Il y a 52 ans, le Concorde poussait ses essais jusqu’à Mach 2,23 depuis Casablanca-Nouaceur

Le Concorde, l'avion de transport supersonique d'Air France.

Le 29/10/2026 à 12h30

VidéoÀ l’automne 1974, deux prototypes du Concorde se sont succédé sur le tarmac de Nouaceur. Une piste de 3.700 mètres, un ciel dégagé au-dessus de l’Atlantique, un climat clément... Le Maroc a fait office de laboratoire à ciel ouvert pour l’avion supersonique franco-britannique.

Il était une fois, en 1962, deux pays qui décident de faire ensemble ce qu’aucun n’ose faire seul. La France et le Royaume-Uni signent un accord le 29 novembre. Ils veulent construire un avion de ligne qui volera plus de deux fois plus vite que le son.

Sud Aviation d’un côté, la British Aircraft Corporation de l’autre, se mettent au travail. Il leur faut sept ans pour voir naître le premier prototype. Le 2 mars 1969, le 001 s’élève au-dessus de Toulouse, avec André Turcat aux commandes. Le 9 avril, le 002 décolle de Filton, en Angleterre. Le 4 novembre 1970, l’avion dépasse Mach 2 (environ 2.155 km/h, soit deux fois la vitesse du son).

Un bel oiseau... et un caractère difficile

L’appareil a fière allure. Soixante-et-un mètres de long, une aile en forme de flèche, un nez qui s’abaisse pour atterrir et se relève pour voler. Quatre moteurs Olympus 593, fruits d’un mariage entre Rolls-Royce et la Snecma, lui donnent environ 17 tonnes de poussée chacun.

Mais l’oiseau a ses exigences. À Mach 2, l’air frotte si fort sur la peau de l’avion que son nez dépasse 120 degrés. Le fuselage s’allonge d’une vingtaine de centimètres. Les ingénieurs doivent inventer des alliages, des circuits de carburant qui déplacent le centre de gravité en vol et des entrées d’air capables de ralentir le vent avant qu’il n’atteigne les moteurs. Ces entrées d’air deviennent la grande affaire. Pour les régler, il faut voler longtemps, vite et droit. Il faut un ciel vaste, une piste interminable et un climat qui ne fasse pas d’histoires.

C’est là que le Maroc entre dans le conte. À quelques kilomètres de Casablanca, Nouaceur dort sur un passé américain. L’US Air Force y a bâti une base pour ses bombardiers lourds, avec une piste d’environ 3.700 mètres. Devant elle s’ouvre l’Atlantique, sans couloir aérien encombré ni ville sous les ailes. Le climat est doux et les équipes du Concorde n’en demandent pas davantage.

(Z.Agzit/Le360)

Le 19 juillet 1974, le Concorde 002 vient poser ses roues sur la piste. Il reste peu, le temps de vérifier l’état du revêtement, d’évaluer les installations. Puis il repart pour Fairford. Le verdict est favorable. Le 4 octobre 1974, le Concorde 201 arrive pour de bon. Sa mission a un nom technique. Mise au point, réglage et certification des entrées d’air. Il doit rester jusqu’au 27 novembre, apprend-on auprès d’Airbus. Le 17 octobre, au cours du vol 88, il file sur l’Atlantique et atteint Mach 2,23.

Le 28 octobre, le Concorde 202 vient rejoindre son frère. Les deux avions partagent la piste. Le 201 repart le premier. Le 202 reste jusqu’au 18 décembre. Jean Franchi et Gilbert Defer pilotent les vols, à tour de rôle, l’un à gauche, l’autre à droite.

André Turcat, qui avait fait voler le premier Concorde cinq ans plus tôt, passe par Casablanca avec Jean Pinet. Tous deux y effectuent quelques vols. Et Nouaceur continue d’accueillir l’oiseau. Les essais terminés, le Concorde ne tourne pas le dos à Casablanca. Air France y revient, de temps à autre, pour former ses équipages. Vols de prise en main, touch-and-go, entraînements en série. La météo y est plus clémente qu’à Paris et le trafic bien plus léger.

L’avion entre en service commercial le 21 janvier 1976. Air France ouvre Paris-Rio et British Airways relie Londres à Bahreïn, le même jour. Vingt Concorde sont construits en tout, dont quatorze volent pour les deux compagnies. L’accident de Gonesse, le 25 juillet 2000, met fin à l’exploitation.

Les derniers vols commerciaux ont lieu en 2003. Le Concorde ne vole plus. Aucun avion de ligne supersonique ne l’a remplacé. À Nouaceur, la piste est toujours là. Elle a vu passer des bombardiers américains, puis des avions de ligne par milliers, puis un jour, pendant quelques semaines de 1974, l’un des appareils les plus rapides que les hommes aient fait voler.

Par Hajar Kharroubi
Le 29/10/2026 à 12h30