IMA: visite officielle d’Anne-Claire Legendre au Maroc ou les jalons d’une coopération culturelle renouvelée

La présidente de l'Institut du monde arabe, Anne-Claire Legendre, à l'Institut français de Casablanca, le lundi 22 juin 2026.

Du 19 au 23 juin 2026, Anne-Claire Legendre, présidente de l’Institut du monde arabe (IMA), a effectué sa première visite officielle au Royaume du Maroc dans le cadre de ses nouvelles fonctions. Un périple de cinq jours entre Rabat, Casablanca et Marrakech, organisé autour de rencontres institutionnelles, diplomatiques et culturelles, dont l’objectif central est la formalisation d’une feuille de route de coopération culturelle bilatérale.

Le 22/06/2026 à 18h00

Anne-Claire Legendre l’a dit d’emblée lors de la conférence de presse tenue à l’Institut français de Casablanca le lundi 22 juin: il s’agit de sa «première visite au Maroc dans le cadre de ses fonctions comme présidente de l’Institut du monde arabe (IMA)». Le Maroc est en effet membre fondateur de l’IMA depuis 1982 et, selon ses propres termes, un «partenaire de confiance» avec lequel l’institution a organisé, tout au long de ces années, une valorisation de la richesse et du patrimoine culturel du Royaume.

La visite s’inscrit par ailleurs dans un calendrier diplomatique franco-marocain chargé. Lors de son entretien avec le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, la présidente a abordé «la place de l’Institut du monde arabe dans la relation bilatérale», en lien avec une réunion des deux chefs de gouvernement prévue en juillet 2026 et la préparation d’une «visite d’État retour en France» du roi Mohammed VI. L’IMA entend «contribuer à cette dynamique de partenariat renouvelé».

Son déplacement débute à Rabat, le vendredi 19 juin, avec un entretien de travail avec le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mehdi Bensaid. S’ensuivent une visite du site archéologique de Chellah et de l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP). À Casablanca, une réunion à la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc réunit les responsables des Archives nationales, de la Cinémathèque du Maroc et de l’Institut national supérieur de musique et des arts chorégraphiques (INSMAC). Elle rencontre également Fihr Kettani, président de la fédération des Industries culturelles et créatives (ICC) et fondateur du Studio des Arts Vivants. Le séjour se clôt à Marrakech par des rencontres avec des figures majeures des scènes artistiques nationale et internationale, parmi lesquelles Meriem Berrada, commissaire du premier pavillon marocain à la Biennale de Venise 2026 et Alexis Sornin, directeur des Musées Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé des arts berbères, avant de retourner à Casablanca pour l’inauguration du Musée de la photographie et des arts visuels, en présence de Mehdi Qotbi, président de la Fédération nationale des musées.

Archéologie: valoriser la recherche marocaine à Paris

Parmi les axes de travail évoqués en conférence de presse, l’archéologie occupe une place structurante. La visite de l’INSAP a été décrite par Legendre comme un moment permettant de «comprendre quel était le chemin poursuivi par l’archéologie marocaine». L’institution forme aujourd’hui plus de 170 étudiants, selon les chiffres qu’elle a cités, et conduit ses travaux en partenariat avec plusieurs institutions françaises: l’Inrap, le CNRS, le Collège de France et l’ENS. La présidente a insisté sur le fait que la question pour l’IMA n’est pas celle de la formation, déjà structurée du côté marocain, mais de la «mise en valeur de la recherche», estimant que les avancées de l’archéologie marocaine sur Volubilis, Banassa, les Phéniciens, l’art rupestre et les découvertes ayant permis de réviser la datation du développement de l’Homo sapiens, restent «assez peu connues du grand public» en Europe. Elle a annoncé que l’IMA «réfléchira avec ses équipes à son retour» pour travailler sur une exposition dédiée à l’archéologie du monde arabe à Paris.

Sur la question des industries culturelles et créatives (ICC), elle relève que le Maroc et l’Arabie Saoudite sont les deux acteurs du monde arabe qui se positionnent le plus visiblement sur la filière du jeu vidéo et de l’animation. Elle a indiqué que l’IMA devrait «contribuer» à la Coupe du monde d’Esports que la France accueillera, à la demande de l’Arabie Saoudite et que cette réflexion s’articule avec la refonte du musée de l’IMA, prévue à partir de 2027, qui intégrera des dispositifs immersifs et de gamification.

Dans ce cadre, la présidente a annoncé la création de trois prix annuels de mode, design, et art contemporain, qui seront remis en marge d’événements parisiens existants: Fashion Week, Paris Design Week et Paris+ par Art Basel. Ces prix prévoient, à l’issue d’un concours, des opportunités de résidence, d’exposition et d’accompagnement professionnel en France pour des créateurs arabes émergents. La demande de résidences artistiques connectées au réseau de l’IMA en France ou dans le monde arabe était d’ailleurs remontée de manière récurrente des rencontres avec les jeunes créateurs marocains lors du séjour.

Photographie, livre et langue arabe

L’inauguration du Musée de la photographie et des arts visuels de Casablanca concrétise un partenariat évoqué dès une première rencontre avec Mehdi Qotbi. Ce partenariat repose notamment sur la photothèque de l’IMA, qui contient 86.000 photographies, dont une part significative documentant le Maroc à travers plusieurs campagnes photographiques. La présidente a indiqué vouloir en «faire bénéficier les amis marocains».

La question du livre et de la langue arabe a également été abordée explicitement. Legendre voudrait «étendre l’enseignement de l’arabe en France». Elle a annoncé que l’IMA travaillera avec ses partenaires marocains à identifier des œuvres de la jeune scène littéraire arabe et marocaine en vue d’en favoriser la traduction et la diffusion auprès d’éditeurs français et européens. Ce travail s’inscrit dans le contexte de la désignation de Rabat comme capitale du livre arabe pour 2026. Elle relève un «manque de visibilité» du côté des éditeurs français pour rechercher et valoriser la littérature arabe contemporaine.

Pour le second semestre 2026, deux grandes expositions sont annoncées à l’IMA. La première, intitulée «Vive la mariée!», sera consacrée aux rites et objets de la cérémonie du mariage à travers les régions du Maroc, en incluant leur évolution dans la diaspora. La seconde traitera la richesse du site de l’Alhambra à l’époque nasride et la manière dont il a irrigué l’architecture et l’artisanat marocains, ainsi que ses prolongements contemporains.

L’ensemble du déplacement converge vers la finalisation d’une feuille de route de coopération culturelle entre l’IMA et le Maroc. Anne-Claire Legendre a précisé qu’un premier projet avait déjà été soumis et que ce séjour visait à «concrétiser» ce document avec «des objectifs chiffrés». La feuille de route devrait être articulée autour des «échéances bilatérales qui s’annoncent entre les deux pays», à commencer par la réunion des chefs de gouvernement prévue en juillet 2026. L’IMA, qui fêtera son 40ème anniversaire en 2027, la même année où sera engagée la refonte de son musée, s’inscrit ainsi dans une phase de renouvellement.

Par Camilia Serraj
Le 22/06/2026 à 18h00