Le 2 juin dernier, la ministre française des Sports, Mme Marina Ferrari, a offert des pierres magiques aux joueurs de l’équipe qui représente l’Hexagone à la Coupe du monde. «Le jaspe bleu a des vertus dynamisantes et donne la force d’atteindre ses objectifs, a affirmé avec aplomb la dame au nom vrombissant. Le cristal de roche réduit le stress et l’anxiété, augmente la confiance en soi et peut atténuer les douleurs musculaires.» Et d’ajouter cette précision ahurissante: «Vous pourriez les mettre dans vos chaussettes.»
Le jaspe bleu, le cristal de roche… On ne sait s’il faut en rire ou en pleurer. On est bien en 2026, les gars, pas au Moyen-Âge? Parce qu’enfin, il faut le dire et le répéter, ni la lithothérapie ni la cristallothérapie ne sont de vraies thérapies. C’est de la foutaise. Il n’existe aucune– aucune!– étude scientifique qui prouverait leur efficacité. Comme souvent dans ce genre d’entourloupe, d’éventuels (et rares) bienfaits ne seraient dus qu’à l’effet placebo: on se sent un peu mieux parce qu’on croit en ces niaiseries. Mais il y a des limites; atténuer les douleurs musculaires, non, madame, non. Laissez-faire la médecine.
Il paraît que le président Macron a froncé le sourcil en entendant la Ferrari bourdonner ces fadaises. Il a ainsi sauvé l’honneur de la patrie de Descartes, de Renan et du positivisme. Mais combien sont-ils dans l’Europe des Lumières à croire aux pierres magiques? Et combien sont-ils à se moquer des Africains, de leurs gri-gris, de leurs amulettes, de leurs fétiches, alors que leur cousine Chantal consulte des voyantes ou que leur beau-frère Benoît vient d’acheter un bracelet porte-bonheur dans une foire?
«La seule différence, me semble-t-il, entre balivernes d’Europe et billevesées d’Afrique, c’est que les Européens donnent des noms savants à leurs superstitions: lithothérapie, cristallothérapie…»
— Fouad Laroui
La seule différence, me semble-t-il, entre balivernes d’Europe et billevesées d’Afrique, c’est que les Européens donnent des noms savants à leurs superstitions: lithothérapie, cristallothérapie… Nous devrions peut-être en faire de même pour nous donner l’apparence de la modernité. Réfléchissons… Il paraît que nos druides marocains utilisent souvent du poil de hérisson orphelin dans leurs concoctions maléfiques. Poil, hérisson, orphelin se disent pilus, ericius, orphanus en latin. Nommons donc notre magie noire la pilericiorphanothérapie– déposons la marque et attaquons les marchés européens et américains des thérapies bidon– mais qui rapportent.
Je vois bien des retraites de pilericiorphanothérapie dans de beaux riads à Marrakech ou Fès– ou plutôt, tiens, à Azemmour, ville qui est chère à mon cœur. (Il paraît que c’est dans les environs d’Azemmour qu’on trouve les plus beaux spécimens de hérisson orphelin.)
Pour en revenir à maâme Ferrari et à son irruption intempestive dans le camp d’entraînement des Bleus, on pourrait se poser la question suivante: glisser du jaspe bleu dans ses chaussettes pour «dynamiser» son jeu ne constitue-t-il pas, pour un sportif, du dopage? Dynamiser son jeu par des stéroïdes anabolisants ou par du jaspe ou par un philtre vaudou, quelle différence?
Bref, cette Coupe du monde me semble bien partie pour voir s’affronter non pas des footballeurs mais des mages, des pythies et des envoûteurs. Espérons que nos pilericiorphanothérapeutes marocains seront plus forts que les féticheurs africains, les sorciers vaudous des Caraïbes, les chamans d’Asie et les cristallothérapeutes d’Europe.




