Agadir: jusqu’à 2.000 DH pour une chambre, le logement étrangle les étudiants

À Agadir, le logement étudiant est hors de portée pour de nombreuses familles. (M.Oubarka/Le360).

Le 19/09/2026 à 17h30

VidéoÀ Agadir, la flambée des loyers complique l’accès au logement pour de nombreux étudiants de l’université Ibn Zohr, contraignant certains à ne se déplacer que pour les examens, voire à abandonner leurs études. Étudiants, parents et acteurs associatifs dénoncent une situation qui pèse lourdement sur les familles et appellent à des solutions pour rendre le logement étudiant plus accessible.

À Agadir, trouver une chambre à louer au mois à un prix abordable représente un obstacle majeur pour de nombreux étudiants souhaitant poursuivre leurs études à l’université Ibn Zohr. Ce qui conduit certains d’entre eux à ne plus se déplacer que pour passer les examens, tandis que d’autres abandonnent définitivement le cursus.

Face à cette difficulté, des voix appellent les autorités concernées à trouver des solutions à un problème qui pèse sur les familles, lesquelles espéraient voir leurs enfants réaliser leur rêve universitaire.

Mohamed Aouad, étudiant à l’université Ibn Zohr, explique, dans une déclaration pour Le360, que les étudiants venus des différentes provinces de la région de Souss-Massa et d’autres régions se heurtent dès leur arrivée à des loyers élevés. Dans un appartement de trois chambres, une pièce se loue entre 1.500 et 2.000 DH par mois, ce qui rend, selon lui, la vie des étudiants insupportable.

Ces tarifs poussent une partie d’entre eux à chercher des appartements à prix raisonnable dans des quartiers éloignés, au prix de trajets qui s’ajoutent aux contraintes du cursus. D’autres se limitent à venir passer les examens organisés à chaque session. D’autres encore mettent un terme à leurs études et partent travailler dans les exploitations agricoles de Chtouka, ou dans des commerces, restaurants et cafés d’Agadir, pour assurer leur subsistance et soutenir des parents en situation de précarité.

Mohamed Aouad alerte sur le fait que cette situation favorise fortement la déperdition universitaire, qui contribue à la hausse du chômage et à l’extension de phénomènes sociaux dangereux: délinquance, errance, vol. Il en impute la responsabilité au gouvernement sortant, qui n’a pas doté le pays d’un nombre suffisant de cités universitaires. Il pointe aussi la concentration de plusieurs facultés dans les grandes villes, qui oblige les étudiants des petites villes et de leurs douars à s’y rendre pour poursuivre leurs études.

Chercher une chambre en vain

L’étudiant avance plusieurs causes à la flambée des loyers. Il cite notamment la spéculation et les courtiers, qui font la loi sur le marché sans contrôle des autorités de tutelle, ainsi que la multiplication de la location journalière d’appartements, à des tarifs dépassant parfois 500 DH la nuit. Cette pratique prive les étudiants de locations mensuelles à des prix abordables. Pour faire face à cette situation, il appelle le prochain gouvernement à assumer ses responsabilités et à apporter des solutions efficaces à un problème qui se repose à chaque rentrée universitaire.

Même constat pour Abdelaziz Ouaâthmane, nouvel étudiant à l’université Ibn Zohr, arrivé à Azrou Aït Melloul pour poursuivre son cursus après l’obtention de son baccalauréat à Taliouine, dans la province de Taroudant. Il indique avoir découvert des prix élevés pour l’ensemble de ses besoins, le logement en tête, et précise que sa recherche d’une chambre reste, jusqu’à présent, infructueuse.

Dans une déclaration pour Le360, il souligne que le nombre d’étudiants qui abandonnent leurs études dans l’enseignement supérieur continue d’augmenter, sur fond de hausse des prix des produits et des dépenses quotidiennes. L’étudiant, dit-il, se retrouve face à une réalité qui le prive des cours et de la possibilité de construire son avenir comme il l’entend.

Il met en garde contre la persistance de cette situation, dont les effets négatifs auront, selon lui, de lourdes conséquences pour la société à moyen et long terme.

De son côté, Aziza Othmani, militante associative à Agadir, qualifie de «déraisonnables» les prix des appartements dans les quartiers Salam, Jit Sakan, Dakhla, Tamdid et Al Qods. Ces tarifs l’ont conduite à emmener elle-même ses enfants en voiture, chaque jour, à la faculté, sachant qu’elle habite loin de cet établissement.

Elle s’interroge sur le rôle des différents intervenants face à ce renchérissement «exorbitant» des loyers, devenu un rêve pour les étudiants qui souhaitent achever des études ne dépassant le plus souvent pas trois ans.

Selon Samir Akarzabi, intermédiaire immobilier à Agadir, la hausse des prix des appartements et des logements s’explique par le fait que plusieurs investisseurs ferment volontairement leurs biens au public. Il en résulte une demande élevée face à une offre limitée. Il dit regretter voir des étudiants accompagnés de leurs parents, chercher en vain un logement.

Par M'hand Oubarka
Le 19/09/2026 à 17h30