L’immobilier traverse actuellement une zone de turbulences inédite qui préoccupe l’ensemble des acteurs économiques du secteur. Les principaux indicateurs confirment une tendance baissière persistante, marquée par une chute brutale des transactions et un ralentissement marqué des mises en chantier de logements neufs. Cette situation délicate fragilise un pilier fondamental de l’économie nationale, dont l’impact dépasse largement le cadre strict de la construction pour toucher des dizaines de branches d’activité connexes, rapporte le quotidien L’Économiste dans son édition du mardi 6 octobre.
Au cœur de cette crise, la Fédération nationale des promoteurs immobiliers tire la sonnette d’alarme face à un recul drastique des ventes qui atteint par endroits jusqu’à quarante pour cent. Selon les responsables professionnels, ce ralentissement généralisé se répercute immédiatement sur la chaîne de valeur, touchant aussi bien les bureaux d’études que les entreprises de matériaux, les prestataires de services et les institutions financières. La promotion immobilière, en tant qu’écosystème transversal et stratégique, génère pourtant près de sept pour cent du produit intérieur brut et emploie directement ou indirectement des centaines de milliers de travailleurs.
La morosité ambiante s’explique en grande partie par une envolée continue des coûts de production qui pèse lourdement sur les marges des promoteurs et le pouvoir d’achat des acquéreurs. Qu’il s’agisse de l’acier, du bois, de l’aluminium, du cuivre ou du ciment, les matières premières ont enregistré des hausses vertigineuses au cours de ces dernières années. Cette inflation des matériaux s’ajoute à la cherté du foncier dans les grands pôles urbains du royaume, ainsi qu’à la flambée de la facture énergétique, des frais de transport et du coût de la main-d’œuvre, lit-on dans L’Économiste.
Face à cette conjoncture complexe, les professionnels soulignent les limites des indicateurs traditionnels pour mesurer fidèlement la réalité du terrain. L’indice des prix des actifs immobiliers publié par Bank Al-Maghrib, bien que précieux, se focalise principalement sur l’existant et ne reflète que partiellement le dynamisme du neuf ou la réalité des volumes. C’est pourquoi la fédération plaide ardemment pour la mise en place d’un observatoire indépendant et d’un baromètre global capable de centraliser l’ensemble des données issues de la conservation foncière, des départements ministériels et des associations professionnelles.
Les répercussions de cette crise se font également sentir sur les équilibres financiers et fiscaux du pays, l’immobilier figurant historiquement parmi les premiers contributeurs aux recettes de l’État et des collectivités locales. Malgré un encours des crédits immobiliers qui demeure conséquent, les créances destinées à la promotion ont subi un net freinage, illustrant la prudence accrue des banques face au risque persistant de méventes. Cette frilosité financière contribue à alimenter un stock important de logements invendus, accentuant la pression sur la trésorerie des opérateurs, écrit L’Économiste.
La persistance de ce trend baissier depuis plusieurs années nécessite, selon les avis les plus autorisés de ce secteur, une prise de conscience collective et une mobilisation générale des pouvoirs publics. Les professionnels appellent à l’instauration de mesures d’urgence pour relancer la demande, faciliter l’accès au logement et redynamiser l’acte de faire du BTP. Sans un accompagnement ciblé et des réformes structurelles pour alléger la charge fiscale et réglementaire, le secteur risque de s’enfoncer, durablement, dans une récession aux conséquences sociales lourdes.
L’avenir de l’industrie immobilière dépendra de sa capacité à surmonter ces goulets d’étranglement par un dialogue constructif entre le secteur privé et l’administration publique. La création d’outils de pilotage transparents et l’ajustement des politiques publiques d’habitat apparaissent, dès lors, comme d’absolus impératifs pour restaurer la confiance des investisseurs et des ménages. C’est à ce prix que l’écosystème pourra retrouver le chemin de la croissance et continuer à jouer son rôle moteur dans le développement économique et social du pays.




