Le Centre islamique pour le développement du commerce (CIDC) a présenté lundi à Rabat son rapport «Halal trade & investment in OIC member states 2025», un document de référence analysant l’état des lieux du commerce et des investissements dans l’économie halal au sein de l’Organisation de la coopération islamique (OCI). «Ce rapport, dévoilé devant un parterre d’acteurs publics et privés, met en lumière les dynamiques d’un secteur en pleine expansion, tout en situant la position du Maroc dans cet écosystème mondial», indique le quotidien Les Inspirations Eco du 16 avril.
Selon les projections, le marché mondial du halal devrait atteindre 3,1 trillions de dollars d’ici 2027. Pour Latifa El Bouabdellaoui, directrice générale du CIDC, «les indicateurs confirment que l’économie du halal n’est plus un marché de niche, mais bien un levier fondamental de développement économique pour nos pays membres». Rafiuddin Shikoh, représentant de DinarStandard, abonde dans ce sens en qualifiant cette industrie «d’opportunité unique pour les gouvernements et les décideurs économiques», particulièrement dans un contexte mondial marqué par des turbulences.
«Le Maroc se classe au 9e rang des pays de l’OCI, une performance honorable mais qui révèle un positionnement intermédiaire», souligne Les Inspirations Eco. Si le Royaume brille dans le tourisme halal, où il occupe la 4e place mondiale, ses résultats restent plus modestes dans d’autres secteurs. Dans l’agroalimentaire, pilier de l’économie halal avec plus de 1 200 milliards de dollars de dépenses annuelles, le Maroc se situe au 13e rang, tout comme en pharmacie. En cosmétiques, il remonte à la 9e place, tandis que, dans «la modest fashion», il se classe 11e. «Le Maroc est présent partout, mais n’est pas encore leader sur un segment particulier», souligne le rapport, qui pointe une économie en phase de structuration, dotée d’atouts industriels mais encore fragmentée.
Sur le plan des investissements, le Royaume reste en retrait par rapport à des pays comme l’Indonésie ou les Émirats arabes unis. En 2023, seuls trois deals majeurs ont été recensés dans les secteurs liés au halal, contre une quinzaine en Indonésie. Toutefois, un investissement de plus de 70 millions de dollars dans le laboratoire pharmaceutique Laprophan illustre la capacité du Maroc à attirer des capitaux. «Les dépenses des consommateurs musulmans, estimées à 2,4 trillions de dollars, devraient atteindre 3,1 trillions de dollars d’ici 2027», rappelle Latifa El Bouabdellaoui, soulignant une croissance annuelle de 7,3%.
Un paradoxe persiste cependant: les pays de l’OCI, bien qu’exportateurs de produits halal à hauteur de 344 milliards de dollars, restent importateurs nets, avec un déficit commercial de 59 milliards de dollars en 2022. «Le Maroc, comme d’autres États membres, dépend encore largement de fournisseurs non-OCI, notamment pour la viande et les céréales», note Les Inspirations Eco.
Pour y répondre, la digitalisation et l’harmonisation des normes apparaissent comme des leviers essentiels. La «tradetech», combinant technologies et commerce, est présentée comme une nécessité pour améliorer la compétitivité. «L’usage de la blockchain pour la traçabilité halal et de l’intelligence artificielle pour la logistique n’est plus une option», insiste Rafiuddin Shikoh.
Dans les secteurs pharmaceutique et cosmétique, le Maroc dispose d’atouts, mais doit encore relever des défis. Le marché mondial des médicaments halal est estimé à 75 milliards de dollars, tandis que les cosmétiques profitent de l’image des produits naturels marocains. Cependant, la certification halal pour les médicaments et la transformation industrielle à grande échelle exigent des investissements accrus en recherche et développement.
Le rapport du CIDC appelle à une mobilisation renforcée des États et du secteur privé pour capter une part plus importante de cette croissance. «L’objectif est d’adopter des stratégies nationales globales, incluant l’harmonisation des cadres juridiques, l’amélioration des données de marché et le renforcement des capacités», précise Latifa El Bouabdellaoui. Sans cette approche, les pays membres risquent de rester de simples consommateurs d’un marché dont les standards sont dictés par d’autres.




