Iran: Washington frappe des dizaines de cibles des Gardiens de la Révolution

Des Iraniens passent devant un panneau d'affichage représentant le guide suprême iranien, l'ayatollah Rouhollah Khomeiny (à gauche), son successeur, l'ayatollah Ali Khamenei (au centre), et le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, devant l'ancienne ambassade américaine à Téhéran, le 15 juin 2026. AFP or licensors

Les États-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une «lourde série» de bombardements contre l’Iran, en représailles à des tirs de missiles visant leurs forces au Moyen-Orient.

Le 30/07/2026 à 06h30

Selon le Commandement américain pour le Moyen-Orient, le Centcom, les frappes ont duré deux heures et ont touché des dizaines de cibles liées aux Gardiens de la Révolution, au moment où la confrontation entre Washington et Téhéran s’étend désormais de l’Iran à l’Irak, de la Jordanie à la mer Rouge. Autrement dit, la région continue de cocher méthodiquement toutes les cases de l’embrasement généralisé.

L’armée américaine a indiqué avoir frappé «des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones, des sites de surveillance et de défense côtières, ainsi que des capacités maritimes». Le Centcom a présenté l’opération comme une «réponse puissante» à une attaque iranienne menée mardi contre des forces américaines stationnées au Moyen-Orient.

Washington affirme que les Gardiens de la Révolution ont lancé «de multiples missiles balistiques» dans ce qu’il décrit comme une «tentative d’attaque surprise» contre des bases américaines dans la région. Tous les missiles auraient été interceptés, selon l’armée américaine. La Jordanie a indiqué de son côté avoir abattu cinq missiles tirés depuis l’Iran et visant le royaume, sans faire état de victimes.

Le président Donald Trump avait préparé le terrain à cette riposte mercredi. «Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée», avait-il averti, dans des propos rapportés par un journaliste de Fox News. Plus tard, devant la presse à la Maison Blanche, il avait insisté: «On va les frapper très fort, parce que c’est à notre tour». Les frappes ont commencé mercredi à 20h00, heure de Washington, soit jeudi à 00h00 GMT, et se sont achevées deux heures plus tard.

En Iran, les médias officiels ont fait état d’attaques dans les provinces méridionales du Khuzestan et d’Hormozgan. Des explosions ont été rapportées autour d’Abadan, d’Ahvaz et sur l’île de Qeshm, près du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour les hydrocarbures. L’agence Fars a indiqué qu’une frappe américaine contre une maison d’habitation dans le quartier de Chah Tangu, à Qeshm, avait tué trois membres d’une même famille.

«Une attaque américaine contre une maison d’habitation dans le quartier de Chah Tangu, à Qeshm, a tué trois membres d’une même famille: le père, la mère et leur enfant de 2 ans», a écrit l’agence, citant l’Université des sciences médicales d’Hormozgan. Deux autres enfants, âgés de 7 et 9 ans, auraient été blessés et hospitalisés.

Cette nouvelle séquence survient au lendemain de frappes menées conjointement par les États-Unis et l’Arabie saoudite contre des groupes armés pro-iraniens en Irak. Ces groupes étaient accusés par Riyad d’avoir attaqué des installations pétrolières saoudiennes à l’aide de drones, accusations qu’ils rejettent.

Les frappes en Irak ont fait 20 morts, dont cinq Iraniens, et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, selon ce réseau de factions à majorité chiite intégré aux forces armées irakiennes mais englobant des groupes proches de Téhéran.

La présidence irakienne a dénoncé une «violation flagrante de la souveraineté de l’Irak», tandis que Téhéran a condamné les frappes chez son voisin. La Résistance islamique en Irak, puissante alliance armée pro-iranienne, a promis une réponse. «Notre riposte contre l’ennemi américain est inévitable, et pourrait frapper ses instruments en Arabie saoudite», a-t-elle affirmé dans un communiqué.

À Téhéran, la population paraît prise dans une attente épuisante. «On ne sait pas vraiment si nous sommes en guerre ou en paix. Ce que je vois, c’est une population profondément découragée et déprimée», confie à l’AFP Golrokh, une retraitée de 60 ans. Cette lassitude traduit l’incertitude d’un pays soumis à des frappes répétées, à des représailles militaires et à une tension économique aggravée par le verrouillage du détroit d’Ormuz.

Avant les dernières frappes, le conflit s’était déjà étendu à un autre front: la mer Rouge. Les Houthis du Yémen, soutenus par l’Iran, ont affirmé mardi avoir visé avec des missiles un pétrolier saoudien, accusé d’avoir «violé le blocus naval» dont ils menacent l’Arabie saoudite. Riyad, premier exportateur mondial de brut, cherche désormais à sécuriser ses routes maritimes alors que l’Iran verrouille de nouveau le détroit d’Ormuz, de l’autre côté de la péninsule arabique.

Pour Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité, Téhéran active désormais pleinement son réseau de relais régionaux. «Téhéran utilise désormais son réseau de proxys. La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d’autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable», estime-t-il. Dans cette guerre qui s’étire et se fragmente, chaque front nourrit désormais le suivant.

Par Le360 (avec AFP)
Le 30/07/2026 à 06h30