«Imichki»: le court-métrage de la marocaine Yza Nouiga, en première mondiale au Festival international du film de Toronto

La réalisatrice marocaine Yza Nouiga.

La réalisatrice marocaine Yza Nouiga.

La réalisatrice Yza Nouiga présente à Toronto son premier court-métrage de fiction, tourné entre le Canada et le Maroc. «Imichki» raconte, à travers le regard d’une femme illettrée du Sud marocain, l’histoire des «égarés» de l’émigration.

Le 20/09/2026 à 11h11

C’est une première mondiale qui met le Maroc à l’honneur dans la sélection 2026 du Toronto International Film Festival (TIFF). «Imichki», court-métrage de 15 minutes réalisé par la canado-marocaine Yza Nouiga, y est présenté dans la catégorie fiction.

Le film se déroule en 1975, dans un village du sud du Maroc. Meriem, une jeune femme, est sans nouvelles de son mari parti travailler en France. Ne sachant ni lire ni écrire, elle va pourtant tout tenter pour lui faire parvenir un message, transformant ce geste impossible en un acte de résistance silencieuse face à l’absence et aux limites que lui impose son monde.

La lettre aux absents

Le titre du film vient du tachelhit: imichki désigne ceux qui sont partis et n’ont jamais su revenir, ceux que l’on dit avoir oublié leur terre d’origine. Yza Nouiga explique s’être penchée sur les grandes vagues de départs qui ont marqué le Maroc tout au long du XXe siècle, des recrutements forcés de l’époque coloniale à l’exode rural, jusqu’aux nombreux candidats à l’émigration vers l’Europe ou le reste du continent africain. Ces départs ont laissé derrière eux des villages peuplés d’histoires d’absents.

C’est en enquêtant sur ces récits que la réalisatrice est tombée sur un chant traditionnel, un timnadin, où une femme exprimait le souhait d’«être une lettre, pliée dans la valise de son bien-aimé». Cette image a véritablement été le point de départ du scénario d’Yza Nouiga. «Cette image appelait un autre imaginaire en moi. En fouillant l’histoire de ceux qui partaient, je croisais le chemin de celles qui étaient restées. Elles disaient l’absence avec une pudeur qui me touchait», explique la réalisatrice.

«Imichki» tente ainsi de donner corps à ce manque à travers le regard de Meriem, qui cherche dans le paysage qui l’entoure une présence qui s’est dérobée. «Je trouvais que le désir est le plus vif dans ce qui n’arrive pas à se dire. J’imaginais comment cette femme espérait retrouver ce corps qui manque: par quel chemin, par quel geste. En allant aux nouvelles ou à sa rencontre. C’était sans doute en sollicitant des souvenirs qu’elle réussissait le mieux à le retrouver. Et à force d’être sollicités, ces souvenirs se transformaient en fantasmes jusqu’à habiter le territoire qui l’entourait», poursuit Yza Nouiga.

À propos d’Yza Nouiga

Née et élevée au Maroc, Yza Nouiga s’est installée au Canada, où elle s’est formée à l’écriture de scénario à l’INIS. Elle a notamment reçu le prix de l’Office national du film du Canada dans le cadre du Talent Lab des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), pour son projet «Jwad Amira». Son précédent court-métrage, «Jardins Paradise», avait déjà circulé dans plusieurs festivals. À travers sa filmographie naissante, la cinéaste revient de façon récurrente sur les questions d’héritage, de transmission et de condition féminine.

Par Zineb Ibnouzahir
Le 20/09/2026 à 11h11