La Colombie rompt ses relations diplomatiques avec l’Iran

Le président colombien Abelardo de la Espriella prononce un discours au bataillon Pichincha après avoir prêté serment, à Cali, en Colombie, le 7 août 2026. AFP or licensors

Bogota a annoncé jeudi 24 septembre la rupture de ses relations diplomatiques avec Téhéran, effective depuis le 19 septembre. Le gouvernement d’Abelardo de la Espriella invoque des motifs sécuritaires et les actions iraniennes au Moyen-Orient. Les relations consulaires sont toutefois maintenues.

Le 25/09/2026 à 07h58

Dans un communiqué publié sur X, le ministère colombien des Affaires étrangères présente cette décision comme conforme aux orientations gouvernementales «en matière de sécurité nationale et dans l’hémisphère», c’est-à-dire dans les Amériques. Il met également en avant la lutte contre la criminalité transnationale et la protection de la souveraineté du pays.

La chancellerie évoque des «liens» présumés du gouvernement iranien avec des organisations terroristes internationales et des «groupes narco-terroristes qui menacent la sécurité du pays». Elle ne nomme cependant aucune organisation colombienne et ne fournit pas, dans son communiqué, d’éléments permettant d’étayer ces accusations.

Sécurité, nucléaire et liberté de navigation

Les griefs de Bogota dépassent le seul cadre sécuritaire régional. Le ministère invoque également des violations des droits humains en Iran et les entraves qu’il reproche aux autorités iraniennes d’opposer aux inspections de l’Agence internationale de l’énergie atomique, chargée de vérifier la portée du programme nucléaire de Téhéran.

La guerre au Moyen-Orient occupe une place centrale dans l’argumentaire colombien. Bogota dénonce les attaques iraniennes contre des pays qu’il considère comme extérieurs au conflit, ainsi que le blocage du détroit d’Ormuz. Ces différents éléments «ont détérioré la confiance» entre les deux gouvernements, affirme la chancellerie.

Le trafic dans ce passage maritime stratégique est fortement perturbé depuis le début de la guerre, déclenchée le 28 février par des frappes israélo-américaines sur l’Iran. Avant le conflit, cette voie acheminait environ un cinquième du pétrole consommé dans le monde, ce qui explique les répercussions internationales des restrictions imposées à la navigation.

Téhéran lie pour sa part une réouverture du détroit à un allègement de la pression américaine. Mardi 22 septembre, un haut responsable iranien a déclaré à Reuters que le passage pourrait rouvrir sous sept jours si Washington réduisait sa pression militaire et levait son blocus des ports iraniens.

Dans une annonce distincte publiée jeudi, le gouvernement colombien a également classé le corps des Gardiens de la révolution islamique comme organisation terroriste. Il accuse cette force de réprimer la population iranienne et de mener des opérations clandestines à l’étranger. Bogota prévoit de renforcer ses contrôles pour empêcher l’entrée sur son territoire de personnes liées à cette organisation.

La rupture diplomatique ne signifie toutefois pas la disparition de tout lien institutionnel. La Colombie maintient ses relations consulaires avec l’Iran, en se référant aux conventions de Vienne de 1961 et de 1963. La direction du protocole du ministère doit informer les autorités iraniennes des procédures à suivre.

Un rapprochement avec Washington

Cette décision intervient moins de deux mois après l’entrée en fonctions, le 7 août, d’Abelardo de la Espriella. Soutenu par Donald Trump, le président colombien a engagé une réorientation des alliances de son pays après le mandat de Gustavo Petro. Son gouvernement a notamment rétabli les relations avec Israël, rompues en 2024 sur fond de guerre à Gaza.

Dès le 12 août, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, avait annoncé que Bogota sollicitait une coopération pour des opérations militaires conjointes contre le narcotrafic. Il avait également annoncé la participation colombienne à une initiative régionale américaine consacrée à la lutte contre les cartels de drogue.

Le rapprochement avec Washington s’est également traduit par des discussions sur la coopération sécuritaire. Le 8 septembre, lors d’une rencontre à Barranquilla avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio, les deux gouvernements ont évoqué la lutte contre le narcotrafic et le crime organisé, ainsi que les possibilités de coopération économique dans les secteurs de l’énergie et du commerce.

Par Le360 (avec Agences)
Le 25/09/2026 à 07h58