À la veille des législatives du 23 septembre au Maroc, le paysage politique est secoué par l’irruption de Fouzi Lekjaâ. Ministre délégué au Budget et président de la Fédération royale marocaine de football, celui qui s’impose comme la figure la plus populaire du pays a rejoint les rangs du Parti authenticité et modernité (PAM). Dans un entretien accordé à Jeune Afrique, il revient sur les raisons de son engagement, balayant d’un revers de main l’idée d’une stratégie préméditée. À l’expression de bataille politique, il préfère celle d’action politique, un domaine dont il n’a jamais été éloigné, fort d’une expérience gouvernementale et parlementaire qui lui a permis d’acquérir une vision globale et horizontale.
Interrogé sur les motivations profondes de ce ralliement à une formation politique de premier plan, il insiste sur la dynamique de renouvellement du PAM, qu’il perçoit comme un espace propice à l’expression d’un engagement au service de l’émergence du royaume. Loin de revendiquer une ambition personnelle pour la primature, il évacue les spéculations sur un éventuel positionnement stratégique en affirmant que ce genre d’analyses relève d’un débat révolu et que le choix du 25 juillet est un choix personnel et logique. Conscient des critiques et des turbulences inhérentes à la vie publique, l’ingénieur agronome originaire de Berkane assure avoir développé une carapace suffisante pour affronter les coups bas, rappelant que ce qui reste dans la mémoire collective, c’est le résultat final d’une politique publique, lit-on dans Jeune Afrique.
Son entrée dans la direction collégiale du parti n’a pourtant pas manqué de susciter des remous, notamment au sein de la majorité gouvernementale et vis-à-vis du Rassemblement national des indépendants. Face aux tensions et aux critiques sur la porosité entre sport et politique, Fouzi Lekjaâ oppose un cadre strict. Selon lui, ni la FiFA ni les joueurs de l’équipe nationale n’ont quoi que ce soit à faire dans ce débat. Ce qui est interdit, c’est l’ingérence de la politique dans le sport, mais rien n’interdit à une personne exerçant une fonction sportive de s’engager en politique, un double rôle qu’il assume sans difficulté à l’image du président de la CAF. Quant aux attaques sur ses ambitions supposées, il répète inlassablement que ce n’est ni la fonction ni le poste qui l’intéressent, mais la réussite collective.
Abordant les grands dossiers de la nation, et en particulier la perspective de la Coupe du monde 2030 co-organisée avec l’Espagne et le Portugal, il la présente non pas comme un point de départ, mais comme le couronnement d’un processus de développement engagé depuis plus de vingt ans sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi. Ce rendez-vous mondial constituera un formidable accélérateur de croissance, d’infrastructures et d’inclusion pour la jeunesse africaine et marocaine. Sur la question sensible de la finale et des convoitises exprimées de part et d’autre de la Méditerranée, il rappelle que le Maroc se présente en représentant de l’Afrique dans une logique de complémentarité, tout en défendant fermement les droits du Royaume.
A l’approche du scrutin du 23 septembre, le patron du football marocain insiste sur la nécessité de redonner du sens à l’action politique pour lutter contre l’abstention et répondre aux aspirations légitimes de la jeunesse. Conscient de la dichotomie entre le Maroc économique conquérant et les frustrations sociales persistantes face à la cherté de la vie, il plaide pour l’élargissement de l’État social vers des services de base performants. Concernant le contentieux juridique autour de la finale de la CAN 2025 face au Sénégal, dont le Tribunal arbitral du sport doit examiner l’appel, il réaffirme l’attachement indéfectible du Royaume au respect du droit et des règles sportives, convaincu que la vérité finira par triompher.




