La chachiya jeblia, ce chapeau de paille devenu emblème du Nord

La chachiya jeblia (S.Kadry/Le360).

Le 10/07/2026 à 09h30

VidéoDans les champs du Nord du Maroc, impossible de les manquer. Posées sur la tête des femmes comme des hommes, les chachiyas jeblias accompagnent depuis des générations les travaux agricoles. De Chefchaouen à Ouazzane, en passant par Tétouan, Fahs-Anjra et Beni Arous, ces chapeaux de paille tressée protègent du soleil tout en incarnant un savoir-faire ancestral, toujours profondément ancré dans le patrimoine de la région.

Dès que les températures grimpent et que les travaux agricoles s’intensifient, une silhouette familière réapparaît dans les campagnes du nord du Royaume. Posée sur la tête des femmes comme des hommes qui travaillent la terre, empruntent les sentiers de montagne ou se rendent au souk, la chachiya jeblia accompagne depuis des générations le quotidien des populations rurales. Associée au célèbre foulard du Nord, elle demeure l’un des symboles les plus emblématiques de la culture jeblie.

Si elle est aujourd’hui portée principalement par les femmes durant l’été, les hommes continuent eux aussi de l’arborer dans plusieurs régions, notamment à Anjra, Chefchaouen, Ouazzane et Beni Arous, dans la province de Larache. Cette coiffe change d’ailleurs de nom selon les régions: dans le nord, elle est appelée «chachiya», tandis que dans d’autres régions, elle est connue sous le nom de «Taraza».

Derrière cette apparente simplicité se cache un véritable savoir-faire artisanal. La chachiya est entièrement confectionnée à la main à partir de feuilles de doum, parfois mêlées à des feuilles de palmier. Les artisanes commencent leur travail dès les mois d’avril, mai et juin afin que les coiffes soient prêtes à accompagner les habitants pendant la période la plus chaude de l’année et tout au long de la saison des récoltes.

Au-delà de son aspect traditionnel, la chachiya répond avant tout à un besoin pratique. Grâce au tressage du doum, elle protège efficacement la tête des rayons du soleil tout en laissant circuler l’air, procurant une sensation de fraîcheur appréciée lors des longues journées passées dans les champs ou dans les marchés. Les feuilles utilisées sont récoltées chaque année, au mois de mai, dans plusieurs forêts du nord du Maroc avant d’être soigneusement préparées puis tressées.

Longtemps cantonné au monde rural, ce chapeau s’invite aujourd’hui dans des contextes variés. Certains commerçants et vendeurs dans les souks l’ont intégré à leur tenue quotidienne, tandis qu’il complète désormais les costumes traditionnels portés lors des fêtes locales, des festivals et des manifestations dédiées à la valorisation du patrimoine marocain.

Au fil du temps, son esthétique s’est également renouvelée, sans jamais renier ses origines. Dans plusieurs régions, notamment autour de Chefchaouen, les modèles féminins se parent désormais de petites boules de laine rouges ou bleu foncé, qui leur confèrent une touche de couleur. Les modèles masculins demeurent, quant à eux, plus sobres, même si certaines coopératives artisanales y ajoutent parfois quelques ornements discrets.

La transmission de ce savoir-faire est assurée par des artisanes, mais également par plusieurs coopératives implantées à Chefchaouen, Fahs-Anjra et dans les environs de Tétouan. Toutes s’attachent à préserver les techniques traditionnelles de fabrication, contribuant ainsi à perpétuer un patrimoine qui continue de séduire bien au-delà des montagnes du Nord.

L’histoire de cette coiffe reste, elle aussi, riche d’influences. Certaines sources attribuent à la «Taraza» du sud des origines amazighes, tandis que la chachiya jeblia serait issue de l’héritage andalou. Des coiffes très similaires sont d’ailleurs visibles dans certaines régions du Mexique, où elles auraient été introduites à l’époque de la présence espagnole, alimentant l’hypothèse d’un héritage ibérique partagé.

Sur les marchés et dans les ateliers, les prix varient selon la finesse du tressage et la qualité des finitions. Les modèles les plus simples s’échangent autour de 40 dirhams, tandis que les plus travaillés, notamment ceux décorés à la main, peuvent atteindre ou dépasser les 150 dirhams. Une valeur qui reflète le temps, la patience et le savoir-faire nécessaires à la fabrication de chaque pièce.

Par Said Kadry
Le 10/07/2026 à 09h30