Que retenir du sommet Trump-Xi, entre faste diplomatique et divergences persistantes

Lors de la rencontre des présidents Donald Trump et Xi Jinping à la Maison Blanche. (PHOTO: AP)

La guerre au Moyen-Orient, une rivalité commerciale aux retombées planétaires, la crainte d’un dérapage de l’intelligence artificielle: les enjeux de la relation entre la Chine et les États-Unis sont immenses.

Le 25/09/2026 à 08h30

Ces sujets ont bien été évoqués par les présidents Donald Trump et Xi Jinping lors de leurs rencontres au sommet jeudi, mais à grands traits. C’est surtout le faste réservé par la Maison Blanche au président chinois qui a marqué cette visite.

Cuivres et oriflammes

Donald et Melania Trump ont sorti le grand jeu pour rendre au moins la pareille à M. Xi et à son épouse, Peng Liyuan, qui les avaient reçus en mai: accueil personnel à leur descente d’avion mercredi, déploiement de trompettes et de bannières à leur arrivée à la Maison Blanche jeudi, puis dîner d’État réunissant plus de 130 convives.

Parmi les invités figuraient les grands noms de l’industrie et de la technologie américaines, ainsi qu’une vingtaine de membres de la délégation chinoise. S’y est ajoutée une invitation, présentée comme une «faveur spéciale», à visiter le chantier de la future salle de bal de la Maison Blanche.

M. Trump a de nouveau revendiqué une «vraiment grande amitié» avec M. Xi.

Le président chinois s’est montré plus réservé, parlant plutôt de «rapport personnel».

Au-delà de cette relation personnelle, il a insisté sur la nécessité pour les deux puissances de «coexister en paix» malgré leurs divergences. Il a réitéré sa mise en garde contre le «piège de Thucydide», soit le risque de conflit entre une puissance établie et une puissance montante. Il a également présenté la Chine comme un interlocuteur d’égal à égal avec les États-Unis.

«Le faste, c’était l’idée», explique Ryan Hass, du groupe de réflexion Brookings. «Le message consistait à dire que les deux leaders sont capables de gérer efficacement les relations sino-américaines dans des limites tolérables de concurrence. Aucun des deux dirigeants n’attendait grand-chose de l’autre.»

Concrètement, M. Xi a promis d’inviter 100.000 jeunes Américains en Chine pour des échanges sur cinq ans et de prêter deux pandas au zoo d’Atlanta.

Taïwan, ligne rouge

Passées les civilités, M. Xi a soulevé deux préoccupations majeures au cours de ses discussions avec M. Trump.

Il a exprimé l’espoir que les États-Unis traitent «avec prudence» la question de Taïwan, a rapporté l’agence Chine Nouvelle. Il a ouvertement demandé que Washington «s’oppose» à l’indépendance de Taïwan, que Pékin considère comme faisant partie intégrante de son territoire. Une telle position s’écarterait de la ligne américaine historique, qui consiste à ne pas soutenir cette indépendance.

Bates Gill, chercheur au National Bureau of Asian Research, ne croit pas à un changement de position américain: «Le président Trump peut bien tenir des propos qui iraient à l’encontre de la politique américaine traditionnelle, mais cela ne se traduirait pas forcément par un vrai changement.»

M. Xi a également exprimé le souhait que les États-Unis et l’Iran s’entendent «le plus rapidement possible» par la négociation.

La Chine, partenaire majeur de l’Iran, s’est toujours opposée à la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël, dont elle subit les effets. Washington voudrait voir Pékin contribuer à faire plier Téhéran.

Intelligence artificielle

La rivalité entre les États-Unis et la Chine s’étend aussi à l’intelligence artificielle. Les deux pays ont la «responsabilité de développer et de gérer l’IA pour le bien commun, et de veiller à ce que son développement reste toujours sous contrôle humain», a déclaré M. Xi. M. Trump a, au contraire, affirmé sur son réseau Truth Social vouloir en rester «exactement au stade actuel» de la régulation.

«On est largement d’accord sur les risques liés à l’IA, mais pas sur la manière de les gérer», observe Dylan Loh, de l’université technologique de Nanyang, à Singapour. «Une profonde méfiance et une concurrence accrue» dans ce domaine rendent peu probables des avancées en matière de gouvernance, estime-t-il.

Trêve commerciale

Prolonger la trêve dans la guerre commerciale qui a malmené l’économie mondiale en 2025 était l’un des enjeux du sommet. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a annoncé, avant l’arrivée de M. Xi, que cet objectif était atteint, mais seulement jusqu’au 10 janvier 2027. Le président chinois a salué l’obtention d’un «arrangement», a indiqué Chine Nouvelle, sans davantage de précisions.

Les experts soulignent que cette prolongation permet à M. Trump de passer le cap des élections de mi-mandat, en novembre.

Certains membres de l’administration américaine cherchent à «stabiliser les relations pour l’instant, en attendant que les États-Unis réduisent leur vulnérabilité vis-à-vis de Pékin», explique Jared Mondschein, directeur de recherche au United States Studies Centre de l’université de Sydney. Mais le chercheur ne croit pas à un «changement profond ou durable dans la dynamique structurelle de la rivalité stratégique».

«Les Chinois auraient espéré une prolongation plus longue, mais ils sont aussi réalistes», commente Dylan Loh.

Par Le360 (avec AFP)
Le 25/09/2026 à 08h30