Russie: des législatives sur fond de guerre

Un homme vote aux élections législatives russes dans un bureau de vote de Moscou le 18 septembre 2026. AFP or licensors

Les bureaux de vote ont ouvert vendredi matin dans l’Extrême-Orient russe, donnant le coup d’envoi d’élections législatives organisées sur trois jours et que devrait remporter Russie unie, le principal parti soutenant le président Vladimir Poutine, en pleine guerre contre l’Ukraine.

Le 18/09/2026 à 07h33

Le scrutin, qui doit renouveler les 450 sièges de la Douma d’État, la chambre basse du Parlement russe, se poursuivra jusqu’à dimanche. Les derniers bureaux fermeront à 18H00 GMT, dans l’enclave de Kaliningrad, et les premiers résultats sont attendus dans la foulée.

Environ 111 millions d’électeurs sont appelés aux urnes. La moitié des députés, soit 225, est élue à la proportionnelle sur des listes nationales, tandis que l’autre moitié est désignée dans des circonscriptions uninominales.

Ces législatives sont les premières organisées depuis le lancement, en février 2022, de l’offensive russe à grande échelle contre l’Ukraine. Le vote se déroule également dans les territoires ukrainiens occupés et annexés par Moscou: les parties sous contrôle russe des régions de Donetsk, Louhansk, Zaporijjia et Kherson, ainsi que la péninsule de Crimée, annexée en 2014. Kiev dénonce un scrutin illégal dans ces territoires.

Au-delà de la composition d’une Douma largement acquise au Kremlin, le scrutin doit permettre au pouvoir de mesurer l’état d’esprit de la population, alors que les initiatives diplomatiques destinées à mettre fin au conflit ont jusqu’à présent échoué.

Un scrutin sans véritable concurrence

Les électeurs russes comme les analystes s’attendent à une victoire de Russie unie, qui détenait plus des deux tiers des sièges dans la Douma sortante. Cette majorité lui permettait notamment de modifier la Constitution sans devoir rechercher le soutien des autres groupes parlementaires.

Dix listes fédérales participent au scrutin proportionnel. Outre Russie unie, figurent notamment le Parti communiste de la Fédération de Russie, le parti nationaliste LDPR, Russie juste-Pour la vérité et Nouvelles personnes. Toutes les formations admises soutiennent, à des degrés divers, Vladimir Poutine et la poursuite de la guerre en Ukraine.

«Russie unie va obtenir la majorité quoi qu’il arrive», prédit Apostol, un Moscovite de 20 ans. «Je ne vois donc pas l’intérêt de voter pour un parti d’opposition.»

Iabloko, seule formation russe légalement constituée à s’opposer ouvertement à la guerre, avait initialement été autorisée à présenter une liste nationale. La justice l’a toutefois exclue du scrutin proportionnel au mois d’août. Quelques-uns de ses candidats restent théoriquement en lice dans des circonscriptions individuelles, mais plusieurs autres ont été écartés.

«Poutine aime comparer sa situation politique à ce qui se passe dans les pays européens», explique Tatiana Stanovaïa, chercheuse au Centre Carnegie Russie Eurasie, organisation interdite en Russie en tant qu’organisation «indésirable».

«Il peut dire: “Regardez, nous avons eu une élection. Je bénéficie d’un soutien considérable de la part des Russes. Nous sommes tous unis.” C’est donc pour lui quelque chose de très important, sur le plan personnel, émotionnel et politique», ajoute-t-elle.

Lors d’une brève allocution télévisée diffusée mercredi soir, Vladimir Poutine a appelé ses concitoyens à participer au vote. «Votre choix et votre détermination montreront une fois de plus que des millions de personnes soutiennent nos combattants et que nous sommes unis», a-t-il affirmé, établissant lui-même un lien direct entre le scrutin et le soutien à l’armée russe.

Le spectre d’une nouvelle mobilisation

La participation et le score obtenu par Russie unie serviront aussi de marqueurs du degré de lassitude de la population face à une guerre qui a fait des centaines de milliers de morts et de blessés dans les deux camps et qui affecte de plus en plus le quotidien des Russes, y compris loin du front.

L’Ukraine a intensifié ses frappes de longue portée contre les installations énergétiques russes. Les attaques visant des raffineries ont contribué à provoquer des tensions sur l’approvisionnement en carburant dans plusieurs régions. D’autres frappes ont touché des entrepôts des groupes de commerce en ligne Wildberries et Ozon, faisant des victimes et détruisant les marchandises de nombreux vendeurs.

Écartée du scrutin ou contrainte à l’exil, l’opposition a appelé les Russes hostiles à la guerre à se rendre dans les bureaux de vote dimanche 20 septembre à midi, à voter pour n’importe quel candidat autre que celui de Russie unie ou à rendre leur bulletin nul. Baptisée «Midi pour une Russie pacifique», cette initiative doit permettre aux opposants de se reconnaître et de montrer publiquement leur nombre, malgré les risques de répression.

Une autre inquiétude pèse sur le scrutin: la possibilité d’une nouvelle mobilisation militaire, quatre ans après l’appel sous les drapeaux de quelque 300.000 réservistes en septembre 2022.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé que Moscou pourrait annoncer une nouvelle mobilisation «à l’automne», après les législatives. Vladimir Poutine et le Kremlin ont réfuté à plusieurs reprises ce scénario, particulièrement impopulaire en Russie, y compris au sein des élites politiques et économiques.

Par Le360 (avec AFP)
Le 18/09/2026 à 07h33