Souveraineté, jeunesse, déconcentration, migration… les messages forts du discours royal devant le Parlement

Le roi Mohammed VI lors du lancement de la plateforme de réserves de première nécessité à la commune Ameur (Préfecture de Salé), le 7 mai 2025, un chantier lié à la souveraineté stratégique évoquée dans le discours royal de ce vendredi 9 octobre 2026. (Crédit photo: MAP)

À l’ouverture de la première session de la première année législative de la 12ème Législature, le roi Mohammed VI a fixé le cap du nouveau mandat parlementaire et gouvernemental. Le Souverain appelle à un «véritable tournant» pour consolider l’ambition économique du Maroc, renforcer la justice sociale et territoriale, accélérer la régionalisation avancée et repenser le modèle de coopération migratoire avec les partenaires du Royaume.

Le 09/10/2026 à 18h15

Dans un monde traversé par de profondes mutations géoéconomiques, le Maroc est appelé à transformer les défis en leviers de développement. C’est le cap tracé par le roi Mohammed VI dans son discours prononcé ce vendredi 9 octobre devant le Parlement, à l’ouverture de la première session de la première année législative de la 12ème Législature. Souveraineté stratégique, jeunesse, réformes et efficacité de l’action publique figurent parmi les priorités mises en avant par le Souverain.

Le nouveau mandat législatif et gouvernemental doit constituer un «véritable tournant» pour permettre au Royaume de poursuivre son ambition de puissance économique émergente et fiable, tout en recherchant «un équilibre harmonieux entre les logiques de croissance économique et les impératifs d’une justice sociale et spatiale renforcée».

Au-delà des orientations économiques et sociales, le discours royal a rappelé la responsabilité des représentants de la Nation. «Le mandat parlementaire est un engagement politique et un contrat moral qui vous lie aux citoyens», a souligné le Souverain, appelant les parlementaires à être à la hauteur de cette responsabilité devant Dieu, les citoyens et l’histoire.

La fierté nationale comme moteur de responsabilité

Revenant sur un thème déjà abordé devant les parlementaires en 2014, le roi Mohammed VI a réaffirmé son attachement à la marocanité. «Le sentiment qui M’est le plus cher dans la vie, c’est celui d’être fier de Ma marocanité», avait-il déclaré il y a douze ans de cela. «Aujourd’hui encore, le même sentiment demeure intact, et les années passant, il ne fait que croître et s’enraciner davantage», a-t-il affirmé.

Le Souverain a mis en avant la profondeur historique du Maroc, l’ancienneté de sa monarchie, la richesse de son identité religieuse et la diversité de ses affluents civilisationnels. Les acquis politiques et diplomatiques, les progrès économiques et sociaux ainsi que les transformations du pays constituent également des motifs de fierté nationale.

Cette fierté ne saurait toutefois se réduire à un sentiment d’autosatisfaction. «La fierté nationale, ici, n’est pas une forme de vanité, ni l’expression d’une autosatisfaction. Elle est plutôt le catalyseur qui transforme l’appartenance en responsabilité, l’assurance en devoir national», a précisé le roi Mohammed VI, plaçant ainsi le sentiment d’appartenance au service de l’engagement et de l’action.

Sur le front économique, le discours royal annonce une nouvelle génération de grandes stratégies, qui devront accompagner les projets d’infrastructures déjà engagés. Celles-ci concerneront notamment la sécurité hydrique, énergétique et alimentaire, l’émergence industrielle, l’économie numérique et l’intelligence artificielle.

Le Souverain a également insisté sur l’urgence de renforcer les capacités du Royaume en matière de réserves stratégiques et de sécurisation des approvisionnements en produits de première nécessité. Il a, dans ce sens, appelé à une plus grande célérité dans la constitution de ces réserves, afin de mieux préparer le pays aux risques de rupture d’approvisionnement et aux évolutions de l’environnement international.

Le secteur privé est appelé à prendre toute sa place dans cette dynamique. Le roi Mohammed VI l’exhorte à renforcer son rôle en tant qu’«acteur stratégique de la transformation» du pays et à se montrer «plus entreprenant, plus créatif et plus apte à créer des opportunités d’emploi et à développer ses capacités d’investissement et d’exportation».

Cette orientation traduit la volonté de faire davantage contribuer l’investissement privé à la transformation économique, à la création d’emplois et au renforcement de la compétitivité du Maroc.

La jeunesse au premier rang des politiques publiques

Le développement économique ne saurait, dans la vision exposée par le Souverain, être dissocié de la justice sociale et de l’inclusion des jeunes. Le discours appelle ainsi à placer les questions liées à la jeunesse «en tête des politiques publiques et des préoccupations des instances de gouvernance».

