Carlinhos Brown et Maalem Kasri: quand le Brésil prend les qraqebs

Carlinhos Brown. (K.Essalak/Le360)

Le 28/06/2026 à 13h47

VidéoSur la scène Moulay Hassan, pour la clôture de l’édition 2026 du Festival Gnaoua musiques du monde d’Essaouira, Carlinhos Brown a saisi les qraqebs aux côtés de Maâlem Kasri comme s’il n’avait jamais fait autre chose. Derrière cette image forte, le musicien brésilien révèle une vérité que les deux cultures portent depuis des siècles: entre le Maroc et le Brésil, la mémoire africaine n’a jamais vraiment traversé l’Atlantique seule.

À la 27e édition du Festival Gnaoua musiques du monde d’Essaouira, l’une des images les plus saisissantes de la soirée du 26 juin fut celle de Carlinhos Brown aux qraqebs aux côtés de Maâlem Kasri au guembri. Le musicien brésilien s’est glissé dans la formation du maâlem avec une aisance confondante, comme s’il en avait toujours fait partie.

Cette complicité scénique n’avait rien d’une simple démonstration de bonne volonté. Elle incarnait quelque chose de plus profond: la reconnaissance de deux cultures qui partagent une même origine, portée par des corps et des instruments qui se retrouvent naturellement.

Dans une interview accordée à Le360, Carlinhos Brown a posé des mots précis sur ce que représente le festival. «Le Festival Gnaoua, c’est très important pour tout le monde, car il parle d’une culture très engagée avec la situation du monde et a comme objectif de préserver l’authenticité de la musique.»

Ce que le musicien brésilien perçoit dans la musique gnaoua dépasse la simple curiosité esthétique. Ce sont des structures, des chants, des rythmes qui lui parlent directement de sa propre tradition.

«Il y a beaucoup de ressemblances entre les deux cultures. Ici, c’est le rythme caracatu, au Brésil, c’est le maracatu. Le chant est très similaire au chant de la capoeira et au chant du Nordeste du Brésil. Notre culture fait en sorte que le monde entier s’y intéresse. La musique brésilienne est le mélange de toutes les musiques du monde et particulièrement de toutes les musiques africaines. Ici, la culture portugaise et la culture africaine créent un registre mieux approprié.»

Ces correspondances entre le Maroc et le Brésil ne sont pas le fruit du hasard. Elles témoignent de trajectoires historiques que l’océan Atlantique a séparées sans jamais vraiment effacer. Les qraqebs de Maâlem Kasri et les percussions de Carlinhos Brown parlent la même langue originelle.

Pour le musicien brésilien, la force de toute fusion repose sur deux piliers inséparables.

«Le secret de la réussite de la fusion musicale, c’est le respect et l’authenticité. Les difficultés et l’esclavage vécus par le peuple brésilien n’ont pas impacté la volonté de produire des rythmes et des musiques authentiques; la percussion et la mélodie maintiennent le lien avec les origines.»

Maâlem Kasri et Carlinhos Brown sur la même scène, c’est deux rives d’un même fleuve qui se rejoignent. La musique, une fois de plus, aura dit ce que l’histoire a longtemps tu.

Par Qods Chabâa et Khalil Essalak
Le 28/06/2026 à 13h47