Iran: sans la Chine, l’«asphyxie économique» promise par Washington risque de tourner court

Un homme passe devant une fresque murale représentant le défunt guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, à Téhéran, le 24 juillet 2026. AFP or licensors

Les États-Unis ont promis l’«asphyxie économique» de l’Iran. Mais, selon plusieurs spécialistes, cette stratégie ne peut porter ses fruits qu’avec la coopération de la Chine, une hypothèse qui paraît aujourd’hui peu probable.

Le 28/08/2026 à 07h01

Après six mois de guerre au Moyen-Orient, Washington a présenté de nouvelles sanctions visant non pas directement Téhéran, mais ses partenaires commerciaux, dans l’espoir d’isoler davantage l’économie iranienne.

Des entités chinoises figurent notamment parmi les cibles de ce vaste plan présenté par le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, qui a sommé Pékin de s’y rallier.

Mais la Chine a balayé ces menaces, assurant au contraire qu’elle défendrait «fermement» ses intérêts et sa coopération avec l’Iran, dont elle est un partenaire majeur.

Ce bras de fer risque d’aggraver encore les tensions entre Pékin et Washington, à moins d’un mois de la visite de Xi Jinping aux États-Unis, attendue le 24 septembre à Washington.

Le pétrole, levier central

L’Iran résiste aux sanctions qui le visent depuis des décennies en mobilisant des réseaux financiers internationaux complexes pour les contourner.

Pour isoler efficacement l’économie iranienne, «il faudrait assurément l’aide de la Chine», estime Dylan Loh, de l’université technologique de Nanyang, à Singapour.

Pékin est l’un des principaux acheteurs de pétrole iranien. «Une part importante de leurs échanges repose également sur le renminbi, la monnaie chinoise, qui peut échapper aux sanctions américaines», précise-t-il à l’AFP.

«Le pétrole est le levier économique majeur» de Téhéran, souligne également Nino Lezhava, chercheuse au Centre d’analyse des politiques européennes (CEPA).

Même si le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, passage crucial pour le commerce mondial, notamment celui des hydrocarbures, est verrouillé, la Chine peut continuer à recevoir du brut iranien par les routes et les voies ferrées d’Asie centrale, explique Sun Degang, professeur à l’université Fudan de Shanghai.

Les achats chinois ont diminué, mais ils restent une source importante de revenus pour Téhéran.

«Le simple fait de (...) maintenir des canaux commerciaux et de proposer des mécanismes de paiement alternatifs peut réduire considérablement l’efficacité de l’isolement économique» de l’Iran, estime Nino Lezhava.

La «souveraineté économique» chinoise

Et Washington le sait.

Interrogé sur la possibilité que les États-Unis ciblent les banques chinoises entretenant des relations commerciales avec l’Iran, Scott Bessent a déclaré que «personne n’échappe aux sanctions américaines».

Toutefois, bien que les nouvelles sanctions annoncées lundi 24 août visent certaines entités chinoises accusées d’aider Téhéran à se procurer des technologies cruciales, les États-Unis se sont jusqu’à présent abstenus de sanctionner les grandes institutions financières chinoises.

Washington «ne peut pas espérer obtenir le soutien de la Chine s’il continue à imposer des sanctions aux entreprises chinoises», estime Sun Degang.

«La Chine défendra sa souveraineté économique», prédit-il.

Pour l’économie chinoise, les conséquences du blocage du détroit d’Ormuz viennent s’ajouter aux difficultés provoquées par une consommation intérieure atone.

L’isolement accru de l’Iran aggraverait encore cette situation, tout en impliquant davantage Pékin dans un conflit qui a déjà affaibli son rival stratégique américain.

Il existe donc, selon Chong Ja Ian, de l’université nationale de Singapour, «peu de raisons» susceptibles de pousser actuellement la Chine à coopérer avec les États-Unis sur ce dossier.

Un calcul coût-avantage

Le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré mardi 25 août que sa coopération avec l’Iran s’était «toujours déroulée dans le cadre du droit international et ne devait faire l’objet d’aucune ingérence ni perturbation», en réaction aux annonces de Scott Bessent.

Pour Chong Ja Ian, «Pékin semble très confiant dans sa capacité à riposter avec succès face aux États-Unis» s’il venait à subir des pressions.

C’est pour faire face «précisément à de tels scénarios» que la Chine s’est employée à renforcer ses capacités, ajoute Dylan Loh.

«La Chine dispose de ses propres outils pour réagir et protéger ses intérêts, comme nous l’avons vu avec les mesures de rétorsion en matière de contrôles à l’exportation», développe-t-il.

Pékin et Washington ont passé une grande partie de 2025 englués dans une guerre commerciale croissante, jusqu’au fragile répit apporté par la rencontre entre Xi Jinping et Donald Trump en octobre 2025.

Pour que sa campagne contre l’Iran soit suivie d’effets, Washington devra peut-être «proposer des incitations» à Pékin afin d’encourager le géant asiatique à se ranger de son côté, estime Lim Tai Wei, professeur spécialisé dans l’Asie de l’Est à l’université japonaise de Soka.

Car, selon Nino Lezhava, la Chine ne songera à coopérer avec les États-Unis que «si les coûts liés au soutien de l’Iran deviennent nettement plus élevés que les avantages stratégiques et économiques» qu’elle retire de la poursuite de ses échanges avec Téhéran.

Les principaux repères d’actualité ont été recoupés : la campagne américaine a été annoncée le 24 août, Pékin a officiellement rejeté les pressions et promis de protéger ses intérêts, tandis que la rencontre Xi-Trump est attendue le 24 septembre, même si ses modalités demeurent en cours de finalisation.

Par Le360 (avec AFP)
Le 28/08/2026 à 07h01