Mostafa Derkaoui, un pionnier du cinéma marocain moderne tire sa révérence

Mostafa Derkaoui, réalisateur

Le cinéaste marocain Mostafa Derkaoui est décédé jeudi 20 août 2026 à Casablanca. Il avait 82 ans. Ses obsèques sont prévues ce vendredi après la prière d’Addohr.

Le 21/08/2026 à 11h20

Le cinéma marocain perd l’une de ses figures les plus audacieuses. Le réalisateur Mostafa Derkaoui s’est éteint le jeudi 20 août 2026 à Casablanca, à l’âge de 82 ans, laissant derrière lui un héritage artistique majeur qui a profondément façonné la modernité du 7e art maghrébin.

Né à Oujda en 1944, Mostafa Derkaoui se distingue très tôt par une approche intellectuelle et engagée du cinéma. Après un baccalauréat en philosophie obtenu en 1962 et une formation initiale au Conservatoire d’art dramatique de Casablanca, il poursuit ses études à l’IDHEC, à Paris. En 1965, il rejoint la prestigieuse École de cinéma de Łódź, en Pologne, avec son frère Abdelkrim. Diplômé en réalisation en 1972, il y forge une esthétique singulière, nourrie de références théâtrales, littéraires et musicales.

​En 1974, il cofonde avec son frère la société Basma Production et tourne son premier long-métrage emblématique, «De quelques événements sans signification». Interdit de projection par les autorités marocaines dès sa sortie, le film acquiert un statut d’œuvre culte.

Diffusé à de rares occasions dans des festivals, à Paris en 1975 ou à Khouribga en 1977, le film reste invisible du grand public pendant près de trois décennies.

Une renaissance internationale s’amorce en 2016, avec un projet de restauration mené avec la Filmoteca de Catalunya. Celui-ci permet au film de resurgir sur la scène internationale, notamment lors de la 69e édition de la Berlinale, en 2019.

Devenu l’un des cinéastes les plus prolifiques des années 1980 et 1990, Mostafa Derkaoui a marqué des générations de spectateurs avec des œuvres telles que «Les Beaux Jours de Shéhérazade» en 1982, ou le diptyque populaire «Casablanca by Night» en 2003 et «Casa Day Light» en 2004.

Consacré au Festival international du film de Marrakech en 2007, puis décoré par le roi Mohammed VI en 2016, son parcours exceptionnel a également fait l’objet d’un documentaire dédié en 2023, «Librement, Mostafa Derkaoui», réalisé par Sophie Delvallée. Ses obsèques, prévues ce vendredi 21 août au cimetière d’Achouhadda, à Casablanca, scellent le départ d’un maître dont l’empreinte se perpétue à travers le travail de son frère Abdelkrim et de son fils, le directeur de la photographie Kamal Derkaoui.

Par La Rédaction
Le 21/08/2026 à 11h20