Russie: des drones ukrainiens frappent Saint-Pétersbourg

Des drones ukrainiens ont frappé un entrepôt d'un géant russe du commerce électronique près de Saint-Pétersbourg tôt le matin du 24 juillet, déclenchant un incendie qui a provoqué un important dégagement de fumée au-dessus de la ville historique. AFP or licensors

Une attaque de drones ukrainiens a touché vendredi un entrepôt du géant russe du commerce en ligne Wildberries dans l’agglomération de Saint-Pétersbourg, provoquant un important incendie et la suspension temporaire des activités de plusieurs sites logistiques.

Le 24/07/2026 à 07h33

Selon un journaliste de l’AFP sur place, un panache de fumée grise s’élevait au-dessus d’immeubles de la deuxième ville de Russie, située à plus de 800 kilomètres de la frontière ukrainienne. L’attaque illustre l’extension de la campagne ukrainienne de frappes en profondeur contre des infrastructures que Kiev présente comme utiles à l’effort de guerre russe.

«Saint-Pétersbourg a été attaquée par des véhicules aériens sans pilote à usage militaire», a déclaré le gouverneur de la ville, Alexandre Beglov, dans un message publié sur les réseaux sociaux. Il a ajouté que les frappes avaient touché des «infrastructures civiles». Dans la région voisine de Leningrad, le gouverneur Alexandre Drozdenko a affirmé qu’un entrepôt Wildberries situé à Novosaratovka avait pris feu après une frappe de drone, faisant «trois blessés». Il a aussi indiqué que 59 drones ukrainiens avaient été abattus.

Des images diffusées sur les réseaux sociaux et par des médias locaux montrent des flammes et une épaisse fumée autour de bâtiments présentés comme des entrepôts de Wildberries. L’entreprise a annoncé dans la nuit de jeudi à vendredi que deux de ses centres logistiques de Saint-Pétersbourg, situés à Shushary et à Utkin Zavod, interrompaient temporairement leurs activités, sans détailler les causes de cette décision. L’aéroport Pulkovo de Saint-Pétersbourg a également suspendu ses vols pendant plusieurs heures avant de reprendre ses opérations vers 06h00, heure locale. Une cinquantaine de départs auraient été perturbés.

Il s’agit d’au moins la troisième attaque visant des sites Wildberries en quelques jours, selon le texte initial, et d’une séquence plus large de frappes contre plusieurs centres logistiques de l’entreprise en Russie. The Kyiv Independent rapporte que des installations liées à Wildberries ont également été touchées dans les régions de Tver, Voronej, Krasnodar, Stavropol, ainsi qu’en Crimée occupée.

L’agence AP indique que des frappes précédentes contre des entrepôts près de Moscou et dans la région de Tambov avaient fait plusieurs morts parmi les employés de nuit et de nombreux blessés.

Wildberries est l’une des entreprises les plus connues de Russie, souvent surnommée «l’Amazon russe». Fondée en 2004 par Tatyana Kim, elle domine une grande partie du commerce en ligne russe. Selon l’Associated Press, entre 500 000 et 800 000 vendeurs utilisent la plateforme, qui représenterait environ 52% des commandes en ligne dans le pays.

Reuters souligne de son côté que Wildberries et son rival Ozon occupent une place importante dans l’économie russe, avec des volumes de biens et de services équivalant à environ 8,5% du PIB et plusieurs millions d’emplois liés directement ou indirectement à leur activité.

Kiev assume de plus en plus clairement ces frappes en profondeur, qu’il présente comme une réponse aux bombardements russes quotidiens contre l’Ukraine. Le président Volodymyr Zelensky a affirmé que les entrepôts visés servaient à stocker et expédier des composants sous sanctions destinés à la production de drones, d’équipements de navigation et d’autres matériels militaires. Les autorités russes et le Kremlin nient que Wildberries manipule des fournitures militaires, mais l’AP dit avoir trouvé sur la plateforme des équipements commercialisés comme liés à l’«opération militaire spéciale», dont des gilets pare-balles, des casques, des radios et des éléments électroniques.

Ces frappes fragilisent aussi une chaîne logistique devenue centrale dans la vie quotidienne des Russes. Kommersant, cité par Reuters, estime que les attaques récentes auraient endommagé environ 552 000 mètres carrés de capacité logistique, soit près de 10% des entrepôts de Wildberries. L’AP rapporte que l’incendie d’un site à Elektrostal, dans la région de Moscou, a mis trois jours à être éteint et que des dizaines de milliers de petits vendeurs pourraient être concernés par les pertes. L’entreprise a annoncé des indemnisations pour les plus petits commerçants touchés.

Les responsables russes reconnaissent rarement que des drones ukrainiens ont atteint leurs cibles. Ils communiquent généralement sur le nombre d’appareils abattus ou attribuent les incendies à des débris tombés au sol.

Mais la multiplication des frappes contre des sites situés loin du front rend ce récit plus difficile à tenir, même pour une machine de communication qui a manifestement sauté quelques mises à jour de crédibilité.

L’Ukraine frappe désormais régulièrement des villes russes éloignées de sa frontière, en visant principalement des sites pétroliers, militaires, industriels ou logistiques. Kiev qualifie cette campagne de «sanctions à longue portée», une manière de faire peser sur l’économie russe une partie du coût de la guerre. Les attaques contre Wildberries marquent toutefois un tournant symbolique: elles visent une entreprise très intégrée au quotidien des consommateurs russes, ce qui rend le conflit plus visible jusque dans les habitudes ordinaires d’achat, de livraison et de travail.

Par Le360 (avec Agences)
Le 24/07/2026 à 07h33