Dans une tribune publiée ce lundi 1er juin dans les colonnes du célèbre média américain The Hill, l’ambassadeur du Maroc aux États-Unis, Youssef Amrani, a tracé les contours d’un partenariat bilatéral en pleine mutation. Loin de se limiter à une célébration mémorielle de 250 ans de relations diplomatiques entre les deux pays, le diplomate marocain décrypte la portée de la nouvelle feuille de route de coopération en matière de défense, établie sur dix ans et récemment conclue à Washington, érigeant le Royaume en modèle de stabilité et d’innovation pour l’ensemble du continent africain.

Pour Youssef Amrani, la force des relations maroco-américaines réside dans leur profondeur temporelle, mais surtout dans leur utilité stratégique contemporaine. Rappelant qu’en 1777, «le Maroc est devenu la première nation à reconnaître les États-Unis», l’ambassadeur confie avoir ressenti le poids de cet héritage lors des récentes sessions du Comité consultatif de défense Maroc-États-Unis à Washington. «Dans cette pièce, le passé n’avait rien de cérémoniel. Il était bel et bien actif», écrit-il.
Cette continuité historique a été symboliquement scellée par une visite de la délégation marocaine aux Archives nationales américaines pour examiner le Traité de paix et d’amitié de 1786. Un moment charnière qui illustre, selon lui, un «socle de confiance qui a survécu aux changements de gouvernements, aux conflits, aux alliances et aux ordres mondiaux».
L’enjeu des discussions de Washington dépasse la simple diplomatie de salon. La nouvelle feuille de route sectorielle, qui couvre la prochaine décennie (2026-2036), marque un tournant opérationnel majeur. Ce cadre inédit élargit la coopération bilatérale à des secteurs de pointe: le développement de l’industrie de défense, la cybersécurité, les technologies avancées et une intégration opérationnelle accrue.
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Citant le sous-secrétaire américain à la Défense, Elbridge Colby, l’ambassadeur rappelle la vision partagée par les deux pays: «Cette feuille de route guidera notre relation de défense historique pour la prochaine décennie, s’appuyant sur un partenariat qui a débuté il y a 250 ans». Toutefois, le diplomate insiste sur le fait qu’un accord «ne vaut que par sa mise en œuvre», soulignant que le véritable défi sera de traduire ce texte en dix ans «d’innovation véritable.»
Sur le terrain, cette alliance s’est matérialisée cette année encore par l’exercice African Lion 2026. Réunissant plus de 5.000 militaires de 40 pays, de la ville d’Agadir jusqu’à Dakhla, cet événement s’impose comme le plus grand exercice conjoint annuel du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (USAFRICOM). Pour cette 22e édition, plus de 30 entreprises américaines de technologie de défense sont intégrées aux manœuvres, transformant le Royaume en véritable «plateforme d’innovation, de formation et de renforcement des capacités régionales».
Dans cette dynamique technologique, l’ambassadeur rappelle un jalon majeur posé lors de cet exercice: l’établissement au Maroc du «premier centre permanent de formation aux drones en Afrique» par les États-Unis. Un choix dicté par la fiabilité du Royaume, mais aussi par sa capacité à porter une vision géopolitique globale.
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Pour Amrani, le Maroc n’est pas un simple spectateur des dynamiques africaines, mais un leader proactif. Il met en avant les grands projets structurants portés par le roi Mohammed VI, notamment l’Initiative Atlantique pour le Sahel et le gazoduc Afrique-Atlantique.
«Le Maroc ne demande pas aux autres de définir son rôle stratégique. Il définit ce rôle lui-même: celui d’un pont entre l’Afrique, l’Atlantique, la Méditerranée, l’Europe et le monde arabe», affirme-t-il avec force. Alors que la région du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest traverse des zones de turbulences politiques, l’ambassadeur souligne le contraste avec les partenaires ayant choisi «la posture plutôt que la substance» et qui le paient aujourd’hui par un «isolement stratégique».
Pendant ce temps, et près de deux siècles et demi après le traité de 1786, l’alliance maroco-américaine n’est plus seulement «un monument à l’histoire», mais bien «une alliance active, testée, validée et approfondie en ce moment même et encore aujourd’hui».




