Régionalisation avancée: le Sud, laboratoire du futur modèle territorial

Laâyoune, au Sahara.

Revue de presseDans une analyse synthétisée par Mounir Ferram, universitaire et ancien directeur général délégué de la CGEM, les Provinces du Sud s’imposent comme le terrain d’expérimentation d’une gouvernance décentralisée, alliant développement économique local, intégration industrielle et solidarité nationale. Cet article est une revue de presse tirée de Jeune Afrique.

Le 25/10/2026 à 19h24

Dans une analyse consacrée aux mutations territoriales du Royaume, publiée dans le magazine Jeune Afrique, Mounir Ferram, universitaire et ancien directeur général délégué de la Confédération générale des entreprises du Maroc, revient sur l’urgence impérieuse d’accélérer la régionalisation avancée. L’impulsion politique est venue du plus haut sommet de l’État lors du discours royal du 9 octobre devant l’assemblée issue des dernières élections législatives. Devant les parlementaires et l’équipe gouvernementale alors en constitution autour de Fatima Ezzahra El Mansouri, le Roi Mohammed VI a tenu à fixer une feuille de route sans équivoque en déclarant qu’«aucun retard ni atermoiement n’est plus tolérable dans la mise en œuvre pleine et entière de la Charte de la Déconcentration, avec ce que cela implique en termes de transfert de compétences et de réaffectation des ressources humaines et financières nécessaires du centre vers les provinces et les régions».

Cette volonté d’action prend une dimension singulière au regard des dix années écoulées depuis le lancement du Nouveau modèle de développement des Provinces du Sud, un recul temporel indispensable pour amorcer une étape supérieure. Le contexte diplomatique international insuffle à son tour une urgence manifeste à cette dynamique territoriale, d’autant plus que les avancées récentes ont conduit les Nations unies à valider le principe d’une autonomie sous souveraineté marocaine. Comme le soulignent les travaux de Mounir Ferram, cette reconnaissance internationale exige désormais de la part des autorités centrales de formaliser l’architecture des pouvoirs dévolus aux instances locales. Le territoire du Sahara s’impose de ce fait comme le véritable laboratoire d’une régionalisation avancée appelée à redéfinir les équilibres du pays.

Les investissements consentis depuis l’impulsion de 2015 témoignent d’un effort financier considérable pour métamorphoser le paysage infrastructurel du Sud. Avec un budget prévisionnel de 87,5 milliards de dirhams, la construction de ports, le déploiement de réseaux routiers modernes et le développement d’équipements énergétiques majeurs ont radicalement transformé ces provinces. Toutefois, Mounir Ferram attire l’attention sur les critères d’évaluation d’une telle dynamique en rappelant qu’une politique de développement ne saurait être mesurée aux seuls montants mobilisés ou aux infrastructures construites, car elle doit impérativement s’apprécier à l’aune des dépenses exécutées, des emplois durables créés et de la capacité du tissu économique local à s’intégrer dans les chaînes de valeur, lit-on dans Jeune Afrique.

L’analyse des agrégats économiques régionaux du Haut-Commissariat au Plan (HCP) pour 2024 met en évidence cette complexité structurelle. Si les trois Régions du Sud contribuent à hauteur de 4,8 % au Produit national brut, une proportion qui contraste fortement avec les 32,3 % générés par le poumon économique de Casablanca-Settat, les niveaux de richesse par habitant y atteignent pourtant des sommets, s’élevant à 92 904 dirhams à Dakhla-Oued Ed-Dahab et 73 718 dirhams à Laâyoune-Sakia El Hamra contre 43 891 dirhams à l’échelle nationale. Ces données statistiques démontrent que la production de richesse par habitant ne suffit pas à rendre compte de l’intégration économique réelle. Le défi prioritaire réside donc dans la transition vers une économie de diversification, axée sur la valorisation locale de la pêche,les services maritimes, la logistique et les énergies renouvelables, tout en respectant scrupuleusement les impératifs de la transition écologique et de la préservation des ressources hydriques.

Sur le plan institutionnel, cette refondation économique impose d’apporter des réponses claires quant à la répartition des pouvoirs et des prérogatives entre l’État et les territoires. Bien que la Constitution et la loi organique 111-14 posent les fondements juridiques de cette gouvernance, les constats dressés par la Cour des comptes dans son rapport de 2023 rappellent la nécessité d’opérationnaliser les compétences et de consolider la contractualisation. Selon Mounir Ferram, cette nouvelle gouvernance doit s’appuyer sur des contrats pluriannuels rigoureux définissant les moyens et les résultats attendus, parallèlement à une réelle déconcentration des services centraux. L’expérimentation engagée dans les Provinces du Sud pourrait ainsi poser les jalons d’un modèle inédit fondé sur la fixation d’objectifs territoriaux et l’évaluation indépendante continue.

La transformation à l’œuvre dans les Provinces du Sud n’a pas vocation à isoler cette région du reste du territoire national. La régionalisation avancée tire toute sa légitimité de sa capacité à combiner la liberté d’initiative locale et le maintien d’une solidarité interrégionale forte. Les enseignements managériaux et institutionnels tirés de cette expérience pionnière serviront de référence pour accompagner les zones enclavées ou économiquement vulnérables du Royaume. À travers cette démarche globale, la régionalisation s’affirme comme le levier central de la cohésion sociale et du développement harmonieux de l’ensemble du Maroc.

Par La Rédaction
Le 25/10/2026 à 19h24