Voilà plus de six mois que la guerre dure. Le trafic dans le détroit d’Ormuz reste réduit à une poignée de passages et les attaques répétées contre des navires font flamber les cours du pétrole. Selon des analystes interrogés par l’AFP, la République islamique cherche à accroître le coût politique et économique du conflit pour le président américain Donald Trump. Les données les plus récentes font état de seulement sept transits jeudi, contre environ 125 navires commerciaux par jour avant le début de la guerre.
Loin de privilégier la voie diplomatique ou d’opter pour l’apaisement, Téhéran va jusqu’à risquer une reprise des hostilités à grande échelle, comme pendant les 40 jours de bombardements israélo-américains qui se sont écoulés entre le 28 février et le cessez-le-feu du 8 avril.
Malgré la mort de nombreux dirigeants et la désignation d’un nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, qui reste à l’écart de la scène publique, l’Iran a accentué sa traditionnelle stratégie de confrontation avec le «grand Satan» américain.
«Il juge qu’il est en train de gagner la guerre et que les États-Unis sont en train de la perdre», à un moment où ces derniers «ne peuvent pas se permettre une escalade», commente auprès de l’AFP Thomas Juneau, professeur à l’Université d’Ottawa.
Le pouvoir iranien voit dans cette période de campagne électorale une «fenêtre d’opportunité pour exploiter la faiblesse américaine et remodeler l’ordre régional à son avantage», poursuit l’analyste.
Une liste d’exigences
Finie «l’ère des ripostes proportionnées», selon la formule du négociateur en chef Mohammad Bagher Ghalibaf. L’Iran a revendiqué mercredi des attaques contre dix navires qui tentaient de franchir le détroit d’Ormuz.
Téhéran a également annoncé qu’il étendrait prochainement, au-delà du détroit, la zone soumise à une autorisation préalable de navigation, afin de resserrer son contrôle sur cette voie maritime stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures. Ces affirmations émanent de l’Iran et n’ont pas été confirmées de manière indépendante.
Téhéran mise sur «la pression exercée à travers le blocage d’Ormuz et la menace de perturbations plus larges» pour ébranler son ennemi avant les élections, relève Sanam Vakil, directrice du programme Moyen-Orient au sein du centre de réflexion britannique Chatham House.
Lire aussi : Iran: sans la Chine, l’«asphyxie économique» promise par Washington risque de tourner court
L’Iran a aussi frappé une installation américaine en Jordanie en représailles à la destruction, la veille, de cinq pétroliers iraniens par les forces américaines. Selon Defense News, huit avions de combat F-15 ont subi des dommages légers et un A-10 a été plus sérieusement endommagé.
«Nous ne faisons pas confiance aux États-Unis et nous ne ferons aucun nouveau pas tant qu’ils n’auront pas pris de mesures pour instaurer la confiance», a déclaré dimanche le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, Mohsen Rezaï, vêtu d’un uniforme militaire. «Ils doivent passer aux actes.»
Les Gardiens de la révolution, puissante armée idéologique de la République islamique, ont formulé cette semaine une série d’exigences pour mettre fin à la guerre, allant du retrait des troupes israéliennes opérant dans le sud du Liban au déblocage d’environ 24 milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés.
Une colère populaire croissante
«L’Iran ne peut pas vaincre militairement les États-Unis», concède Ali Alfoneh, chercheur à l’Arab Gulf States Institute.
«Mais Téhéran espère affaiblir politiquement le président Trump en contribuant à une défaite républicaine lors du scrutin, en maintenant le prix de l’essence à un niveau élevé et en rappelant aux électeurs américains que leur président a entraîné les États-Unis dans une “guerre sans fin” qu’il avait promis d’éviter.»
Semblant viser cette stratégie, Donald Trump a accusé mercredi l’Iran d’«essayer désespérément de peser» sur le vote.
«Je pense que la guerre prendra fin immédiatement après les élections», car les Iraniens «ne peuvent pas tenir plus longtemps», a estimé le président américain.
Interrogé le lendemain sur les appels de certains faucons républicains à intensifier les opérations militaires, Donald Trump a lui-même reconnu que les considérations électorales pouvaient peser sur ses décisions. Il a néanmoins assuré qu’il ne regrettait pas d’avoir lancé la guerre et qu’il agirait exactement de la même manière s’il devait recommencer.
Le Wall Street Journal a toutefois rapporté que le président avait été averti par ses conseillers que l’Iran pourrait résister aux États-Unis bien au-delà des élections, voire jusqu’à la fin de son mandat, en janvier 2029.
Sur le plan intérieur, les autorités iraniennes restent cependant confrontées à de nombreuses difficultés, au premier rang desquelles figure une crise économique qui avait déjà provoqué, l’hiver dernier, des manifestations réprimées dans le sang.
«Il existe un risque réel que l’Iran aille trop loin», avertit Thomas Juneau, rappelant que le pouvoir est «très vulnérable sur le plan intérieur» et que «la colère populaire ne fait que croître à mesure que la situation économique se détériore».




