Sebta, l’enfer du décor: quand le rêve vire à l’exploitation et aux violences sexuelles

Des migrants traversant à la nage vers Sebta, le jeudi 30 juillet 2026.

Des migrants se jettnt à l'eau vers le préside de Sebta, le 30 juillet 2026.

Revue de pressePoussés par les promesses mirifiques des réseaux sociaux, de nombreux mineurs et jeunes filles traversent la frontière vers l’enclave occupée de Sebta, dans l’espoir d’un avenir meilleur. Sur place, la réalité se révèle cauchemardesque: piégés entre agressions sexuelles dans les forêts, travail forcé, escroqueries au logement et indifférence institutionnelle, ces jeunes migrants s’enfoncent dans la précarité. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Ahdath Al Maghribia.

Le 09/08/2026 à 18h23

La traversée vers l’enclave occupée de Sebta tourne au cauchemar pour de nombreux candidats à l’émigration clandestine. Ce rêve doré, pour lequel de très jeunes Marocains et des adolescents ont risqué leur vie, s’est mué en une réalité d’une violence inouïe. La route vers la ville a été marquée par des atteintes répétées à la dignité et à l’intégrité de ces mineures. Certaines venaient des régions limitrophes, et d’autres ont parcouru des centaines de kilomètres en secret, uniquement guidées par les rumeurs et les faux espoirs distillés sur les réseaux sociaux concernant de prétendues ouvertures des passages. Certaines avaient même reçu des messages textuels précis leur fixant l’heure de passage lors des nuits du 29 et 30 juillet, avant de basculer dans un véritable enfer, rapporte le quotidien Al Ahdath Al Maghribia dans son édition du lundi 10 août.

Dans les forêts environnantes, plusieurs jeunes filles ont été victimes de viols et de harcèlements sexuels de la part d’autres candidats à l’exil. Épuisées par la faim et l’effort physique, elles ont subi des violences sexuelles qui ont brisé leur parcours et bouleversé leur existence. Dans l’impossibilité de dénoncer ces abus, terrifiées à l’idée d’exposer leur calvaire et cherchant désespérément un refuge contre les prédateurs pour tenter de commencer une nouvelle vie, elles se sont retrouvées livrées à elles-mêmes. L’Organisation marocaine des droits humains, après s’être rendue sur place, a alerté sur la situation humanitaire alarmante de ces jeunes filles et a appelé à l’ouverture d’une enquête judiciaire sur l’ensemble de ces agressions, tout en réclamant un soutien psychologique et juridique d’urgence pour les victimes.

Les souffrances ne se sont pas arrêtées aux agressions sexuelles, souligne Al Ahdath Al Maghribia. Nombre de mineurs et de mineures ont vu leur vulnérabilité exploitée par certains habitants de l’enclave, qui les ont réduits à une forme de domesticité et de travail forcé. Assignés à des corvées ménagères éreintantes en échange d’un simple morceau de pain et d’un abri précaire, ils ont été dépouillés de toute dignité. Pire encore, la grande majorité de ces jeunes est contrainte de dormir dans la rue, sans protection ni prise en charge, tandis que d’autres, notamment des migrants d’Afrique subsaharienne, restent terrés dans les forêts ou entassés dans des locaux fermés sans jamais oser sortir, dans un dénuement médical et sanitaire total, faute d’interventions associatives suffisantes.

Cette exploitation revêt de multiples facettes selon l’âge et le genre. Certains riverains profitent de la détresse de ces migrants pour leur imposer des travaux pénibles dans les maisons ou sur des chantiers de construction, dans des conditions indignes, en contrepartie d’un hébergement dans des entrepôts insalubres dépourvus du moindre confort. D’autres se livrent à une véritable escroquerie au logement, louant des nuitées entre 30 et 50 euros l’unité, exigeant souvent un paiement anticipé pour dix jours, avant de dénoncer les occupants à la police espagnole pour pouvoir relouer les lieux immédiatement à de nouveaux arrivants.

Au milieu de cette sombre réalité qui laissera des traces indélébiles, quelques lueurs d’humanité ont tout de même émergé. La maison d’une habitante, surnommée par tous Khalti Sabah, s’est transformée en une véritable ruche solidaire. Chaque soir à partir de dix-huit heures trente, cette femme, aidée par d’autres habitantes et des jeunes du quartier, préparait et distribuait des repas chauds aux dizaines de migrants refusant de rebrousser chemin et déterminés à rester dans la ville. Toutefois, face à l’aggravation continue de la situation et à l’épuisement rapide des aides qui reposaient entièrement sur l’autofinancement des familles locales, ces bénévoles se sont rapidement retrouvés dans l’incapacité de poursuivre leur action de soutien.

Par La Rédaction
Le 09/08/2026 à 18h23