J’adore suivre l’actualité du PJD, même de loin en loin. Ce n’est pas seulement parce qu’ils sont islamistes et constituent, de ce fait, une sorte de caillou dans la chaussure, des empêcheurs de tourner rond. Bien sûr, il ne faut pas négliger cette dimension-là, jamais. Ce caillou peut vous empêcher de marcher. Mais il peut aussi se dissimuler, au point de se faire oublier…
Les islamistes aiment généralement jouer. Comme un comédien qui monte sur scène pour composer un personnage qui ne lui ressemble pas. C’est le principe de la «taqiyya» et du «tamaskoun», en gros l’art de dissimuler et de se faire petit pour avancer masqué. Le but, c’est le «tamakkoun», c’est-à-dire l’enracinement durable au cœur du système, voire du pouvoir. Cet objectif suprême peut paraitre lointain, mais la taqiyya et le tamaskoun sont le chemin qui y mène.
Regardez la dernière polémique entre Abdelilah Benkirane et Saâdeddine El Othmani. L’ancien et l’actuel chef du parti. Tous les deux ont exercé, dans des contextes différents, la fonction de chef du gouvernement. Derrière leurs facéties et leur côté badin, ils sont intelligents et cyniques. S’ils avaient choisi le théâtre ou le cinéma, ils seraient d’excellents acteurs de composition.
Comme «Hardi w mardi» (Laurel et Hardy), il y a le gros et le frêle, la grande gueule et le discret, le méchant et le gentil. Chacun tient l’autre par la barbichette. Leur dernière «pièce» a eu lieu après les élections du 23 septembre. Le méchant Benkirane s’en est pris au gentil El Othmani. Celui-là, tonna le premier en direction du deuxième, il peut rester chez lui!
Que lui reproche-t-il? D’avoir signé la normalisation avec Israël, quand il était à la tête de l’exécutif. Benki, comme on l’appelle parfois pour le taquiner (ce qu’il adore, parait-il), devient un maître d’école qui dit au gamin gaffeur: «Toi, tu te tais! Mieux encore, rentre chez toi!».
Violent uppercut.
Mais quelle mouche a encore piqué le bon gros Benki? Pendant que ses supporters crient au scandale, le docile docteur El Othmni s’est une nouvelle fois muré dans le silence: c’est sa première qualité, avec celle de ne pratiquement jamais dire non quand on lui colle une directive.
Vu de l’extérieur, nous sommes face à une belle leçon de démocratie et de franchise entre «frères». Ils peuvent se dire les choses, et en public s’il vous plaît, sans gants, droit dans la gueule!
Et ce n’est pas fini. Parce qu’il y a un chapitre deux. Benkirane se fend cette fois d’un message d’excuses pour le frère El Othmani: ses propos auraient été sortis de leur contexte et déformés. Mais bien sûr!
Voilà qui est épatant: un chef, un vrai, de ceux qui ont la science infuse, vient d’avouer une faute et de demander pardon. Quelle belle leçon d’humilité et d’honnêteté intellectuelle!
Tout cela est magnifique. On peut applaudir le numéro des acteurs.
Ce que la comédie en deux actes ne dit pas, en réalité, c’est que Benkirane essaie de faire porter le chapeau (de la normalisation) au seul El Othmani. C’est lui le coupable, pas le parti, pas les islamistes. Il suffit d’écarter le coupable, voire de le tuer politiquement, pour que le PJD retrouve sa virginité.
La manœuvre vise à renforcer la crédibilité du parti qui s’apprête à jouer l’opposition. Et l’opposition, au Maroc, commence par le rejet de la normalisation. CQFD, comme dirait l’autre!




