«Les Baronnes» au cinéma: rires, pleurs et théâtre, Nabil Ben Yadir et sa mère Mokhtaria libèrent les femmes de Molenbeek

Une partie de l'équipe du film Les baronnes durant l'avant première hier mercredi 8 septembre au Megarama de Casablanca. (A.Et-Tahiry/Le360)

Seize ans après le succès retentissant des «Barons», le réalisateur Nabil Ben Yadir signe son grand retour avec «Les Baronnes», une comédie lumineuse coécrite avec sa mère, Mokhtaria Badaoui. Sublimé par les chorégraphies de Sidi Larbi Cherkaoui, le film retrace la quête d’émancipation de grand-mères de Molenbeek bien décidées à faire voler en éclats les préjugés par le théâtre et la danse.

Le 10/09/2026 à 19h19

Seize ans après le succès retentissant des «Barons», prix du jury en 2009 au Festival international du film de Marrakech, le réalisateur Nabil Ben Yadir revient avec «Les Baronnes», un long-métrage coécrit avec sa mère, Mokhtaria Badaoui. Projeté en avant-première hier mercredi 9 septembre à l’occasion de la troisième édition de la Fête du cinéma, le film s’impose déjà comme un événement cinématographique majeur en célébrant avec éclat les mères et grand-mères de Molenbeek, en Belgique, là même où ont eu lieu les attentats de novembre 2015.

L’idée du projet est née d’une interpellation familiale. Après le triomphe des «Barons», couronné en 2009 au Festival international du film de Marrakech, la mère du cinéaste lui lance une réflexion bienveillante: «C’est bien, mais tu dois parler un peu des mères, des grand-mères. Pourquoi tu n’en parles pas?» Une évidence partagée par son fils: «On s’est dit: les jeunes, ça va, mais maintenant, c’est au tour des mamans.»

Pour façonner le scénario, Mokhtaria Badaoui a privilégié l’usage des messages vocaux. «Ma mère m’envoyait des vocaux d’une heure à une heure et demie», raconte Nabil Ben Yadir avec humour. «J’ai accumulé une semaine de vocaux non-stop, c’était comme des podcasts!»

Au cœur du film: une quête d’émancipation inattendue

L’intrigue suit Fatima, incarnée par Saadia Bentaïeb, une sexagénaire dont le monde bascule lorsqu’elle découvre que son mari mène une double vie au Maroc depuis dix ans. Refusant de se laisser abattre ou de sombrer, elle décide de prendre sa revanche sur la vie et de renouer avec son rêve de jeunesse: faire du théâtre.

Fatima entraîne ses amies Mériem, Romaissa et Inès, trois autres grand-mères de Molenbeek. Ce groupe, baptisé «Les Baronnes», va faire voler en éclats les conventions et transformer le quotidien de tout leur quartier.

Dépoussiérer les stéréotypes: la touche chorégraphique de Sidi Larbi Cherkaoui

Le tournage a nécessité du temps, notamment pour convaincre les bailleurs de fonds d’adopter un regard neuf sur les mères marocaines de Molenbeek. Le film choisit de les exposer en pleine lumière: elles dansent, chantent et circulent en trottinette électrique, bien loin des scènes traditionnellement confinées à l’espace domestique.

Pour sublimer ces séquences musicales et dansées, la production a fait appel au talent du chorégraphe belgo-marocain de renommée internationale Sidi Larbi Cherkaoui. Son travail apporte une empreinte poétique et une énergie communicative aux mouvements de ces héroïnes qui réinvestissent la scène et l’espace public.

Face aux critiques d’une partie de la presse française jugeant le récit trop édulcoré, le réalisateur réplique sans détour: «On n’a aucune leçon à recevoir de journalistes français qui viennent nous dire qu’ils ont raconté l’histoire de Molenbeek. Ils veulent filmer les gens qui crient, nous, on a filmé les gens qui dansent.» Fatima Ben Yadir renchérit: «Nous sommes de là-bas. Les gens sont heureux.»

Un casting populaire et un triomphe en Belgique

Un appel national à candidatures a suscité plus d’une centaine de réponses. «Ma mère voulait toutes les prendre! Mais je ne pouvais pas faire un film avec 150 femmes», confie le réalisateur. La sélection finale a permis d’attribuer le rôle principal à Saadia Bentaïeb, entourée de Rachida Riahi et Sanya Sridi.

L’accueil du public a confirmé la pertinence de ce choix. Selon les chiffres du Centre du cinéma de la Fédération Wallonie-Bruxelles, «Les Baronnes» s’affirme comme le deuxième plus grand succès populaire du cinéma en Belgique francophone pour l’année 2025, avec 34.605 entrées, juste derrière la nouvelle réalisation des frères Dardenne et très loin devant les autres productions belges.

Par Qods Chabâa et Abderrahim Et-Tahiry
Le 10/09/2026 à 19h19