Carol Castiel ravive à Rabat la mémoire des Juifs marocains du Cap-Vert

Carol Castiel, lors de la présentation de son ouvrage sur les Juifs marocains du Cap-Vert. (Y.Mannan/Le360)

Le 23/04/2026 à 20h50

VidéoPrésenté pour la première fois au Maroc ce jeudi 23 avril à Rabat, l’ouvrage «Les Juifs marocains du Cap-Vert au XIXe siècle», publié en portugais en 2023, retrace une page méconnue de l’histoire des diasporas marocaines.

Publié en langue portugaise en 2023, l’ouvrage «Les Juifs marocains du Cap-Vert au XIXe siècle» de la Fondation Carol Castiel a été présenté pour la première fois au Maroc ce jeudi 23 avril à Rabat. Le livre retrace l’immigration de cette communauté vers l’Afrique de l’Ouest.

Les auteurs Tavim, José Alberto R. S., Coutinho et Ângela Sofia Benoliel y suivent le destin de familles juives parties de Tétouan, Rabat, Tanger ou Mogador (Essaouira) vers l’Afrique de l’Ouest, tout en éclairant le patient travail de préservation d’un héritage longtemps resté dans l’ombre.

Dans une présentation de l’ouvrage, le professeur Miloudi Loukili explique que ce livre constitue une contribution de la Fondation Carol Castiel, qui œuvre à la valorisation du patrimoine juif marocain, en particulier au Cap-Vert. «Ces Juifs marocains ont émigré de cette partie de l’Afrique du Nord-Ouest pour parcourir plus de 4.000, voire 5.000 kilomètres, jusqu’à ce beau pays qu’est le Cap-Vert», souligne-t-il.

De son côté, Carol Castiel, qui a fait le déplacement à Rabat, indique avoir bénéficié du grand soutien du roi Mohammed VI, ainsi que de celui d’autres personnalités comme André Azoulay et Serge Berdugo, pour faire connaître cet héritage juif marocain dans cette contrée.

Interrogée sur les raisons de l’émigration des Juifs marocains au XIXe siècle, l’auteure, à l’origine du projet sur le patrimoine juif du Cap-Vert, explique que les familles juives ont dû quitter leurs racines pour fuir la guerre durant une période troublée au Maroc. «Après la fin de la guerre entre le Maroc et l’Espagne, ce n’était pas très stable», affirme-t-elle.

Évoquant le début de ses recherches sur le patrimoine juif marocain en Afrique subsaharienne, Carol Castiel raconte que cette aventure a commencé lorsqu’elle travaillait, en 1980, à l’Institut africano-américain de New York. Elle explique avoir alors été en contact avec des étudiants venus du Cap-Vert, de Sao Tomé-et-Principe et de Guinée.

«Parmi mes étudiants, j’ai découvert qu’ils portaient des noms de famille juifs comme Benchimol, Anahory, Levy et Wahnon», raconte-t-elle. «J’ai alors découvert qu’il existait des ancêtres juifs inhumés au Cap-Vert».

C’est en 2008 qu’elle décide de créer une fondation, après un premier contact noué en 1997 avec André Azoulay, à qui elle avait montré des photographies de pierres tombales sur lesquelles on pouvait lire, en portugais, «Naturel de Mogador» ou «Naturel de Tanger». Pour elle, cela montre que «les Juifs là-bas, surtout les premiers migrants, s’identifiaient à leurs villes marocaines de naissance».

«Nous avons écrit à Sa Majesté», qui «nous a aidés», s’est félicitée l’auteure, ajoutant que «c’était très beau et nous sommes tout à fait reconnaissants de ce geste».

Carol Castiel explique enfin que sa fondation a publié ce livre afin que «les descendants puissent lire leur propre histoire qui, jusqu’à présent, n’était pas très bien documentée».

Par Mohamed Chakir Alaoui et Yassine Mannan
Le 23/04/2026 à 20h50