À moins d’une semaine des élections législatives prévues le 23 septembre 2026, la question de la cherté de la vie s’impose avec acuité au cœur du bilan social de la majorité gouvernementale, la plaçant face à un test décisif quant à son impact réel sur le terrain. Cette centralité s’est confirmée lorsque le ministre délégué auprès du ministre de l’Économie et des Finances, chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, a admis que la flambée persistante du coût de la vie neutralise en grande partie les effets escomptés des augmentations salariales et des mesures de soutien destinées à préserver le pouvoir d’achat des ménages, tout en rappelant que la hausse des prix a largement absorbé les efforts consentis par le gouvernement durant son mandat, rapporte le quotidien Al Ahdath Al Maghribia dans son édition du mercredi 16 septembre.
Dans le même temps, au sein de la même coalition gouvernementale, le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a ouvert un débat parallèle en insistant sur la nécessité absolue de réformer les circuits de distribution et de réduire le nombre d’intermédiaires pour espérer contenir durablement la hausse des prix. Ces prises de position, émanant de figures de premier plan de la majorité, illustrent à quel point la gestion de l’inflation est devenue un argument central dans la compétition électorale et une source de divergence tactique au sein même de la coalition au pouvoir.
L’analyse de l’évolution du pouvoir d’achat met en lumière l’un des paradoxes les plus complexes de la conjoncture politique actuelle. Il est aujourd’hui possible de constater une hausse nominale des revenus sans pour autant que le citoyen ne perçoive une amélioration réelle de son niveau de vie, dès lors que la hausse des prix s’accélère au même rythme, voire plus rapidement. Cette réalité confère au dossier de la cherté de la vie une dimension éminemment politique et sociale, qui se passe de longs chiffres et se mesure concrètement dans le détail de la vie quotidienne, qu’il s’agisse du panier de la ménagère, des coûts de transport, du logement ou des dépenses de santé et d’éducation de base, lit-on dans Al Ahdath Al Maghribia.
L’émergence de ces approches contrastées au sein de la majorité soulève une interrogation fondamentale sur l’efficacité des politiques publiques face à la crise. Faut-il persister dans une stratégie axée sur le soutien direct au revenu par le biais d’augmentations salariales et d’aides financières ciblées, ou bien la phase à venir exige-t-elle un traitement structurel ciblant les facteurs exogènes et endogènes qui alimentent l’inflation?
Tandis que Fouzi Lekjaa souligne que l’augmentation des coûts de la vie réduit l’impact net des transferts sociaux et propose de s’attaquer aux mécanismes macroéconomiques influençant les prix, Nizar Baraka suggère quant à lui de s’attaquer aux dysfonctionnements de l’offre et des circuits logistiques. Cette dualité déplace le débat au-delà du montant des enveloppes budgétaires allouées par l’État pour compenser les effets de la vie chère, pour interroger l’efficacité réelle de ces dépenses sur le budget des familles et identifier ce qui, de la hausse des revenus ou de l’inflation galopante, grève le plus lourdement le pouvoir d’achat.
Pour le citoyen, l’arbitrage final ne se résume pas à l’évolution de son salaire nominal, mais à sa capacité réelle à faire face à la cherté des biens et des services. Si les revenus augmentent d’un côté, mais que le coût de la vie s’envole de l’autre, le bilan net de l’action publique devient négatif ou nul, transformant chaque augmentation en une simple course poursuite contre l’inflation.
Dans le cadre de ses récentes sorties de électorale à Fès, Nizar Baraka a d’ailleurs plaidé pour la création de sociétés de commercialisation permettant d’approvisionner les marchés directement à partir des exploitations agricoles, éliminant ainsi les marges excessives prélevées par les intermédiaires avant que les produits n’atteignent les consommateurs finaux. Selon cette vision, la lutte contre la vie chère passe nécessairement par une refonte du parcours de la marchandise, car si le producteur agricole ne profite pas toujours d’un prix équitable et que le consommateur subit des tarifs exorbitants, la différence profite indûment à des intermédiaires qui échappent en grande partie à la régulation des marchés.
Ce débat révèle les limites des politiques sectorielles menées jusqu’à présent et rappelle qu’à l’approche du scrutin du 23 septembre, la question de la vie chère demeure le baromètre ultime par lequel les électeurs jugeront l’action gouvernementale. La capacité des partis de la majorité à proposer des solutions crédibles et pérennes face à cette équation complexe s’annonce déterminante pour regagner la confiance des citoyens et répondre aux urgences sociales qui pèsent sur l’avenir du pays.




