Bob Dylan, le Pape et le sale gosse en nous!

Karim Boukhari.

ChroniquePour comprendre les jeunes, il ne suffit pas d’écouter du rap ou de porter un pull à l’envers. Il faut aussi écouter Bob Dylan!

Le 07/11/2026 à 10h00

En parcourant le fil des actualités, je me suis arrêté sur l’image de Bob Dylan reçu par le Pape au Vatican. Le chanteur de 85 ans était habillé tout en noir et l’homme de foi, 71 ans au compteur, tout en blanc. Des deux hommes, c’est le plus vieux qui avait l’air d’un sale gosse venu se repentir après une bêtise.

Allez savoir ce que le représentant de la contre-culture des années 1960 a bien pu murmurer à l’oreille de sa sainteté, ce jour-là…

Et alors, pourquoi s’arrêter sur cette étrange rencontre au sommet? Patience. Nous sommes bien dans le sujet, mais nous allons emprunter quelques chemins détournés avant d’arriver à bon port…

Passons à la suite. J’ai récemment assisté à une soirée de «vieux» où le plus jeune, pour une fois, n’était pas moi. Quel confort!

Le benjamin de la bande, la cinquantaine grisonnante, est peut-être déjà grand-père ou s’apprête à le devenir. Il n’empêche, il était «notre jeune», au moins le temps d’une soirée. Alors on le pressait de questions, on guettait le moindre de ses écarts et on se faisait un malin plaisir à le réprimander…

«Sans vouloir noyer le poisson, mettons de côté les questions liées au chômage et à la mauvaise éducation, qui relèvent avant tout des politiques publiques, plongeons dans ce que la jeunesse a de plus irréductible: l’état d’esprit, la quête de soi, le besoin d’expérimenter, de se chercher, de se tromper, cette capacité de dire encore non sans que cela soit pris pour de l’aigreur.»

—  Karim Boukhari

Continuons de sauter du coq à l’âne et arrêtons-nous à l’année 2003, peu avant les attentats du 16 mai. Le Maroc entier parlait alors du procès dit des satanistes. J’ai suivi cette affaire de près, en tout cas suffisamment pour savoir que l’accusation reposait sur un enchaînement assez incroyable de malentendus. Entre des accusés qui avaient des cendriers en forme de crâne humain et qui ne juraient que par le hard rock, et des magistrats qui les pressaient de réciter la chahada ou l’hymne national, le fossé était béant. Dramatiquement béant.

C’est ce fossé, à l’époque, qui a jeté en prison des jeunes gens incapables de faire du mal à une mouche. Et il a fallu l’intervention et l’insistance de quelques braves «vieux» qui ont joué les go-betweens, c’est-à-dire les bons intermédiaires, pour éviter le pire…

Venons-en à présent à ce qui nous intéresse ici. La jeunesse. Sans vouloir noyer le poisson, mettons de côté les questions liées au chômage et à la mauvaise éducation, qui relèvent avant tout des politiques publiques, plongeons dans ce que la jeunesse a de plus irréductible: l’état d’esprit, la quête de soi, le besoin d’expérimenter, de se chercher, de se tromper, cette capacité de dire encore non sans que cela soit pris pour de l’aigreur. Cette capacité aussi de refuser la fatalité et de se poser des questions sur le sens de la vie…

Rien n’est en effet plus beau que ces années de l’éveil et tant pis si tout cela est générateur de malentendus. Parce que la jeunesse n’est qu’une histoire d’attitudes et de malentendus. Et pour le comprendre, il ne suffit pas d’écouter du rap ou de porter un pull à l’envers. Il faut aussi écouter Bob Dylan!

Par Karim Boukhari
Le 07/11/2026 à 10h00