Grand nom de la production exécutive internationale au Maroc, Zakaria Alaoui a été un proche partenaire de Christopher Nolan dans son périple à travers différentes régions du Royaume, lors du tournage de son épopée cinématographique «L’Odyssée». Il a également été le témoin du moment de fascination qui a saisi le réalisateur britannico-américain à la vue de «La Dune Blanche» sur le littoral de la ville de Dakhla, dans le Sud du Royaume.
Dans une interview accordée à la MAP, le producteur marocain se rappelle que le réalisateur a marqué un long moment de silence en contemplant ce paysage impressionnant qui a stimulé son imagination débordante, lui qui cherchait un lieu de tournage ressemblant à l’île mythique Ogygie, refuge du personnage de «Calypso» interprété par la star Charlize Theron. Le célèbre réalisateur connu pour son perfectionnisme est immédiatement tombé sous le charme de cette étendue de sable blanc aux environs de Dakhla, qui semblait émerger d’un univers fantasmagorique. Sa décision était prise.
Après un tournage qui a duré environ cinq semaines à la kasbah Aït-ben-Haddou, qui a représenté la ville de Troie, sur le littoral d’Essaouira et au Théâtre royal de Marrakech, les équipes de production internationale du film avaient quitté le Maroc pour l’Europe afin de poursuivre le tournage en Italie, en Grèce, en Islande et en Écosse. C’est alors qu’une visite de repérage inopinée effectuée par le réalisateur à Dakhla l’a décidé à revenir avec toute sa logistique pour une semaine de tournage supplémentaire dans le Royaume.
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La liste des lieux pressentis pour accueillir cette phase du tournage de L’Odyssée comprenait notamment l’Australie et les Bahamas. Mais dès le premier repérage, «La Dune Blanche», ou «Laghri» de son nom local, a éclipsé tous ses concurrents. Là, les dunes de sable blanc se fondent dans les eaux turquoise de l’océan Atlantique, offrant un décor féerique digne d’accueillir les plus grandes épopées mythologiques.
«Je savais à quoi m’attendre lorsque Christopher Nolan m’a contacté», confie Zakaria Alaoui au sujet de son partenaire qu’il décrit comme un réalisateur-producteur intransigeant qui exige de ses collaborateurs un maximum de concentration et de savoir-faire pour qu’ils puissent suivre son rythme effréné et son imagination débridée.
C’est 14 ans plus tôt qu’une relation d’amitié et de confiance s’est tissée entre le producteur marocain et le talentueux réalisateur international qui faisait escale à Tanger, aux côtés de la star hollywoodienne Leonardo DiCaprio, pour le tournage d’«Inception». Zakaria Alaoui se remémore une expérience réussie mais logistiquement difficile, d’autant plus qu’elle coïncidait avec l’été et le mois de Ramadan.
Révélant certains aspects de la méthodologie de travail de Christopher Nolan, Alaoui note qu’il veille rigoureusement à garder confidentiels le contenu du projet et le planning de tournage, au point de ne remettre le scénario qu’à un cercle très restreint de personnes directement concernées. Dans le même souci de confidentialité, la communication se fait directement avec les proches assistants, sans recourir au téléphone ni au courrier électronique, afin d’éviter toute fuite d’informations.
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Du haut de ses quatre décennies d’expérience, Zakaria Alaoui affirme que «L’Odyssée», porté par la star Matt Damon, est le premier projet cinématographique de cette envergure à être tourné à Dakhla et dans toute la région. Et pour cause, les contraintes logistiques faisaient du tournage de blockbusters dans un tel endroit une tâche financièrement et professionnellement ardue.
Le producteur marocain tient, à cet égard, à saluer le précieux soutien apporté par les pouvoirs publics, en particulier le département de la Communication qui a accompagné le projet à tous les niveaux. La mission impliquait l’acheminement d’un important arsenal de matériel et d’équipements ainsi que le déploiement sur les lieux d’une équipe expérimentée composée de nombreux techniciens et professionnels de la production exécutive. Selon lui, le projet a bénéficié d’un accompagnement public «intelligent et généreux».
Après plusieurs semaines de travail intense, les scènes tournées au Royaume ont rayonné à l’écran, mettant du baume au cœur du producteur et des Marocains, heureux de voir les paysages naturels du Royaume et les empreintes des professionnels marocains dans tout le film. Dorénavant, chaque projection de cette colossale adaptation cinématographique de l’œuvre d’Homère constituera une belle vitrine culturelle, touristique et économique pour la marque Maroc à travers le monde, se réjouit-il.
«Les plus belles séquences ont été tournées au Maroc. C’est un film qui restera dans les annales et qui renforce la réputation du Royaume comme destination de tournage offrant un accueil de qualité et d’importants atouts naturels, techniques et humains», affirme celui qui a travaillé pendant des années au Centre cinématographique marocain (CCM) avant de se lancer dans la production exécutive de films étrangers dont «Green Zone», «American Sniper», «Mission Impossible» et «007 Spectre» (saga de James Bond).
Les talents marocains
À cet égard, notre interlocuteur fait remarquer que le Maroc ne sert plus de simple décor de tournage pour les productions étrangères, mais il est désormais un véritable partenaire de leur réalisation. Cette évolution s’explique notamment par la montée en compétence des ressources humaines nationales, souligne-t-il, ajoutant que sur «L’Odyssée» par exemple, les techniciens marocains étaient cinq fois plus nombreux que leurs collègues étrangers dont le rôle s’est limité à des expertises techniques spécifiques.
Aujourd’hui, les assistants marocains assurent des tâches essentielles liées à la caméra et au son, entre autres, relève Zakaria Alaoui, ajoutant que grâce à cette évolution, les productions cinématographiques et télévisuelles marocaines bénéficient de compétences nationales formées selon les meilleurs standards internationaux de qualité et de performance.
Pour le producteur marocain, l’engouement des grands producteurs internationaux pour le Royaume, loin d’être d’éphémère, relève d’une dynamique qui ne cessera de se renforcer à la faveur d’une prise de conscience précoce, au Maroc, de l’importance de s’ouvrir au monde contemporain où les dimensions économique, culturelle et symbolique sont inséparables et où l’importance du «soft power» s’exprime pleinement.
Zakaria Alaoui, qui a débuté dans la production exécutive de films étrangers en 1985 sur le tournage de Harem, d’Arthur Joffé, avec Ben Kingsley et Nastassja Kinski, n’aura guère le temps de savourer le succès de L’Odyssée. Un nouveau défi l’attend déjà avec le tournage du quatrième volet de La Momie (Universal Pictures), réalisé par Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin, dont la sortie en salles est prévue l’an prochain.
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Fier d’avoir été honoré par le Festival international du film de Marrakech dans son édition de 2014, Zakaria Alaoui poursuit son travail avec la même passion: faire découvrir et promouvoir la terre marocaine de bout en bout en mettant en valeur la «diversité naturelle et architecturale exceptionnelle» du Royaume entre mer, montagne et désert, villes modernes et anciennes kasbahs.
S’il voue une affection particulière à Ouarzazate, dont les paysages grandioses continuent de séduire les plus grands noms du cinéma international, Zakaria Alaoui plaide également pour une répartition plus équilibrée des tournages de films et de séries à travers le Royaume. L’objectif: stimuler le développement économique et culturel des différentes régions, dont les paysages, les décors naturels et le patrimoine offrent un réservoir inépuisable d’images et d’inspiration.




