La récente envolée du prix du gasoil au Maroc, qui a franchi la barre des 16 dirhams le litre début octobre après une ultime revalorisation de 80 centimes, ébranle en profondeur l’économie nationale. Au-delà du seul secteur du transport routier de marchandises, cette hausse fulgurante fragilise l’ensemble des industries de grande consommation et perturbe gravement les équilibres des réseaux de distribution. Interrogé par le quotidien L’Economiste dans son édition du vendredi 16 octobre, Ali Tazi, président de la Fédération nationale des métiers de la distribution des produits de grande consommation, déplore «une pression étouffante qui frappe la chaîne de valeur dans son intégralité, des sites de fabrication aux étalages des commerces».
Dans un secteur caractérisé par une logistique lourde et le déplacement annuel de centaines de millions de tonnes de produits, l’envolée des coûts énergétiques étouffe la trésorerie des entreprises. Le besoin en fonds de roulement s’alourdit dangereusement dans un contexte économique déjà asphyxié par l’inflation globale et la contraction des marges. Pour les acteurs du marché, le véritable casse-tête réside désormais dans leur capacité à absorber ces surcoûts inédits sans compromettre définitivement leur rentabilité ni faire basculer leurs comptes dans le rouge.
Face à ce dilemme, les opérateurs se trouvent pris entre deux écueils majeurs aux conséquences redoutables. D’un côté, une répercussion différée ou partielle du coût du carburant sur les prix de vente détruit les marges bénéficiaires et anéantit tout effort d’investissement futur. De l’autre, une transmission directe et intégrale de ces charges aux consommateurs risquerait d’alimenter une spirale inflationniste dévastatrice, menaçant directement le pouvoir d’achat des ménages et l’accès aux denrées de première nécessité, lit-on dans L’Economiste.
Afin de contenir cette crise, les professionnels membres de la Fédération Tijara ont fait le choix responsable de ne pas répercuter ces surcoûts sur le consommateur final, assumant seuls le choc financier pour garantir l’approvisionnement continu du territoire. Le secteur redouble d’efforts pour rationaliser ses trajets, optimiser sa logistique et améliorer son efficacité opérationnelle. «Toutefois, cette mobilisation citoyenne atteint aujourd’hui ses limites structurelles et ne pourra se poursuivre sans que soient préservées la viabilité économique des entreprises et leur capacité à maintenir leurs activités», souligne L’Economiste.
Devant l’urgence de la situation, la Fédération plaide pour un réajustement des mécanismes d’aide publique initialement réservés aux seuls transporteurs routiers. Ali Tazi préconise ainsi d’étendre ce soutien financier direct, sur la base de critères objectifs, aux entreprises de distribution structurées disposant de leurs propres flottes de véhicules. Une aide ciblée et proportionnelle aux dépenses réelles en carburant permettrait d’alléger la facture logistique tout en protégeant efficacement le panier de la ménagère.
In fine, la sauvegarde de l’appareil productif et commercial marocain exige une concertation urgente et étroite entre les pouvoirs publics et les acteurs du terrain. Seule une approche globale, axée sur la maîtrise des coûts de transport, la fluidification des circuits et un suivi rigoureux des charges à chaque maillon de la chaîne, permettra d’éviter un affaiblissement durable des entreprises. L’enjeu est capital: préserver la compétitivité du tissu économique national sans sacrifier le pouvoir d’achat des citoyens.


