Barrages: 97% des apports hydriques générés en quatre mois seulement

Barrage Bin El Ouidane. (K.Essalak/Le360)

Les précipitations enregistrées depuis le 13 décembre 2025 ont généré 15,95 milliards de mètres cubes d’apports hydriques, soit 97% des ressources accumulées au cours des huit derniers mois. Les détails.

Le 29/04/2026 à 10h30

Les neuf bassins ont accumulé 16.377 Mm³ d’eau entre le 1er septembre 2025 et le 23 avril 2026. Ces réserves résultent directement des précipitations enregistrées depuis décembre dernier qui ont permis une reconstitution rapide des stocks. C’est ce qui ressort de la présentation du ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, lors de la réunion de la commission des infrastructures, de l’énergie, des mines et de l’environnement à la Chambre des représentants sur la situation hydrique, tenue le mardi 28 avril.

On apprend ainsi qu’entre le 13 décembre 2025 et le 23 avril 2026, le Maroc a bénéficié de précipitations abondantes générant une entrée d’eau de 15,95 milliards de m³, un chiffre couvrant 97% des réserves hydriques cumulées à partir du 1er septembre.

Dans le détail, le Sebou demeure le bassin le plus doté en eau du pays. Il a enregistré 6.754 Mm³ de flux hydriques, soit 41,3% des apports nationaux. Par rapport à la moyenne, ce bassin a dépassé la normale de 86%. Comparé à la saison 2024-2025, l’apport a augmenté de 457%, avec un taux de remplissage de 87,59%.

Le Loukkos engrange pas moins de 3.353 Mm³ d’eau, soit 20,5% des apports nationaux. Cet apport a dépassé la moyenne de 167%, tandis que le gain annuel a atteint 629%. Le taux de remplissage du Loukkos a culminé à 92,77%, deuxième plus élevé du pays après le Tensift.

L’Oum Er-Rbia s’établit à quasi-égalité avec le Loukkos en enregistrant 3.379 Mm³ de volumes entrants, soit 20,6% des apports nationaux. Ce bassin a dépassé la normale de 42%, avec une augmentation de 327% comparé à 2024-2025. Cependant, le taux de remplissage ne s’est établi qu’à 63,85%.

Quant au Bouregreg, il a totalisé 1.162 Mm³ d’entrées d’eau, soit 7,1% des apports totaux. Ce bassin a dépassé la normale de 85% avec une augmentation annuelle de 274%. Le taux de remplissage a monté à 92,26%, troisième plus élevé du pays. La Moulouya a enregistré 831 Mm³, soit 5,1% des apports totaux. Ce bassin a dépassé la normale de seulement 4% avec une augmentation annuelle de 52%. Le taux de remplissage s’est établi à 73,63%.

Le Tensift a été rechargé de 265 Mm³ d’eau, soit 1,6% des apports totaux. Ce bassin accuse un retrait de 10% par rapport à la normale. Néanmoins, comparé à l’année précédente, l’augmentation a atteint 189%, avec un taux de remplissage qui a monté à 96,11%, le plus élevé du pays.

Parallèlement, le Souss-Massa a enregistré 346 Mm³ de volumes, soit 2,1% des apports totaux. Ce bassin agricole accuse toutefois un retrait de 22% par rapport à la normale. Comparé à l’année précédente, l’augmentation a atteint 178%. Le taux de remplissage s’est établi lui à 56,32%.

Oued-Noun a totalisé 159 Mm³, soit 1% des apports totaux. Ce bassin a accusé un retrait sévère de 54% par rapport à la normale. Comparé à l’année précédente, la diminution a atteint 47%, le taux de remplissage n’ayant pas dépassé 39,46%. Le Guir Ziz Rheris a enregistré 129 Mm³, soit 0,8% des apports totaux, en recul de 5% par rapport à la normale. Comparé à l’année précédente, la diminution a atteint 54%. Le taux de remplissage s’est établi à 54,10%.

Des disparités régionales expliquées par les précipitations

Ces disparités de remplissage par bassin trouvent leur origine dans la distribution très inégale des précipitations. Entre septembre 2025 et avril 2026, les précipitations nationales ont atteint 202,9 millimètres, dépassant la moyenne 1991-2020 qui est de 165,6 millimètres de 22,6%. Comparé à la saison précédente 2024-2025 qui avait enregistré 131,8 millimètres, l’augmentation a atteint 54%.

Cette amélioration survient après un cycle de sécheresse prolongé. En mai 2018, le taux de remplissage des barrages avait atteint 70% après trois années d’abondance relative. Entre 2019 et février 2024, le stress hydrique sévère a dominé les barrages pendant cinq années consécutives. En février 2024, le taux avait chuté à 23%, avant une reprise progressive entre 2025 (40,18%) et 2026 (75,86%), soit une hausse de 30,86 points et un stock national de 13 milliards de m³.

Afin de faire face aux cycles de sécheresse, le Maroc a opté pour une diversification de ses ressources hydriques, en mettant notamment l’accent sur le dessalement et les autoroutes de l’eau. Rabat a également accéléré sa stratégie d’investissements dans les barrages pour renforcer la résilience du système, notamment en période de grands apports. Huit grands barrages ont été mis en service depuis 2021, accroissant les capacités nationales de stockage. Il s’agit de Kaddoussa, Tiddas, Toudgha, Agdez, Fask, M’dez, Koudiat Borna et Ghiss.

Quatre barrages de taille moyenne sont en cours de construction pour multiplier les points de capture de l’eau et distribuer le stockage géographiquement. Ces barrages comprennent Tassa Ouirgane, Msalit, Aïn Ksob et Sidi Yakoub.

Le programme de 155 petits barrages s’étend, quant à lui, sur la période 2022-2027, structurant le déploiement territorial du stockage hydrique. Douze barrages ont déjà été entretenus, 45 sont en cours de réalisation, 30 sont programmés pour 2026 et 68 barrages sont en cours d’étude pour 2027.

Par Hajar Kharroubi
Le 29/04/2026 à 10h30