Le mot coach désignait à l’origine les voitures à chevaux fabriquées en Hongrie au 16ème siècle. Au début du 19ème siècle, à l’Université d’Oxford, le terme est utilisé pour désigner un formateur, un mentor chargé d’accompagner un élève vers la réussite scolaire. Vers 1860, il entre dans le vocabulaire sportif pour désigner un entraîneur.
Depuis, le mot a fait du chemin.
Ces dernières années, les coachs personnels et professionnels se sont multipliés à une vitesse impressionnante. Un phénomène largement amplifié par les réseaux sociaux, devenus une formidable vitrine pour le coaching, mais aussi un terrain de jeu privilégié pour les charlatans.
Coach de vie, coach individuel, coach professionnel, coach d’équipe, coach scolaire, parental, sportif ou nutritionnel… Il existe désormais un coach pour presque tout.
Dans son acception sérieuse, le coaching consiste à accompagner un individu ou un groupe vers un objectif déterminé. En entreprise, il peut contribuer à améliorer les compétences, la communication, la cohésion d’une équipe ou les pratiques managériales. Dans la sphère personnelle, il peut aider à clarifier des objectifs, à prendre des décisions, à gagner en confiance ou à mieux gérer certaines situations.
Le coach n’est pas censé apporter des solutions toutes faites. Par le dialogue et le questionnement, il accompagne son client afin que celui-ci identifie ses propres ressources et trouve des réponses adaptées à son profil, à ses objectifs et à ses capacités.
Le coaching s’est d’abord développé dans le sport, où l’entraîneur agit aussi sur la motivation, la confiance en soi et la préparation mentale, au service de la performance. Il a ensuite gagné l’entreprise avant d’investir progressivement presque toutes les sphères de la vie.
Et c’est là que les choses deviennent préoccupantes.
Au Maroc comme ailleurs, le succès du coaching a ouvert un immense marché dont profitent aussi des personnes sans véritable qualification. Elles exercent en présentiel ou en ligne, parfois auprès de publics fragiles, en promettant des résultats que rien ne permet de garantir.
Les tarifs peuvent pourtant être considérables. Au Maroc, une séance d’une heure peut être facturée entre 500 et 1.500 dirhams. À l’étranger, certaines prestations atteignent plusieurs centaines, voire un millier d’euros.
Le phénomène touche également les entreprises. Des intervenants se présentent comme coachs avec des qualifications parfois invérifiables, voire des CV enjolivés. En proposant des tarifs inférieurs à ceux de professionnels réellement formés, ils parviennent à décrocher des missions jusqu’à ce que leurs limites apparaissent.
Autour de moi, je vois même des retraités issus de secteurs qui n’ont rien à voir avec l’accompagnement, notamment la finance, s’improviser coachs en développement personnel.
Car aujourd’hui, n’importe qui peut s’autoproclamer coach.
Pas de véritable régulation de la profession. Pas de standard uniforme de formation. Pas de contrôle systématique des compétences.
Dans cette jungle, trois profils se côtoient.
Il y a d’abord les charlatans, sans formation sérieuse, qui profitent parfois de la vulnérabilité de leurs clients. Il y a ensuite ceux qui ont suivi des formations express, parfois le temps d’un week-end, avant de brandir un «diplôme» de coach. Internet regorge d’ailleurs de formations de ce type.
Et puis il y a les vrais professionnels. Ceux qui ont suivi des cursus structurés auprès d’organismes reconnus, parfois pendant plus d’un an, avec apprentissage des méthodes d’accompagnement, supervision et règles déontologiques.
Mais cette différence n’est pas toujours prise en compte par ceux qui achètent ces prestations. Dans certaines entreprises et institutions, le choix d’un prestataire dans le cadre d’un appel d’offres peut privilégier le moins-disant, sans examen suffisamment rigoureux des diplômes, des certifications et de l’expérience réelle des intervenants.
Un système qui peut favoriser la médiocrité et laisser la porte ouverte à la fraude.
«Peut-on laisser n’importe qui faire commerce de la vulnérabilité des autres?»
— Soumaya Naamane Guessous
Le problème n’est pas seulement professionnel. Il est aussi éthique.
Devenir un grand leader. Réussir rapidement sa vie professionnelle. Retrouver confiance en soi. Rencontrer l’amour. Trouver le bonheur. Et parfois même guérir d’une maladie…
Sur les réseaux sociaux, certains coachs promettent tout. Jusqu’au miracle.
Face à ces discours, des personnes en situation de fragilité s’accrochent à la promesse d’une vie meilleure et paient séance après séance, sans toujours vérifier les qualifications, les certifications ou l’expérience de celui ou celle à qui elles se confient.
Ces imposteurs ne se cachent même pas. Ils s’affichent sur les réseaux sociaux, publient leurs coordonnées, reçoivent leurs clients dans des cabinets et apposent parfois, à l’entrée de leur immeuble ou sur leur porte, une plaque portant fièrement le titre de «coach».
Se pose alors une autre question: sous quel statut exercent-ils et comment leurs revenus sont-ils déclarés?
Plus préoccupant encore, certains outrepassent les limites de leur pratique en s’improvisant psychologues ou thérapeutes et en prétendant traiter des troubles qui relèvent de la santé mentale.
Les conséquences peuvent être graves. Donner de faux espoirs à une personne déjà fragilisée, lui prodiguer des conseils inadaptés ou prétendre traiter une souffrance psychique sans disposer des compétences requises peut aggraver sa situation. À la détresse initiale peuvent alors s’ajouter une perte d’argent, une atteinte à l’estime de soi et le sentiment d’avoir été dupé.
Cette prolifération des coachs non qualifiés porte aussi préjudice aux professionnels sérieux. À force de voir le titre revendiqué par n’importe qui, c’est la crédibilité de toute une activité qui finit par être entachée.
Car il ne s’agit pas ici de condamner le coaching.
Lorsqu’il est pratiqué par des professionnels compétents, correctement formés et conscients des limites de leur intervention, il peut constituer un véritable outil d’accompagnement et produire des effets positifs.
Encore faut-il savoir à qui l’on s’adresse.
Avant de confier son argent, ses difficultés et parfois une part de son intimité à un coach, chacun devrait pouvoir vérifier sa formation, ses certifications, son expérience et, surtout, les limites de son champ d’intervention.
Mais la responsabilité ne peut pas reposer uniquement sur le client.
L’État devrait encadrer cette activité, définir des standards de formation, donner au coaching une définition institutionnelle et déterminer les conditions dans lesquelles le titre de coach peut être utilisé. Il devrait également se pencher sur ceux qui exercent ouvertement, sur Internet comme dans des cabinets, sans que l’on sache toujours à quel titre ni sous quel statut.
D’ailleurs, je me demande parfois: qui leur délivre l’autorisation d’exercer?
Et, au fond, la vraie question est peut-être celle-ci: peut-on laisser n’importe qui faire commerce de la vulnérabilité des autres?
Le coaching peut accompagner, aider, stimuler, parfois même transformer. Mais il ne peut prospérer durablement dans une zone grise.
L’encadrer et le réguler est devenu une question de responsabilité, d’éthique et, surtout, de protection des personnes.




