Longtemps considéré comme le «fruit des pauvres», le cactus n’est plus ce qu’il était. La figue de Barbarie, ou «l’hendia», autrefois accessible à toutes les bourses, se vend aujourd’hui selon des tarifs très disparates.
À Casablanca, les prix oscillent fréquemment du simple au triple: si certains vendeurs proposent le fruit à 3 dirhams, d’autres affichent des étiquettes grimpant jusqu’à 7, voire 10 dirhams l’unité, alimentant les interrogations des consommateurs en ce début de saison.
Dans la métropole, les vendeurs assurent pourtant ne pas être à l’origine de cette flambée. «Je vends la figue entre 2 et 3 dirhams l’unité, selon sa taille. Malgré cela, certains clients trouvent encore que c’est cher. Il y en a qui la proposent à 7, 8 ou même 10 dirhams, mais ce n’est pas notre cas», explique Mouhcine, vendeur au souk Al Haffari.
Selon lui, le coût d’approvisionnement explique en grande partie ces disparités. «Nous achetons les cargaisons entre 200 et 350 dirhams, selon la qualité et la provenance. Il faut ensuite ajouter le transport, la manutention et les pertes. Dans ces conditions, il est difficile de vendre moins cher», affirme-t-il.
Said, un autre vendeur, nuance toutefois les écarts de prix observés sur les étals. Pour lui, vendre une figue à 6 dirhams ou davantage reste «excessif», d’autant que les prix de gros demeurent, pour l’instant, relativement stables.
Lire aussi : Agriculture: le fruit du dragon, une culture prometteuse qui s’épanouit à El Jadida
Il rappelle néanmoins que le marché reste imprévisible: «Personne ne peut dire aujourd’hui si les prix vont augmenter ou baisser. Tout dépendra de la production et des quantités qui arriveront sur les marchés dans les prochaines semaines», souligne-t-il.
Said attribue également cette situation aux conséquences persistantes de la cochenille du cactus, un parasite qui, depuis son apparition en 2014, a durablement déstabilisé la filière. Ce ravageur a durement frappé les zones de production historiques, notamment Sidi Ifni et Aït Baâmrane, entraînant la destruction d’une large part d’un patrimoine national qui, selon les données de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), s’étendait sur environ 150.000 hectares avant l’invasion. Ce recul majeur a provoqué une tension persistante sur l’offre et une flambée des prix sur le marché local.
Lire aussi : Fès: un mois après l’Aïd al-Adha, les prix de la viande rouge restent élevés malgré le repli de la demande
Depuis, la production s’est progressivement déplacée vers d’autres régions, notamment les Rehamna et les environs d’Agadir, sans toutefois retrouver les volumes d’antan.
En ce début de campagne, les vendeurs expliquent que les quantités disponibles restent limitées alors que la demande est déjà forte. Une situation qui maintient les prix à un niveau élevé, même si un rééquilibrage reste possible avec l’arrivée progressive de nouvelles récoltes sur les marchés de gros.
Les professionnels demeurent toutefois prudents quant à un retour aux prix d’autrefois. Selon eux, il faudra encore plusieurs années avant que la production ne retrouve son niveau habituel. «À notre avis, il faudra au moins cinq ans pour espérer une production robuste et revoir les prix que les Marocains connaissaient auparavant», estime Said.




