Le Maroc, nouveau hub du fret aérien

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Revue de presseAlors que les corridors du Moyen-Orient s’effondrent sous l’effet de la guerre, le Royaume enregistre une croissance record de 13% de son fret aérien, devenant une alternative stratégique pour les échanges internationaux. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Les Inspirations Éco.

Le 05/05/2026 à 18h28

Le dernier rapport de l’Association du transport aérien international (IATA) révèle une fracture brutale dans le fret aérien mondial. D’un côté, les hubs du Golfe voient leur volume s’effondrer de 54% en mars 2026, victimes des perturbations géopolitiques. De l’autre, le Maroc affiche une progression spectaculaire de 13,33%, avec 29.846 tonnes de fret traitées au premier trimestre. Une performance qui contraste avec le repli global de 4,8% de la demande mondiale, mesurée en tonnes-kilomètres de fret (CTK), indique le quotidien Les Inspirations Éco.

«La demande de fret aérien a chuté de 4,8% en mars par rapport à l’an dernier. Cela est principalement dû aux graves perturbations des grands hubs du Golfe à cause de la guerre au Moyen-Orient», explique Willie Walsh, directeur général de l’IATA. Les corridors Europe–Moyen-Orient et Moyen-Orient–Asie enregistrent des contractions de 57,6% et 58,6%, creusant un déficit de capacité de plus de 50% dans la région. Pourtant, le commerce mondial, lui, ne s’est pas arrêté. La production industrielle progresse de 3,1% sur un an, et les nouvelles commandes à l’export restent en expansion (PMI à 50,1). Face à cette demande persistante, les opérateurs ont dû trouver des alternatives.

C’est dans ce contexte que le Maroc s’est imposé comme une «soupape de dérivation crédible», écrit Les Inspirations Éco. «Les réseaux de fret aérien apportent la flexibilité nécessaire pour soutenir les chaînes d’approvisionnement mondiales qui s’adaptent aux tensions géopolitiques, tarifaires et opérationnelles», souligne Walsh. Le Royaume, géographiquement positionné entre l’Europe, l’Afrique et les routes atlantiques vers l’Amérique du Nord, a su capter une partie des flux réorientés. Son trafic passagers international a bondi de 25,9%, tandis que les liaisons avec l’Afrique (+20,96%) et l’Europe (+9,82%) renforcent sa connectivité cargo.

L’Afrique, qui ne représente que 2,1% du marché mondial, affiche la plus forte croissance régionale (+7% en mars), avec un coefficient de remplissage des soutes en hausse de 5,4 points (49,6%), a-t-on pu lire dans Les Inspirations Éco. «Une équation rare, où moins d’offre transporte plus de fret», note l’IATA. Le Maroc, lui, amplifie cette dynamique. Son fret progresse plus vite que son trafic passagers (+13,33% contre +11,15%), signe d’une spécialisation croissante. L’aéroport Mohammed V, qui concentre plus de 30% des flux, voit sa fréquentation augmenter de 15,92%, consolidant son rôle de hub.

Pourtant, cette croissance s’inscrit dans un environnement difficile. Le prix du kérosène a doublé en un an (+106,6%), et les marges de raffinage ont explosé (+320%), mettant sous pression les coûts d’exploitation. «Tous les regards sont tournés vers l’approvisionnement et le prix du carburant, qui devraient mettre à l’épreuve la résilience du secteur», avertit Walsh. Le Maroc devra donc transformer cet avantage conjoncturel en positionnement durable.

«Le conflit a certes accéléré le report, mais les fondamentaux étaient déjà favorables», analyse un expert cité par le quotidien. L’Afrique, portée par une industrialisation progressive et une démographie dynamique, affiche neuf mois consécutifs de hausse des échanges avec l’Asie. Le Maroc, membre de l’Union africaine et partenaire avancé de l’UE, en capte une part croissante. «Une tendance longue qui ne doit rien à un accident géopolitique ponctuel», conclut l’IATA. Question: cette croissance résistera-t-elle à la flambée des coûts énergétiques et à la concurrence d’autres hubs, émergents?

Par La Rédaction
Le 05/05/2026 à 18h28