Maroc-Algérie: après un 1er succès, la web-série «Aji Tfham» revient sur le tournant de 1830

L'équipe de réalisation de Aji Tfham- partie 2, le 24 avril 2026 à Casablanca. (PHOTO: Aji Tfham)

Le 26/04/2026 à 12h01

VidéoLa deuxième partie de «Aji Tfham», web série documentaire conçue par l’historien Nabil Mouline et réalisée par Mustapha El Fekkak alias Swinga, a été dévoilée le 24 avril 2026 sur Youtube. Ce projet ambitionne de revisiter, à partir de sources historiques rigoureuses, les relations complexes entre le Maroc et l’Algérie, dans un contexte toujours marqué par les tensions.

Dévoilé le 24 avril 2026, le deuxième épisode de la série «Aji Tfham» s’attaque à l’une des séquences les plus déterminantes de l’histoire contemporaine du Maghreb à savoir, la recomposition géopolitique du Maghreb entre 1830 et 1847. Porté scientifiquement par Nabil Mouline et mis en images par Mustapha El Fekkak, ce projet documentaire propose une lecture accessible mais rigoureuse des relations entre le Maroc et l’Algérie, à travers une diffusion gratuite sur YouTube destinée au grand public.

Loin des formats classiques dictés par les tendances numériques, «Aji Tfham» s’inscrit dans une démarche intellectuelle assumée. Le projet répond à un constat: l’absence d’un récit historique structuré et accessible sur les relations maroco-algériennes. Pour y remédier, la série s’appuie sur un corpus de sources primaires, parfois inédites, incluant manuscrits, correspondances diplomatiques, cartes et représentations picturales, analysés de manière critique.

«J’ai passé des années à travailler sur cette période dans des archives, parfois dans des conditions difficiles, avec le sentiment que ce savoir resterait confiné à un cercle étroit de spécialistes. Avec «Aji Tfham», quelque chose d’inattendu s’est produit: j’ai vu des lycéens, des étudiants, des parents s’emparer de questions que je croyais réservées aux colloques», raconte Nabil Mouline. «C’est cela, le vrai enjeu: non pas vulgariser au sens d’appauvrir, mais ouvrir ce que la recherche a de plus rigoureux à ceux à qui cette histoire appartient en premier», explique-t-il.

Cette deuxième partie explore une période marquée par le retrait de l’Empire ottoman et l’avancée de la puissance coloniale française en Algérie. Le sultan marocain Abd al-Rahman se retrouve alors confronté à un dilemme stratégique: soutenir la résistance menée par l’émir Abdelkader ou éviter une confrontation directe avec la France.

L’épisode met également en lumière le rôle inattendu du peintre Eugène Delacroix, présent au Maroc en 1832 dans le cadre d’une mission diplomatique. Ses œuvres constituent aujourd’hui une source visuelle précieuse pour comprendre les rituels du Makhzen et les représentations du pouvoir à cette époque.

La singularité d’«Aji Tfham» repose sur la rencontre entre rigueur académique et narration artistique. Tandis que Nabil Mouline assure la conception scientifique, Mustapha El Fekkak pilote la réalisation et la direction artistique, avec une narration en darija et des sous-titres multilingues pour toucher un public international.

«Quand on lance une campagne de financement participatif sur un sujet aussi complexe que l’histoire du Maghreb, on prend un pari. Le fait que 1.200 personnes aient répondu présent c’est la preuve que le public est prêt», déclare Mustapha El Fekkak. «Trois millions de vues sur le premier épisode ne nous appartiennent pas, elles appartiennent à tous ceux qui voulaient, depuis longtemps, entendre cette histoire», conclut-il.

Financée par 1.200 contributeurs via une campagne participative ayant mobilisé 430.000 dirhams, la série prévoit huit épisodes au total, répartis entre le Sahara oriental et occidental. Le succès du premier épisode, qui a dépassé les trois millions de vues, confirme l’intérêt du public pour ce type de contenu.

Dans le prolongement de cette initiative, Nabil Mouline prépare également la publication d’un ouvrage intitulé «Les frontières orientales du Maroc». Ce travail ambitionne de fournir une lecture documentée des origines des tensions frontalières, dans une logique de transmission fondée sur les archives et l’analyse historique. Le tout dans une démarche plus large: replacer le savoir historique au cœur du débat public, en dépassant les lectures simplifiées pour proposer une compréhension nuancée d’un passé toujours sensible.

Par La Rédaction
Le 26/04/2026 à 12h01