Baisse des prix des médicaments: le projet de décret met le feu aux poudres chez les pharmaciens

Des médicaments dans une pharmacie.

Revue de presseEn adoptant le projet de décret révisant la tarification des médicaments, le gouvernement espère alléger la facture des usagers et des caisses d’assurance. Mais, du côté des officines, la colère gronde: accusant l’Exécutif de les avoir évincés du dialogue social, les pharmaciens dénoncent un texte bâclé qui menace l’équilibre économique des petites structures, fragilise la souveraineté sanitaire du pays et risque d’engendrer de sévères pénuries sur le marché national. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Akhbar.

Le 29/07/2026 à 19h43

Le projet de décret relatif à la révision des prix des médicaments a déclenché une véritable levée de boucliers au sein de la profession pharmaceutique au Maroc. Approuvé par le Conseil de gouvernement lors de sa réunion du 22 juillet, ce texte suscite une profonde inquiétude chez les professionnels du secteur. «Ces derniers estiment que la mouture actuelle menace la stabilité financière de leur profession et risque d’avoir des répercussions négatives directes sur l’accès des citoyens aux traitements médicaux essentiels», rapporte le quotidien Al Akhbar dans son édition du jeudi 30 juillet.

Les représentants des pharmaciens dénoncent vigoureusement ce qu’ils qualifient d’approche exclusive et unilatérale adoptée par le ministère de la Santé et de la Protection sociale. Bien qu’ils affirment soutenir toute réforme visant à réduire le coût des médicaments onéreux, à élargir l’accès aux soins et à pérenniser les caisses d’assurance maladie, ils regrettent que leurs propositions aient été purement et simplement ignorées. Les réunions consultatives n’auraient été qu’une façade institutionnelle, dont les conclusions n’ont pas trouvé d’écho dans la version finale du décret.

Cette mise à l’écart lors des étapes cruciales du dialogue est perçue comme un contournement flagrant du principe d’implication des professionnels. «Cette situation ignore délibérément les préoccupations quotidiennes des quelque quatorze mille pharmaciens répartis sur l’ensemble du territoire national, à une époque où le secteur traverse une conjoncture particulièrement difficile, marquée par une flambée des charges d’exploitation, une érosion préoccupante des marges bénéficiaires et une vague croissante de fermetures d’officines», note Al Akhbar.

Sur le fond, l’évaluation du décret par les pharmaciens est sans appel, puisqu’ils considèrent que les nouvelles dispositions échouent à corriger les déséquilibres profonds hérités du précédent décret de 2013 et risquent fort de reproduire les mêmes dysfonctionnements. Ils alertent sur l’aggravation probable du phénomène des ruptures de stock et du retrait continu du marché national des médicaments à bas prix. Cette pénurie annoncée, dictée par une rentabilité jugée insuffisante pour les fabricants et les distributeurs, menace directement l’approvisionnement des patients, en particulier de ceux qui souffrent de pathologies chroniques nécessitant un traitement régulier.

Le projet gouvernemental est également pointé du doigt pour son incapacité à apporter des réponses stratégiques capables de renforcer la souveraineté pharmaceutique nationale. Les statistiques récentes communiquées par la profession illustrent une tendance pour le moins alarmante concernant la part de l’industrie pharmaceutique marocaine dans la couverture des besoins du marché local. Celle-ci a drastiquement chuté, passant de près de 80% à environ 50%. Ce recul spectaculaire s’accompagne logiquement d’une dépendance accrue à l’égard des importations, ce qui expose dangereusement le système de santé national aux aléas des chaînes d’approvisionnement mondiales et aux fluctuations imprévisibles des marchés internationaux. De plus, les officinaux expriment de sérieux doutes quant à l’efficacité réelle des nouveaux mécanismes de tarification proposés. Ils estiment que la baisse promise des prix des médicaments onéreux n’aura qu’un impact limité sur le pouvoir d’achat des citoyens, profitant en réalité davantage aux laboratoires et aux organismes d’assurance maladie, sans s’attaquer aux véritables racines de la problématique des prix.

Dans ce climat de tension, explique Al Akhbar, «les pharmaciens ne dissimulent plus leurs craintes face aux probables retombées économiques désastreuses de ce texte sur leurs entreprises. Ils préviennent que la nouvelle législation accentuera inévitablement la précarité de nombreuses structures, surtout en l’absence de mesures d’accompagnement concrètes». Ils déplorent notamment la non-application des recommandations formulées par le Conseil de la concurrence, qui préconise de permettre aux pharmacies de diversifier leurs sources de revenus en proposant de nouvelles prestations de santé rémunérées.

Cette diversification est aujourd’hui perçue comme le seul rempart permettant de réduire la dépendance des officines à l’égard des marges réalisées sur la vente exclusive de médicaments et de garantir la pérennité du réseau pharmaceutique national. La préservation de ce maillage est d’autant plus cruciale qu’il constitue un pilier indispensable de la santé publique, particulièrement dans les zones rurales et périurbaines, où le pharmacien demeure souvent le principal acteur sanitaire de proximité.

Par La Rédaction
Le 29/07/2026 à 19h43