Entre 22H00 et 07H00 locales, soit entre 19H00 et 04H00 GMT, «les unités de défense anti-aérienne ont intercepté et détruit 556 drones ukrainiens», a déclaré le ministère russe de la Défense sur la messagerie Max. Selon Moscou, les drones ont été neutralisés au-dessus de 14 régions russes, ainsi que de la Crimée, annexée par la Russie en 2014, et des espaces maritimes voisins.
L’attaque marque une nouvelle escalade dans la guerre de drones que se livrent les deux pays. Depuis plusieurs mois, Kiev intensifie ses frappes en profondeur contre des sites énergétiques, industriels et militaires russes, tandis que Moscou poursuit ses bombardements quotidiens contre les villes ukrainiennes. Le conflit, désormais entré dans sa cinquième année, s’est ainsi déplacé bien au-delà de la ligne de front, jusque dans l’arrière stratégique russe.
Dans la région de Moscou, qui n’inclut pas le territoire administratif de la capitale, les autorités ont fait état d’une attaque de grande ampleur. Le gouverneur Andreï Vorobiov a indiqué sur Telegram que la région faisait face à «une attaque de drones de grande échelle depuis 03H00», soit minuit GMT. Selon lui, une femme a été tuée à Khimki, au nord-ouest de Moscou, tandis que deux hommes ont péri dans un village de la commune de Mytichtchi, au nord-est de la capitale.
Plusieurs habitations ont été endommagées dans la région, ainsi que des «infrastructures», selon le gouverneur, qui a également fait état de quatre blessés. À Moscou même, une frappe a blessé 12 personnes, «surtout des ouvriers» travaillant sur un chantier situé à proximité d’une raffinerie, a déclaré le maire Sergueï Sobianine.
«La production de la raffinerie n’a pas été perturbée. Trois immeubles résidentiels ont été endommagés», a précisé M. Sobianine. Les autorités russes n’ont pas détaillé l’origine exacte de chaque frappe ni les sites visés, mais l’Ukraine cible régulièrement les installations pétrolières russes, qu’elle présente comme des éléments centraux du financement de l’effort de guerre de Moscou.
Lire aussi : Nouvelles attaques de Moscou et Kiev après l’expiration de la trêve, un mort en Ukraine
Vendredi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait estimé que l’Ukraine était en droit de frapper des sites pétroliers et militaires en Russie, en réponse à l’attaque meurtrière qui avait fait la veille au moins 24 morts à Kiev. Pour Kiev, ces frappes visent à réduire la capacité de Moscou à poursuivre son offensive, en touchant à la fois les infrastructures militaires, les raffineries, les dépôts de carburant et les chaînes logistiques.
Cette stratégie n’est pas nouvelle, mais elle semble gagner en intensité. Ces derniers jours, des drones ukrainiens ont notamment visé la raffinerie de Ryazan, l’une des plus importantes de Russie, située à environ 200 kilomètres au sud-est de Moscou. L’Ukraine a également revendiqué ou laissé entendre qu’elle avait frappé plusieurs autres objectifs militaires et industriels en territoire russe ou dans des zones ukrainiennes occupées.
Si la région de Moscou fait régulièrement l’objet d’alertes et d’attaques de drones, la capitale elle-même, située à plus de 400 kilomètres de la frontière ukrainienne, reste plus rarement touchée. Chaque incursion au-dessus ou à proximité de Moscou possède donc une portée militaire, mais aussi symbolique: elle rappelle que la guerre que le Kremlin présente depuis 2022 comme tenue à distance peut désormais atteindre le cœur politique et économique russe.
L’Ukraine et la Russie ont repris dans la nuit de lundi à mardi leurs frappes respectives, après l’expiration d’une trêve de trois jours négociée sous l’égide des États-Unis à l’occasion des commémorations russes de la fin de la Seconde Guerre mondiale. La pause aura donc été brève, et l’escalade presque immédiate, comme si chaque camp s’était surtout servi du silence provisoire pour reprendre son souffle avant de recommencer.
Pour Moscou, ces attaques démontrent la volonté ukrainienne de frapper des zones civiles et industrielles russes. Pour Kiev, elles s’inscrivent dans une logique de riposte à des bombardements russes incessants contre les villes ukrainiennes. Entre ces deux récits, les drones, eux, poursuivent leur trajectoire. La guerre moderne a décidément trouvé le moyen le plus froid de rappeler qu’aucune capitale n’est vraiment loin du front.




