La désinformation nourrit de nouveaux appels à rejoindre Sebta le 23 septembre

Les autorités marocaines ont déclenché un plan sécuritaire d’une ampleur exceptionnelle le 15 août dernier. (S.Kadry/Le360)

Sur les réseaux sociaux, de nouveaux appels incitent à profiter des élections législatives marocaines pour tenter de rejoindre Sebta. Face à ces appels, l’ambassade d’Espagne multiplie les mises en garde, tandis que Madrid affirme avoir sollicité l’intervention préventive des autorités marocaines.

Le 21/09/2026 à 18h45

De nouveaux appels à entrer irrégulièrement à Sebta circulent depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux et dans des canaux privés. Les messages fixent au mercredi 23 septembre, jour des élections législatives au Maroc, la date à laquelle leurs destinataires sont invités à se diriger vers l’enclave.

L’un des espaces utilisés serait un groupe Facebook baptisé «Migration collective vers Sebta», qui compterait plus de 91.000 membres, selon Canal Sur. D’autres messages circuleraient également par l’intermédiaire de canaux privés. Cette audience ne permet toutefois pas de savoir combien de personnes seraient réellement prêtes à répondre à l’appel. On ignore également qui administre ces pages et qui est à l’origine de ces messages.

Les publications présenteraient les élections comme une «occasion exceptionnelle» de s’approcher de Sebta, en partant du principe que les forces de sécurité marocaines seraient mobilisées par l’organisation et la sécurisation du scrutin. C’est sur cette prétendue opportunité que repose principalement le choix du 23 septembre.

Ce récit reprend celui diffusé avant les entrées de la fin du mois de juillet. Plusieurs publications avaient alors appelé à profiter de la Fête du Trône, en avançant déjà que l’attention des forces de sécurité serait accaparée par les célébrations officielles.

Une alerte attribuée à l’ambassade

Le gouvernement espagnol aurait été informé de ces nouveaux appels par l’ambassade d’Espagne au Maroc, d’après une information initialement publiée par El Confidencial, puis reprise par La Sexta.

Selon cette version, la représentation diplomatique aurait signalé à Madrid une «avalanche» de publications incitant à profiter du scrutin pour tenter d’entrer à Sebta. Elle aurait également prévenu que leur nombre risquait d’augmenter à mesure que la date approcherait.

La même information précisait toutefois que l’ambassade n’avait détecté ni menace directe ni signe d’une mobilisation comparable à celle enregistrée le 30 juillet.

Ni l’ambassade ni le ministère espagnol des Affaires étrangères n’ont rendu public le contenu de cette alerte présumée. Seule est publiquement vérifiable la campagne lancée par la représentation diplomatique afin de démentir les fausses informations utilisées pour encourager les passages.

L’ambassade démonte les fausses promesses

Dans une série de messages publiés sur X, l’ambassade d’Espagne a prévenu qu’entrer irrégulièrement à Sebta ou Melilla n’ouvrait aucune voie vers la péninsule et ne permettait ni de rester en Espagne ni de circuler en Europe.

«Entrer irrégulièrement en Espagne par Ceuta et Melilla ne donne pas le droit de rejoindre la péninsule, de rester en Espagne ou de circuler librement dans l’Union européenne», indique le premier message diffusé sur son compte officiel.

Cette campagne répond directement à l’interprétation erronée qui s’est propagée au sujet du récent arrêt de la Cour suprême concernant les personnes arrivant par la mer.

«Ne te laisse pas tromper par la désinformation. Le récent arrêt de la Cour suprême précise la procédure applicable aux personnes arrivant par la mer. Il ne modifie pas la loi sur les étrangers. Il ne déclare pas illégal le refoulement à la frontière. Il n’empêche pas les retours», insiste l’ambassade.

Albares réclame des mesures préventives

Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a confirmé ce lundi que le gouvernement suivait ces appels et agissait de manière préventive.

Dans des déclarations à Canal Sur Radio, reprises par Europa Press, Albares a assuré que les messages «ne trouvent pour l’instant aucun écho» et n’ont pas «le même impact» que ceux ayant précédé les entrées du 30 juillet.

Le ministre a expliqué que son département avait lancé une «campagne de lutte contre la désinformation» et que l’ambassade, comme les consulats, entretenait des contacts avec des médias marocains afin de diffuser des informations sur les conséquences réelles d’une entrée irrégulière.

Albares a également affirmé maintenir des échanges «fréquents» avec son homologue marocain, Nasser Bourita, tant sur le retour des personnes entrées irrégulièrement que sur la prévention de nouveaux passages.

Madrid aurait demandé au Maroc de prendre «toutes les mesures préventives» nécessaires pour reproduire le résultat du 15 août, lorsqu’un autre appel diffusé sur les réseaux sociaux n’avait pas débouché sur une nouvelle entrée massive.

Le précédent du 15 août

Après les entrées de la fin du mois de juillet, de nombreux comptes avaient commencé à diffuser une nouvelle date pour se diriger vers Sebta. Les messages appelaient les éventuels participants à se rassembler à Fnideq le 15 août.

Ce jour-là, les forces de sécurité marocaines avaient empêché plusieurs centaines de personnes, majoritairement originaires d’Afrique subsaharienne, d’atteindre l’enclave. Les migrants s’étaient cachés dans une zone montagneuse située à la périphérie de Fnideq, au sud-ouest de Sebta, selon des sources sécuritaires marocaines alors citées par EFE.

Albares avait qualifié cette tentative d’«échec», qu’il avait attribué à la campagne contre la désinformation et au renforcement de la surveillance de la frontière.

Face aux nouveaux appels, l’Espagne intervient de nouveau sur le terrain de l’information et affirme avoir demandé au Maroc de prendre des mesures préventives. Pour l’heure, les autorités marocaines n’ont annoncé publiquement aucun dispositif particulier pour le 23 septembre.

Le précédent du 15 août montre néanmoins qu’une intervention préventive du Maroc peut empêcher qu’un appel né sur les réseaux sociaux ne se transforme en entrée massive. La coordination entre les deux pays redevient ainsi déterminante pour contenir ces appels, déconstruire les fausses promesses et éviter que de nouveaux jeunes ne mettent leur vie en danger.

Par La Rédaction
Le 21/09/2026 à 18h45