Sortie explosive de Mike Walts: l’avenir de la MINURSO doit s’inscrire dans le cadre du plan d’autonomie

Mike Waltz, ambassadeur des États-Unis auprès de l'ONU, prend la parole lors d'une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies, au siège de l'ONU à New York, le 20 novembre 2025. 2025 Getty Images

À quelques jours d’une revue stratégique du mandat de la MINURSO par le Conseil de sécurité, l’ambassadeur américain à l’ONU, Mike Waltz, conditionne le renouvellement du mandat de la mission à un processus politique fondé sur l’autonomie sous souveraineté marocaine du Sahara. La preuve d’une recomposition imminente du rôle et attributions de ce mécanisme onusien et son recentrage sur la mise en œuvre du plan marocain.

Le 16/04/2026 à 16h33

Le timing ne doit rien au hasard et la déclaration est des plus explosives. En liant explicitement l’avenir de la MINURSO à un «véritable processus politique basé sur le plan marocain d’autonomie», Mike Waltz, ambassadeur des États-Unis à l’ONU, a fait bien plus qu’une simple déclaration. Il a posé un acte politique fondateur d’un nouveau rôle de la MINURSO, aux répercussions immédiates, au moment précis où le Conseil de sécurité s’apprête à redéfinir les contours d’une mission onusienne en quête de sens.

Hier mercredi devant la Commission des affaires étrangères du Sénat américain, Mike Waltz a lâché une véritable bombe. «Au Sahara occidental, nous avons insisté pour que le renouvellement de la force de maintien de la paix (MINURSO, NDLR) soit lié à un véritable processus politique prenant le plan d’autonomie marocain comme la base des pourparlers», a-t-il affirmé lors de l’audition tenue sous le thème «Réformer l’ONU: évaluation des efforts et des priorités des États-Unis». (Voir vidéo à partir de 25:00).

Washington ne se contente plus d’un soutien appuyé au Maroc mais conditionne désormais l’architecture même de la présence onusienne à une orientation politique précise.

Cette prise de position s’inscrit dans une dynamique plus large. L’ambassadeur américain a rappelé que des discussions sont en cours, sous l’égide conjointe des États-Unis et des Nations unies, pour «résoudre un conflit gelé depuis cinquante ans». Cette référence temporelle souligne une impatience croissante face à un statu quo jugé intenable, et prépare le terrain à une transformation structurelle du rôle de la MINURSO, appelée à évoluer vers un rôle plus politique, centré sur le soutien diplomatique et la coordination.

Créée en 1991 pour organiser un référendum d’autodétermination, la mission apparaît aujourd’hui en décalage avec les réalités politiques du terrain. Le projet référendaire est désormais considéré comme obsolète, et le cadre de référence est désormais le plan marocain d’autonomie, entériné par les résolutions récentes du Conseil de sécurité. Cette évolution a été formalisée de manière particulièrement nette dans la Résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025.

Tout en prorogeant le mandat de la MINURSO pour une année supplémentaire, la résolution pose d’ailleurs les bases d’une réévaluation en profondeur de la mission. Le texte consacre un soutien explicite à la proposition marocaine d’autonomie, présentée comme le seul cadre crédible pour une solution politique. Ce repositionnement marginalise de facto les options jugées irréalistes, notamment celle du référendum, et ouvre la voie à une redéfinition du mandat, des moyens et même de la finalité de la MINURSO. L’absence de participation de l’Algérie au vote, alors membre non permanent du Conseil de sécurité, illustre d’ailleurs son isolement croissant face à cette nouvelle dynamique internationale.

La déclaration de Mike Waltz ne constitue pas un événement isolé, mais s’inscrit dans une continuité stratégique. Déjà, le 20 mars, lors d’une audition du Congrès à New York, il avait annoncé une revue stratégique de la MINURSO dans le cadre d’une réforme globale des opérations de maintien de la paix. En affirmant que la mission, présente depuis cinquante ans, devait être réévaluée, il avait clairement signalé la volonté américaine de sortir d’une logique de gestion du statu quo.

Le caractère explosif de la nouvelle déclaration tient aussi au timing. Elle intervient alors que le Conseil de sécurité se saisit à nouveau du dossier du Sahara à la fin de ce mois d’avril. La révision du mandat de la MINURSO figure explicitement dans le programme de travail du Conseil. Deux échéances majeures structurent ce calendrier. Le 24 avril, le Conseil de sécurité tiendra des consultations à huis clos sur la MINURSO, avec des briefings du chef de la mission, Alexander Ivanko, et de l’Envoyé personnel du secrétaire général, Staffan de Mistura. Cette étape préparatoire sera suivie, le 30 avril, de la présentation par le secrétaire général Antonio Guterres d’une «revue stratégique» de la MINURSO devant le Conseil. Ce rendez-vous est appelé à redéfinir en profondeur le rôle de la mission, en intégrant les nouvelles orientations politiques et les réalités du terrain.

Au préalable, les États-Unis ont considérablement intensifié leur engagement diplomatique ces derniers mois, donnant une nouvelle impulsion au processus politique. Le 22 janvier, la visite à Washington d’une délégation du front Polisario a marqué une volonté d’ouvrir des canaux de dialogue directs, tout en repositionnant les termes du débat. Quelques jours plus tard, le 26 janvier, le déplacement à Alger de Massad Boulos et ses entretiens avec le président Abdelmadjid Tebboune et le ministre Ahmed Attaf ont confirmé l’implication directe de Washington auprès de l’Algérie, dont le rôle central dans le conflit est désormais explicitement reconnu. La réunion organisée début février à Madrid constitue, à cet égard, une avancée significative. En réunissant des délégations du Maroc, de l’Algérie, de la Mauritanie et du Polisario, sous la co-présidence de Staffan de Mistura, de Mike Waltz et de Massad Boulos, les États-Unis ont contribué à relancer un format de dialogue interrompu depuis 2019. Cette initiative a mis Alger face à ses responsabilités, en rendant plus difficile sa posture de simple observateur.

La stratégie américaine apparaît de plus en plus structurée, celui d’imposer un cadre de négociation centré sur le plan marocain d’autonomie, tout en redéfinissant les instruments onusiens pour les aligner sur cet objectif. La présentation détaillée par le Maroc de son plan d’autonomie lors de ces réunions, puis la poursuite des discussions à Washington les 23 et 24 février, ont renforcé la crédibilité et l’opérationnalité de cette proposition. Dans cette optique, la déclaration de Mike Waltz agit comme un catalyseur. Elle cristallise une évolution déjà en cours, mais en accélère le tempo et en durcit les termes: en liant explicitement le renouvellement du mandat de la MINURSO à une orientation politique précise. À la veille d’une révision stratégique majeure, ce positionnement donne le ton sur les débats à venir en Conseil de sécurité. Une chose est certaine s’agissant de la MINURSO: il y aura un avant et un après 30 avril.

Par Tarik Qattab
Le 16/04/2026 à 16h33