Inscrit depuis 2008 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, le Moussem de Tan-Tan perpétue, d’édition en édition, sa vocation de sauvegarde et de transmission du patrimoine culturel des provinces du Sud. Pour cette édition 2026, les Émirats arabes unis seront une nouvelle fois présents en qualité de partenaire privilégié, témoignant des liens étroits qui unissent les deux pays et de leur volonté commune de favoriser les échanges et le dialogue interculturels.
Abdellah Alaoui, représentant de la Fondation Almouggar, organisatrice du Moussem, revient pour Le360 sur les raisons du report de cette édition, les temps forts de la programmation ainsi que les ambitions portées pour les prochaines années.

Le360: les dates de la 12ème édition du Moussem de Tan-Tan ont changé. Quelles sont les raisons de ce report?
Abdellah Alaoui: il y a deux raisons principales. D’abord, les élections. Les autorités locales sont habituellement très impliquées dans l’organisation du Moussem. Cette année, elles étaient mobilisées par ce rendez-vous électoral. Ensuite, il y a la fête de l’Unité qui revêt une dimension hautement symbolique pour nous. Nous avons donc souhaité faire coïncider cette édition avec les festivités du 31 octobre, qui marquent la fête de l’Unité et de la réunification.
Quels seront les temps forts de cette édition 2026?
Il y a d’abord ce qui constitue l’essence même du Moussem. Son inscription au patrimoine culturel immatériel de l’humanité repose sur les savoir-faire traditionnels et, plus largement, sur tout ce qui relève du patrimoine immatériel de la société nomade hassanie. Ce socle, nous le préservons et continuons à mettre en valeur toutes ses composantes.
Autour de ce volet patrimonial se déploie une programmation plus festive, notamment à travers plusieurs scènes musicales. La programmation mêlera musiques patrimoniales et contemporaines, avec des artistes nationaux et internationaux. Un colloque sera également consacré au patrimoine culturel, tandis qu’une conférence abordera les enjeux économiques et les potentialités de la province de Tan-Tan et de la région de Guelmim-Oued Noun.
Enfin, plusieurs pavillons seront aménagés. L’un, porté par la Maison de l’Artisan, sera consacré à l’artisanat national. Un autre sera dédié à l’Agence pour la promotion et le développement économique et social des provinces du Sud du Royaume. Les Émirats arabes unis, partenaires du Moussem, disposeront également de leur propre espace.
«À ses débuts, le Moussem de Tan-Tan se tenait autour du saint patron Cheikh Mohamed Laghdaf. Nous avons conservé cette dimension dans notre programmation.»
— Abdellah Alaoui, porte-parole du Moussem de Tan Tan.
Un grand pavillon accueillera par ailleurs les tentes thématiques, qui constituent l’un des éléments emblématiques du Moussem. Elles permettront de présenter les différentes facettes de la vie quotidienne de la société nomade, à travers ses traditions, ses pratiques et ses savoir-faire.
Il faut également mentionner d’autres espaces: l’un consacré aux chevaux, un autre aux dromadaires, ainsi qu’un espace dédié aux enfants, puisque le Moussem porte aussi cette dimension de transmission intergénérationnelle. Un autre encore sera réservé aux jeux populaires de la société nomade hassanie.
Il y a également les tentes tribales. Toutes les tribus y sont représentées, soit près d’une trentaine, parfois davantage. Au moment de l’inscription du Moussem, on en comptait 34 dans la région, avec des prolongements jusque dans les pays du Sahel et du Sahara. Historiquement, le Moussem était justement l’occasion pour ces populations de se retrouver, d’échanger et de prendre des nouvelles les unes des autres.
À ses débuts, le Moussem de Tan-Tan se tenait autour du saint patron Cheikh Mohamed Laghdaf. Nous avons conservé cette dimension dans notre programmation. Le Moussem débute toujours un vendredi par une activité à caractère religieux au mausolée de Cheikh Laghdaf, où est accomplie la prière du vendredi. Ce n’est que le lendemain qu’a lieu l’ouverture officielle. C’est aussi ce qui distingue un moussem d’un festival.
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Cette tradition est profondément ancrée dans la culture marocaine. Nous avons plusieurs moussems à travers le Royaume, organisés autour de la figure d’un saint patron: Sidi Ahmed Ou Moussa, Moulay Abdellah Amghar ou encore Sidi Lmghari.
Dans les sociétés nomades d’autrefois, les populations ne se côtoyaient pas quotidiennement comme en milieu urbain. Les déplacements étaient nombreux et le Moussem constituait donc un moment privilégié de retrouvailles. Les familles s’y retrouvaient, échangeaient des nouvelles et nouaient des liens sociaux.