Cette priorité doit se concrétiser à travers une vision intégrée garantissant l’égalité des chances et couvrant l’éducation, la qualification et l’insertion économique.

L’objectif est de permettre aux jeunes de progresser dans l’échelle sociale, de croire davantage en leurs perspectives d’avenir et de renforcer leur confiance dans les institutions nationales. Le Souverain souhaite qu’ils puissent construire leur avenir dans un cadre garantissant «liberté, dignité et stabilité».

Régionalisation avancée et déconcentration

L’action territoriale constitue, selon le roi Mohammed VI, «l’enjeu réel de la prochaine étape». Le développement intégré, l’amélioration de la qualité des services publics et l’encouragement de l’investissement productif restent étroitement liés à l’opérationnalisation de la régionalisation avancée et à la mise en œuvre effective de la déconcentration administrative.

Le Souverain a de nouveau dénoncé les retards et les dysfonctionnements qui entravent ces chantiers et empêchent les pouvoirs publics de répondre aux préoccupations concrètes des citoyens. Il a appelé à identifier les problèmes propres à chaque région et à leur apporter des solutions réalistes, adaptées aux besoins du terrain.

Le message se veut particulièrement ferme concernant la déconcentration administrative. «Aucun retard ni atermoiement n’est plus tolérable dans la mise en œuvre pleine et entière de la Charte de la déconcentration», a affirmé le roi Mohammed VI.

Cette exigence implique le transfert effectif des compétences et la réaffectation des ressources humaines et financières nécessaires du centre vers les provinces et les régions. Elle suppose également de lever les obstacles au fonctionnement des institutions régionales, de clarifier leurs compétences et de renforcer leurs moyens humains et matériels.

Le Souverain a enfin insisté sur la nécessité de mieux organiser les relations entre l’État et les régions, en mettant en place les mécanismes de coordination et de contractualisation indispensables pour leur permettre d’exercer pleinement leurs pouvoirs de décision et d’exécution des projets. L’enjeu est de rapprocher la décision publique des territoires et de faire de la décentralisation un levier effectif du développement.

Repenser le modèle de coopération migratoire

Le discours royal a également consacré un volet important au partenariat migratoire du Maroc. Le Souverain a rappelé que l’approche équilibrée adoptée par le Royaume dans la gestion du phénomène migratoire avait produit des résultats concrets, tout en estimant que le modèle actuel de coopération ne permettait plus de répondre suffisamment aux crises récurrentes.

«Nous devons reconnaître, avec courage et objectivité qu’en la matière, le modèle actuel de coopération a atteint ses limites, comme en attestent clairement les crises récurrentes», a déclaré le roi Mohammed VI.

Cette appréciation concerne notamment les relations avec l’Espagne, avec laquelle le Maroc a enregistré des avancées importantes dans plusieurs domaines, dont la lutte contre l’immigration irrégulière. Le Souverain a toutefois relevé les difficultés liées à certaines dispositions légales qu’il juge dépassées et à des décisions judiciaires éloignées de la réalité. Selon lui, ces obstacles entravent notamment le rapatriement des mineurs et des personnes usurpant le statut de réfugié, tout en favorisant les réseaux criminels.

Le discours a également dénoncé l’instrumentalisation de la question migratoire par certains milieux politiques et médiatiques. Sur ce point, le roi Mohammed VI a rappelé le caractère souverain du partenariat international du Royaume, affirmant que «le partenariat est un choix souverain et un engagement volontaire, qui ne saurait faire l’objet d’aucune pression ou menace, ni d’aucun chantage».

Dans cette perspective, le Maroc présentera à ses partenaires un document exposant une nouvelle vision stratégique de la coopération. Celle-ci sera «porteuse d’une orientation nouvelle visant à promouvoir le co-développement, la compétitivité économique et la stabilité régionale».

Cette initiative vise à inscrire les relations avec les partenaires du Royaume dans une approche renouvelée, dépassant la seule gestion des flux migratoires pour accorder une place centrale aux enjeux de développement, de compétitivité et de stabilité.

En filigrane, le discours royal pose une question centrale. Comment faire coïncider les ambitions d’un Maroc en transformation avec les attentes sociales et les réalités territoriales? La réponse passe par des stratégies mieux articulées, une administration plus efficace et une responsabilité accrue dans l’exécution des politiques publiques. Autrement dit, le défi n’est plus seulement de fixer un cap, mais de garantir que ses effets se ressentent concrètement sur le terrain.

Par Wadie El Mouden
Le 09/10/2026 à 18h15