Le Maroc préserve la confiance des marchés financiers internationaux. L’agence de notation Fitch Ratings vient de confirmer la note souveraine du pays à «BB+», assortie d’une perspective stable, saluant la solidité de son cadre macroéconomique, la robustesse de ses réserves de change, la structure favorable de sa dette ainsi que l’accompagnement constant de ses créanciers officiels. «Ce maintien intervient toutefois dans un contexte délicat, marqué par l’anticipation d’une détérioration passagère des équilibres budgétaires et extérieurs pour l’année 2026, conjuguée à un ralentissement de la croissance économique», indique le quotidien L’Economiste dans son édition du mardi 22 septembre.
Cette embellie relative sur le front de la notation n’efface pas les fragilités structurelles pointées par l’institution financière. L’économie marocaine demeure particulièrement exposée aux aléas climatiques, tandis que les indicateurs de gouvernance et de développement restent perfectibles et que le niveau global de la dette demeure supérieur à celui des pays aux profils comparables. Pour l’exercice en cours, le déficit budgétaire devrait ainsi s’élargir pour s’établir à 4% du PIB, contre 3,5% un an plus tôt. Cette dégradation conjoncturelle découle directement des surcoûts liés à la crise du détroit d’Ormuz et à la flambée des prix de l’énergie. Le renchérissement du gaz butane, la reconduction des aides sectorielles aux professionnels du transport et la hausse des transferts financiers alloués à l’Office national de l’électricité et de l’eau potable pèsent lourdement sur les comptes publics.
Face à ces charges additionnelles, les surplus de recettes générés par la réforme fiscale, l’optimisation du recouvrement et le renforcement du civisme fiscal se révèlent insuffisants à court terme. «Néanmoins, l’exécutif devrait renouer rapidement avec l’orthodoxie financière. À mesure que les cours énergétiques se normaliseront, le déficit public devrait se replier pour atteindre une moyenne de 3,4 % du PIB sur la période 2027-2028, tandis que les dépenses d’investissement se stabiliseront à un rythme soutenu, autour de 7,5% du PIB», souligne L’Economiste.
Dans la perspective de l’organisation de la Coupe du monde 2030, le financement des infrastructures d’envergure fait l’objet d’une stratégie novatrice. Une part prépondérante des projets sera portée hors du budget direct de l’État grâce à la mobilisation des entreprises publiques, au déploiement de partenariats public-privé et à l’intervention d’autres organismes spécialisés. Si ces montages ingénieux permettent d’amortir le choc immédiat sur le déficit de l’État, ils ne placent pas pour autant les finances publiques totalement hors de risque. Des dépassements de coûts potentiels, un engagement public plus fort que prévu ou l’activation de garanties étatiques pourraient engendrer des passifs additionnels susceptibles de peser à terme sur la trajectoire de la dette.
Malgré ces incertitudes, la dette du Trésor devrait se maintenir aux alentours de 67% du PIB à l’horizon 2028, soit un niveau stable par rapport à 2025. Le profil de cette dette constitue un rempart efficace contre les chocs exogènes, dans la mesure où les maturités se révèlent relativement longues, les emprunts sont majoritairement contractés à taux fixe et les financements extérieurs sont en grande partie assortis de conditions concessionnelles.
Sur le front extérieur, la facture énergétique pèse également sur les équilibres macroéconomiques. Le déficit courant devrait accuser un creusement pour atteindre 3,8% du PIB en 2026, contre 2,5% l’année précédente, pénalisé par la hausse des importations énergétiques et le ralentissement de la demande en provenance de l’Union européenne, qui surpasseront la bonne dynamique des exportations de phosphates et des recettes touristiques. Un net redressement est toutefois attendu dès 2027, avec un déficit courant stabilisé à 2,6% du PIB en moyenne pour les années 2027 et 2028, favorisé par la décrue des cours des hydrocarbures. «Les réserves de change, quant à elles, ont atteint 48 milliards de dollars fin 2025 et permettront de couvrir en moyenne 5,1 mois d’importations entre 2026 et 2028, garantissant un matelas de sécurité supérieur à celui des nations comparables», écrit L’Economiste.
La croissance économique marocaine devrait ainsi marquer un pas en arrière en 2026 pour s’établir à 4%, après avoir atteint 4,9% en 2025, freinée par la cherté de l’énergie et la morosité de la conjoncture européenne. Elle sera toutefois amortie par une campagne agricole favorable ainsi que par la poursuite des chantiers d’investissement dans les infrastructures, l’industrie et le tourisme, avant de rebondir à une moyenne de 4,2% sur la période 2027-2028, portée par la détente des prix énergétiques. Enfin, sur le plan politique, Fitch anticipe une stricte continuité économique indépendamment des échéances électorales, érigeant la consolidation budgétaire en impératif permanent, tout en gardant à l’esprit qu’une baisse structurelle de la dette, des réformes accrues en matière de gouvernance et une diversification renforcée de l’économie pourraient, à l’avenir, plaider en faveur d’une revalorisation de la signature marocaine.




