Iran: les pourparlers en Suisse reportés

Des Iraniens passent devant un panneau d'affichage représentant le guide suprême iranien, l'ayatollah Rouhollah Khomeiny (à gauche), son successeur, l'ayatollah Ali Khamenei (au centre), et le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, devant l'ancienne ambassade américaine à Téhéran, le 15 juin 2026. AFP or licensors

Les négociations prévues vendredi en Suisse entre l’Iran et les États-Unis en vue d’un accord devant mettre fin au conflit au Moyen-Orient ont été reportées sine die, a annoncé le gouvernement suisse, quelques heures après l’annonce de l’annulation du départ du vice-président américain JD Vance pour l’Europe.

Le 19/06/2026 à 06h31

Les négociations prévues vendredi en Suisse entre l’Iran et les États-Unis en vue d’un accord devant mettre fin au conflit au Moyen-Orient ont été reportées sine die, a annoncé le gouvernement suisse, quelques heures après l’annonce de l’annulation du départ du vice-président américain JD Vance pour le pays alpin.

«Les discussions prévues entre les États-Unis, l’Iran, le Qatar et le Pakistan ont été reportées. La Suisse reste disposée à faciliter ces discussions. Les travaux préparatoires correspondants se poursuivent», a annoncé le ministère des Affaires étrangères dans un message transmis à l’AFP, sans fournir de précision sur une prochaine date pour ces pourparlers.Mais le vice-président américain JD Vance, qui doit y représenter son pays, a reporté sa venue, de même que le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, dont la médiation a été décisive.

«Les plans pour les discussions techniques à venir n’ont pas été finalisés, et la délégation américaine s’est préparée à partir à la première occasion. Mais la logistique de ces négociations n’a jamais été simple ni prévisible. Pour le moment, le vice-président ne partira pas ce soir», a annoncé jeudi la Maison Blanche.

M. Vance avait auparavant indiqué qu’il pourrait se rendre «ce week-end» en Suisse, mais sans pouvoir le garantir.

Le protocole d’accord a été signé électroniquement et à distance mercredi par le président iranien Massoud Pezeshkian et son homologue américain Donald Trump. Le guide suprême iranien a déclaré jeudi, dans un message écrit, l’avoir approuvé malgré des réserves.

Réserves de Khamenei

«Il est évident que les négociations en face-à-face qui se tiendront à l’avenir ne présagent pas de l’acceptation du point de vue de l’ennemi», a souligné l’ayatollah Khamenei, qui n’a pas été vu en public depuis qu’il a succédé en mars à son père, Ali Khamenei, tué dans les bombardements israélo-américains sur l’Iran.

En attendant, le trafic reprend dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures. Celui-ci était verrouillé depuis le début de la guerre par l’Iran, tandis que les États-Unis imposaient un blocus maritime, levé jeudi comme prévu dans l’accord.

Les forces américaines «ont laissé plus d’une douzaine de bateaux passer», a affirmé JD Vance.

La télévision d’État iranienne, citant un communiqué du Conseil suprême de sécurité nationale, a annoncé que les navires souhaitant traverser le détroit devront soumettre leur demande à un nouvel organisme gouvernemental.

Conformément aux termes du protocole, «aucun frais» ne sera perçu «pendant une période de 60 jours», a-t-elle rappelé.

«Échec des États-Unis»

Donald Trump s’est félicité sur son réseau Truth Social des «prix du pétrole en baisse», qualifiant cette évolution de «succès».

Les cours du brut continuent de baisser vendredi, se rapprochant de leurs niveaux d’avant-guerre.

Mais la presse américaine se montre très sévère, fustigeant un accord-cadre offrant à l’Iran d’importants avantages financiers sans exiger le démantèlement de son infrastructure nucléaire.

Les États-Unis s’engagent, en cas d’accord définitif, à faciliter «avec leurs partenaires régionaux» le déblocage d’un fonds de 300 milliards de dollars destiné à la reconstruction et au développement économique de l’Iran, sans que cela implique une participation financière américaine.

L’accord «acte l’échec des États-Unis», a commenté le principal négociateur iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, qui a en outre promis une «réponse décisive» en cas de violation des engagements.

«Ils ont déjà été vaincus une fois pendant la guerre, et s’ils veulent connaître le même sort, ils seront battus encore plus sévèrement», a écrit M. Ghalibaf vendredi sur X.

Téhéran peut de fait se féliciter d’avoir obtenu la promesse d’un déblocage de ses avoirs gelés à l’étranger et de la suspension des sanctions américaines sur la vente de pétrole iranien dès la mise en œuvre du protocole.

Mais à Téhéran, Mina, une psychologue de 54 ans, doute que l’accord soit «durable». «Peut-être qu’après les 60 jours, les hostilités reprendront», dit-elle, interrogée depuis Paris par l’AFP.

Malgré l’apaisement, «le combat n’est pas terminé», a déclaré jeudi Benjamin Netanyahu.

Le Premier ministre israélien n’a pas commenté directement l’accord, vivement critiqué en Israël, y compris au sein du gouvernement.

«Si j’étais au gouvernement israélien, peut-être que je n’attaquerais pas le seul allié puissant qui me reste sur la planète», a tancé JD Vance, appelant les contempteurs israéliens des décisions américaines «à prendre conscience de la réalité».

Appelant à préserver la «relation vitale» avec les États-Unis, M. Netanyahu n’en a pas moins réaffirmé que les forces israéliennes resteraient dans le sud du Liban «tant que les besoins sécuritaires l’exigeront», alors que le protocole d’accord prévoit la fin des hostilités «sur tous les fronts, y compris au Liban».

Depuis l’annonce de sa conclusion, lundi, Israël a poursuivi ses frappes sur le pays voisin contre le Hezbollah pro-iranien, faisant huit morts, dont trois jeudi.

Le groupe chiite a annoncé vendredi avoir détruit trois chars lors d’affrontements entre ses combattants et une unité de l’armée israélienne dans le sud du Liban.

Par Le360 (avec AFP)
Le 19/06/2026 à 06h31