ander.ma: Une plateforme numérique pour protéger l’art marocain et lutter contre la contrefaçon

Pour les professionnels du marché de l'art, l’arrivée d’un tel outil constitue un tournant, tout en soulevant des questions pratiques quant à sa mise en œuvre.

Face aux risques de falsification qui touchent le marché de l’art, le ministère de la Culture vient de déployer ander.ma, une plateforme destinée à recenser et documenter les œuvres d’art marocaines. Déjà riche de près de 5.300 œuvres, elle entend faciliter leur traçabilité et apporter aux professionnels un outil supplémentaire pour vérifier leur provenance et leur authenticité.

Le 06/10/2026 à 11h35

Le Département de la culture du ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication (MJCC) a officiellement déployé ander.ma, une plateforme nationale dédiée au recensement, à la traçabilité et à la protection des œuvres d’art marocaines. Pensé comme un répertoire dynamique et un outil préventif contre le faux, ce portail enregistre déjà 973 artistes, 5.294 œuvres et une institution.

Face aux enjeux d’authentification et aux risques de falsification qui pèsent sur le marché de l’art, ander.ma ambitionne de constituer le premier Catalogue national des œuvres d’art marocaines.

ander.ma, qu’est-ce que c’est?

ander.ma n’est pas un système automatisé de certification, mais une base de données documentaire et iconographique évolutive. Elle repose sur un principe simple: documenter l’œuvre au moment où elle existe pour pouvoir la retracer tout au long de sa vie.

Fruit de travaux engagés en 2024 et 2025 sous l’égide du ministère public, réunissant le ministère de la Culture, la Fondation nationale des musées (FNM), le ministère de la Justice, le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire et les professionnels du secteur, cette initiative entend créer une référence commune pour sécuriser les transactions, les expositions et la cote des artistes.

De la création à la vérification

Le fonctionnement d’ander.ma repose sur une démarche participative, où les créateurs et les acteurs de l’écosystème enrichissent directement la mémoire collective de l’art. Tout commence par l’artiste lui-même, qui enregistre ses peintures, sculptures, installations ou créations numériques en y associant des photographies haute définition et une fiche descriptive.

Au-delà de l’image, le plasticien est invité à joindre les pièces permettant de retracer l’histoire de la création: catalogues d’exposition, affiches, cartes d’invitation, articles de presse ou certificats de provenance. L’ensemble constitue progressivement une véritable carte d’identité numérique de l’œuvre.

La base de données peut ensuite servir d’outil de référence pour le marché de l’art. Galeries, experts et maisons de ventes aux enchères peuvent s’appuyer sur ces archives lors de transactions, d’expositions ou de délivrances de certificats d’authenticité, afin de procéder à des recoupements.

La plateforme intègre également un volet de signalement permettant de faire remonter toute œuvre suspecte, falsifiée ou contrefaite, afin de procéder à un réexamen à partir des documents archivés.

Pour les professionnels du marché, l’arrivée d’un tel outil constitue un tournant, tout en soulevant des questions pratiques quant à sa mise en œuvre.

Choukri Bentaouit, directeur de la maison de ventes aux enchères Mazad Art à Tanger, salue la portée stratégique du projet tout en s’interrogeant sur la gestion des fonds historiques: «C’est une plateforme réalisée par le ministère de la Culture qui va être surtout alimentée par les artistes. Ils vont y déposer régulièrement leurs travaux pour constituer un fonds documentaire et d’images servant à la protection des œuvres et aux recherches. Pour les années à venir, c’est une excellente chose.»

L’expert souligne néanmoins l’enjeu central de la numérisation du patrimoine des artistes anciens ou décédés: «La question se pose pour les artistes anciens : comment va-t-on procéder? Y aura-t-il une intégration de catalogues d’exposition numérisés ou un archivage sur la base de photographies des œuvres déjà répertoriées? C’est l’implication directe des acteurs du marché et des responsables de la plateforme qui permettra de préciser ces modalités.»

Un outil d’aide à la décision et un cadre juridique strict

Le ministère de la Culture rappelle qu’ander.ma ne remplace pas l’expertise humaine, scientifique ou juridique. La plateforme constitue un outil d’aide à la vérification et de prévention, conçu pour fournir des faisceaux de preuves en cas de doute ou de litige.

Sur le plan légal, la plateforme est gérée conformément à la loi n° 09-08 relative à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel. Le contenu répertorié demeure protégé par le droit d’auteur sous la tutelle du Département de la Culture, garantissant la confidentialité des données des artistes et des collectionneurs inscrits.

Par Qods Chabâa
Le 06/10/2026 à 11h35