La dimension économique était tout aussi importante. Tan-Tan occupe une position géographique particulière, entre le grand désert et la côte, dans une zone de transition entre l’Atlas, l’Anti-Atlas et le Sahara. La région de l’Oued Noun, notamment grâce à ses ressources en eau, constituait un espace de rencontre entre populations oasiennes et nomades.
Ces rassemblements donnaient ainsi lieu à d’importants échanges commerciaux. Les nomades venaient se procurer du grain, des dattes et des produits manufacturés, tandis qu’ils vendaient notamment de la laine et d’autres produits issus de leurs activités. Le Moussem était donc à la fois un lieu d’échanges économiques et un grand rendez-vous social.
Le Moussem a été à l’arrêt pendant de longues années. Son inscription au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO l’a-t-elle finalement sauvé de la disparition?
Lorsqu’un élément est inscrit par l’UNESCO, il y a toujours une démarche de sauvegarde derrière cette reconnaissance. Il existe plusieurs dispositifs, notamment la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente, destinée aux éléments dont la viabilité est menacée.
Dans le cas de Tan-Tan, certaines composantes de ce patrimoine risquaient de disparaître sous l’effet de plusieurs facteurs historiques et sociaux: l’urbanisation rapide, les bouleversements liés à la guerre au Sahara et la sédentarisation progressive des populations dans les centres urbains. Cette reconnaissance a donc renforcé l’urgence et la nécessité de préserver ce qui pouvait encore l’être.
Le mode de vie nomade se raréfie également à travers le monde. Pour le Moussem de Tan-Tan, il s’agit d’une double reconnaissance. Il a d’abord été proclamé en 2005 «Chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité», avant d’être inscrit en 2008 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
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Cette double reconnaissance par l’UNESCO, institution spécialisée des Nations Unies, lui confère une légitimité particulière en tant que témoin et dépositaire de l’un des derniers modes de vie nomades d’Afrique du Nord, voire du monde.
C’est un honneur et une reconnaissance internationale. Le Maroc, en tant qu’État partie, œuvre à la promotion de ce patrimoine. La création de la Fondation Almoggar, en 2011, s’inscrit dans cette démarche.
L’objectif principal est d’en assurer la sauvegarde, la préservation et la promotion. Sur le plan économique, la Fondation et ses partenaires institutionnels œuvrent également à générer des retombées significatives au profit de la population de la ville et de la région.
Quel statut les Émirats arabes unis auront-ils lors de cette édition 2026: invités d’honneur ou partenaires?
Il n’y a pas d’invité d’honneur cette année. Les Émirats arabes unis l’avaient été en 2014, lors de la 10ème édition. Depuis, ils sont devenus des partenaires. Les relations entre le Maroc et les Émirats sont très fortes. L’actuel président des Émirats arabes unis, Cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyane, était encore jeune lorsqu’il a participé à la Marche Verte. Il y a là toute une symbolique.
«Le Moussem s’inscrit désormais dans la durée et continue de se développer grâce au travail mené par la Fondation. Des pratiques qui étaient menacées de disparition connaissent aujourd’hui un nouvel essor, notamment les jeux populaires traditionnels, la Tbourida, l’élevage des dromadaires ou encore certains savoir-faire artisanaux.»
— Abdellah Alaoui, porte-parole du Moussem de Tan Tan.
La société émiratie est elle-même issue d’une tradition nomade dont elle a su préserver le patrimoine. Cette présence favorise les échanges culturels et permet aux visiteurs de découvrir les traditions nomades émiraties. Les Émirats contribuent également aux activités du camelodrome, à l’encouragement des éleveurs nomades ainsi qu’aux courses de dromadaires.
C’est un partenariat fructueux, qui se renforce d’année en année et contribue au rayonnement international du Moussem. Lors de précédentes éditions, nous avons également accueilli des délégations venues notamment de Chine, du Sénégal et de Tunisie.
Quelle vision portez-vous pour l’avenir du Moussem et son développement au cours des prochaines éditions?
Le Moussem s’inscrit désormais dans la durée et continue de se développer grâce au travail mené par la Fondation. Des pratiques qui étaient menacées de disparition connaissent aujourd’hui un nouvel essor, notamment les jeux populaires traditionnels, la Tbourida, l’élevage des dromadaires ou encore certains savoir-faire artisanaux.
Le Moussem bénéficie également d’un rayonnement international croissant. Nous participons à des manifestations à l’étranger afin de mieux le faire connaître et de promouvoir le patrimoine culturel qu’il incarne.
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Il y a donc un engagement au niveau national, mais aussi des engagements du Maroc envers l’UNESCO et la communauté internationale en matière de sauvegarde et de transmission de ce patrimoine. Chaque édition est placée sous le haut patronage du roi Mohammed VI, témoignant de l’importance accordée à cet événement au plus haut niveau de l’État.
Le Moussem constitue aujourd’hui un élément essentiel du patrimoine culturel sahraoui et, plus largement, du patrimoine national marocain.



