Le cinéma Empire de Casablanca renaît de ses cendres

Le Cinéma Empire de Casablanca. (S.Bouchrit/Le360).

Le 22/08/2026 à 12h34

VidéoFermée depuis 2005, la salle mythique du boulevard Mohammed V s’apprête à renaître. Sept associés, dont le réalisateur Mohamed Fakrane et le producteur Nabil Hattab, portent cet ambitieux chantier de réhabilitation, soutenu par le Centre cinématographique marocain. Le pari: rouvrir l’Empire, inauguré en 1927, à temps pour célébrer son centenaire.

Sur le boulevard Mohammed V, à quelques pas du cinéma «ABC», se dresse l’Empire. Propriété d’une famille marocaine de confession juive, cette salle fermée depuis 2005 s’apprête à renaître après deux décennies d’abandon. Sa rénovation bénéficie d’une aide de 4 millions de dirhams du Centre cinématographique marocain (CCM), pour un investissement global estimé entre 2,5 et 3 millions d’euros.

Sept associés participent à l’aventure, initiée par Mohamed Fakrane et Nabil Hattab, deux amis d’enfance établis en France. Pour le premier, l’Empire est intimement lié à ses souvenirs de jeunesse. «J’y venais tout petit avec mes parents. Lorsque j’ai appris, il y a quelques années, que le cinéma était à l’abandon, j’ai rêvé de le reprendre. Mais je savais aussi que je ne pourrais pas me lancer seul dans un chantier d’une telle ampleur», raconte-t-il.

L’occasion se présente lorsque Nabil Hattab lui confie son envie d’ouvrir à Casablanca une salle de concert pouvant accueillir entre 1.000 et 1.500 personnes. «Je lui ai répondu: “J’ai un joyau, un véritable trésor. Il ne m’appartient pas encore, mais je le connais”», se souvient Mohamed Fakrane.

À la veille de leur retour en France, les deux amis décident de visiter l’Empire. Le coup de cœur est immédiat. «Nous l’avons découvert dans le noir et nous nous sommes décidés presque aussitôt, sans vraiment réfléchir», raconte-t-il. Ils prennent alors contact avec l’agence immobilière chargée de la gestion du bâtiment et en acceptent les conditions, «sans savoir exactement dans quoi nous nous engagions».

La dernière projection remontait à 2005. À l’intérieur, le temps avait fait son œuvre. «Nous avancions à la seule lumière de nos téléphones, au milieu de vingt années de poussière accumulée», se rappelle Mohamed Fakrane. Mais sous cette poussière sommeillait aussi une partie de la mémoire de l’Empire: anciennes affiches, documents d’archives, vieilles cartes nationales et factures d’époque. Des pièces qui ont été conservées et seront présentées dans un petit espace muséal à l’entrée.

Construit en 1927, le cinéma célébrera bientôt son centenaire. Une échéance hautement symbolique pour ses nouveaux exploitants, qui espèrent rouvrir ses portes au premier trimestre 2027.

Repris en février 2025, l’Empire est entré en chantier en septembre de la même année. «Il nous a fallu environ trois mois pour réaliser que nous avions un cinéma», sourit Mohamed Fakrane. Après vingt ans de fermeture, une réhabilitation en profondeur était nécessaire. Les fauteuils, moisis et vieux de plus d’un demi-siècle, n’ont pu être sauvés. Seule la structure du bâtiment a été conservée, tandis que l’ensemble est remis aux normes sous la supervision d’un bureau d’études.

Conçu à l’origine par un architecte italien, l’édifice doit préserver son identité tout en s’adaptant aux exigences d’un équipement culturel contemporain. Un architecte d’intérieur et designer a notamment été sollicité pour son réaménagement. Les travaux portent actuellement sur l’isolation extérieure afin de prévenir les infiltrations d’eau, après la sécurisation des murs et du balcon. L’électricité et la climatisation suivront, avant l’installation des équipements techniques de dernière génération.

L’Empire conservera sa vocation de salle mono-écran. Loin du modèle du multiplexe, ses promoteurs veulent en faire un lieu culturel à part entière, avec une programmation cinématographique de niche faisant la part belle au cinéma marocain. Quelque 400 films anciens ont déjà été récupérés à travers le monde pour constituer une cinémathèque, dans un esprit proche de celui du Cinéma Rif à Tanger.

Festivals, rencontres avec des réalisateurs et cycles consacrés à Bruce Lee, à Bollywood, aux cinémas africain ou japonais figurent également parmi les pistes envisagées. Des partenariats avec des établissements scolaires publics sont par ailleurs à l’étude. La salle disposera de 750 à 850 places, avec des sièges rétractables au parterre afin de pouvoir se transformer en espace de concert ou de spectacle.

Une polyvalence chère à Nabil Hattab. Professionnel du spectacle en France, il organise régulièrement des concerts, notamment à La Cigale et à l’Olympia, à travers Addictive Music, sa structure active dans l’univers musical depuis une trentaine d’années. À Casablanca, il entend réunir sous le même toit cinéma, musique et stand-up, avec une programmation à l’année associant artistes internationaux et talents marocains.

Pour lui aussi, l’Empire renvoie à une histoire familiale: son père fréquentait autrefois cette salle. «C’est une sorte de boucle qui se boucle», résume-t-il.

Et Nabil Hattab nourrit déjà un rêve pour la réouverture: «En tant que Marocain, inaugurer l’Empire avec un groupe comme Nass El Ghiwane serait un immense honneur.» Sa mère étant originaire de Hay Mohammadi, berceau du groupe mythique, le choix aurait pour lui une portée toute particulière: celle d’un hommage à l’une des grandes pages de la culture populaire marocaine.

Par Qods Chabâa et Said Bouchrit
Le 22/08/2026 à 12h34