«S’il meurt, on va bien s’amuser» et «Je m’en fiche»... Ces propos, tenus par deux policiers pendant qu’ils plaquaient Abderrahim Fakir au sol le 19 juillet à Bologne, ont été diffusés mercredi soir par l’agence de presse italienne ANSA. Ils sont enregistrés par la caméra-piéton d’un des agents, alors que ce Marocain de 42 ans appelait à l’aide.
Le policier qui a prononcé la première phrase a présenté ses excuses. «Je tiens à présenter mes excuses à la famille d’Abderrahim Fakir et à mon corps d’armée pour les paroles inacceptables que j’ai prononcées», a-t-il déclaré à l’agence.
L’avocat de la famille, Fabio Anselmo, a réagi en déposant une nouvelle plainte auprès du parquet de Bologne, «pour des crimes plus graves que l’homicide involontaire». Les deux policiers, comme les quatre volontaires de la Croix-Rouge intervenus sur place, figurent pour l’instant au registre des annotations préliminaires de l’enquête. Un groupe d’experts a remis mardi dernier au parquet de Bologne son rapport final d’expertise médico-légale et technique sur la mort d’Abderrahim Fakir.
Cette affaire rappelle celle de Riccardo Magherini, mort à Florence dans la nuit du 2 au 3 mars 2014. Cet ancien footballeur de 39 ans traversait une forte crise d’agitation lorsqu’il avait été immobilisé au sol par quatre carabiniers. D’une voix de plus en plus étranglée, il demandait de l’aide et répétait qu’il était en train de mourir. Il était décédé d’un arrêt cardio-circulatoire pendant cette intervention.
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La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a condamné l’Italie dans ce dossier. Selon Francesco Maria Caruso, ancien président des tribunaux de Reggio Emilia et de Bologne, l’arrêt du 15 janvier 2026 reproche au pays de ne pas avoir garanti la vie d’une personne fragile en difficulté psychique, ni assuré une enquête indépendante.
La sénatrice Ilaria Cucchi rappelle que l’absence persistante d’un protocole encadrant les interpellations figure parmi les motifs de la condamnation. Fabio Anselmo, qui a suivi les affaires Magherini, Aldrovandi et Cucchi, affirme que la Cour a déjà sanctionné l’Italie à deux reprises pour la mort de Riccardo Magherini. Il a vu dans le dossier Fakir, «comme je l’avais prévu», un «nouveau cas Magherini».
«À l’aide!»
Abderrahim Fakir, un Marocain de 42 ans arrivé en Italie à l’âge de cinq ans, est, pour rappel, mort le 19 juillet après avoir été plaqué au sol par deux policiers lors de son interpellation à Bologne. Une vidéo tournée par un riverain montre un plaquage ventral de plusieurs minutes. La victime appelle à l’aide avant d’apparaître inerte, le visage contre l’asphalte, sous le regard de deux hommes en tenue d’ambulanciers.
L’enquête a donné lieu à de nombreuses expertises. Elles ont porté sur le téléphone de la victime, la reconstitution en 3D de la scène par le RIS (département d’investigation scientifique) de Parme et l’examen des images de caméra-piéton par le RIS de Rome. Le ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger a demandé à l’Italie une enquête exhaustive et l’établissement des responsabilités. La famille d’Abderrahim Fakir réclame, quant à elle, le rapatriement de sa dépouille au Maroc.


