOL-Rabat illustre cette dynamique. Pour l’année 2025, le BCN-Rabat a traité plus de 7.100 demandes, permettant la saisie de 395 véhicules volés, l’exécution de 36 extraditions internationales et l’arrestation de 57 individus recherchés à l’étranger. En 2024, 135 personnes recherchées internationalement, de 25 nationalités différentes, ont été arrêtées sur le sol marocain.

Par Hajar Kharroubi
Le 29/07/2026 à 09h37