Commerce illégal de l’eau: appels à une enquête urgente

Revue de presseLa pénurie d’eau alimente un marché noir lucratif où des revendeurs informels exploitent la détresse des populations. Malgré les efforts de l’État pour garantir un accès équitable à cette ressource vitale, des pratiques illégales de spéculation et de revente à prix exorbitants persistent. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Assabah.

Le 04/05/2026 à 19h08

Le trafic d’eau prend de l’ampleur dans plusieurs régions, particulièrement celles touchées par la rareté de cette ressource vitale. L’Observatoire marocain pour la protection du consommateur (OMPC) alerte l’opinion publique sur la prolifération de pratiques illégales de revente et de distribution d’eau, notamment en période de sécheresse et de pression accrue sur les ressources hydriques, relaie Assabah de ce mardi 5 mai. Ces activités, souvent menées en dehors de tout cadre légal, ouvrent la voie à la spéculation et à l’exploitation abusive d’un besoin essentiel.

Hassan Aït Ali, président de l’OMPC, souligne que ces pratiques se multiplient dans les zones rurales où la demande en eau est forte, comme dans la région de Had Soualem et ses douars environnants. Selon lui, ces agissements contredisent les orientations nationales du Programme national pour l’eau, lancé par l’État pour garantir la sécurité hydrique et assurer une distribution équitable et durable de cette ressource. Les revendeurs informels d’eau achètent le mètre cube à un prix ne dépassant pas 1,80 dirham, avant de le revendre jusqu’à 7 dirhams aux populations dans le besoin. Ce système leur permet de réaliser une marge bénéficiaire dépassant 4 dirhams par tonne, exploitant ainsi la vulnérabilité des citoyens face à la pénurie.

Le Programme national pour l’eau constitue pourtant un cadre stratégique visant à renforcer la sécurité hydrique du Maroc face aux changements climatiques et à la sécheresse. Ses axes principaux incluent la diversification des sources d’approvisionnement, notamment par le dessalement de l’eau de mer et la réutilisation des eaux usées traitées, le développement des infrastructures de stockage et de distribution via les barrages et grands projets hydrauliques, ainsi que la rationalisation de la consommation et la lutte contre le gaspillage. Il prévoit également une répartition plus équitable de l’eau entre les différentes régions et catégories sociales.

Malgré ces efforts, Hassan Aït Ali estime que la persistance de ces pratiques illégales sur le marché parallèle de l’eau menace l’efficacité des politiques publiques et porte atteinte au principe de justice sociale. Ces agissements violent plusieurs textes de loi, dont l’article 31 de la Constitution, qui garantit le droit à l’eau, la loi 31.08 relative à la protection du consommateur, qui protège les citoyens contre l’exploitation et la fraude, la loi 104.12 sur la liberté des prix et la concurrence, qui interdit la spéculation illicite et les lois régissant les ressources hydriques et la protection du domaine public hydraulique, rappelle Assabah.

Le président de l’Observatoire dénonce également l’émergence d’intermédiaires non régulés qui profitent de la rareté de l’eau pour faire flamber les prix dans certaines zones, tout en critiquant la faiblesse des contrôles dans certaines chaînes de distribution. Ces dérives représentent, selon lui, une menace directe pour la sécurité hydrique et sociale du pays. Pour y remédier, Hassan Aït Ali appelle à un renforcement strict des contrôles et des sanctions contre toute forme de spéculation sur l’eau. Il plaide également pour une meilleure coordination entre les acteurs impliqués dans la mise en œuvre du Programme national pour l’eau, ainsi que pour une protection accrue des consommateurs contre toute exploitation commerciale des ressources vitales. Enfin, il insiste sur la nécessité d’accélérer les projets hydrauliques, afin de garantir une sécurité hydrique durable pour tous.

Par La Rédaction
Le 04/05/2026 à 19h08