Le Maroc prépare une nouvelle stratégie de coopération migratoire qu’il entend soumettre à ses partenaires du Nord. Une initiative inédite, selon Fouad Yazough, directeur des Affaires politiques internationales au ministère des Affaires étrangères, qui y voit l’occasion de repenser les relations entre les deux rives de la Méditerranée face aux défis croissants de l’immigration irrégulière, rapporte ce samedi l’agence de presse espagnole EFE.
«Ce sera la première fois qu’un pays du Sud proposera aux pays du Nord un modèle de coopération, alors que, traditionnellement, ce sont ces derniers qui étaient à l’origine des idées et des propositions destinées à en définir les contours», a expliqué le responsable marocain.
L’ambition affichée est de rompre avec une approche dans laquelle les pays du Nord définissent les grandes orientations de la coopération migratoire, tandis que ceux du Sud sont principalement appelés à les mettre en œuvre. Le Royaume souhaite désormais contribuer à la conception même des politiques communes, en avançant ses propres propositions.
Lire aussi : Migration. «Aucune pression ni chantage»: le message de fermeté du Roi sur la coopération avec Madrid
Cette volonté de renouvellement repose sur un constat que Fouad Yazough juge sans appel. «Les récentes crises migratoires démontrent que le modèle actuel de coopération ne fonctionne pas ou, à tout le moins, qu’il présente des dysfonctionnements», a-t-il déclaré.
Pour le diplomate, la répétition des crises au cours des dernières années témoigne des insuffisances d’un système qui peine à répondre à une immigration irrégulière toujours plus complexe. La reconduction des mécanismes existants ne saurait, dans ces conditions, constituer une réponse suffisante.
D’où la nécessité, selon lui, d’explorer de nouvelles pistes et de donner une impulsion différente à la coopération entre les pays d’origine, de transit et de destination, afin de mieux répondre aux défis migratoires.
Une orientation annoncée par le roi Mohammed VI
Cette initiative s’inscrit dans le prolongement du discours prononcé par le roi Mohammed VI devant le Parlement, à l’occasion de l’ouverture de la nouvelle année législative.
Le Souverain avait alors souligné les limites du modèle actuel de coopération migratoire, mises en évidence par la récurrence des crises, ouvrant ainsi la voie à une réflexion sur de nouvelles formes de partenariat. Avec cette stratégie, le Maroc entend dépasser son rôle traditionnel de partenaire dans la gestion des flux migratoires pour devenir une force de proposition dans la définition des réponses communes à l’immigration irrégulière.
L’enjeu, tel que le présente Fouad Yazough, est aussi de rééquilibrer les rapports entre le Nord et le Sud dans l’élaboration des politiques migratoires. Là où les initiatives ont longtemps été conçues par les pays du Nord avant d’être proposées à leurs partenaires du Sud, le Royaume souhaite désormais inverser cette logique en soumettant lui-même un nouveau cadre de coopération. Une démarche qui, si elle se concrétise, marquerait une évolution dans la manière dont les deux parties conçoivent leur partenariat migratoire.



